CIIAP. II. — ÉLECTRISATION LOCALISÉE
rure des vaisseaux capillaires qu'elle occasionne, l'espèce de torpeur dans laquelle elle jette les organes, le volume des appareils qui la dégagent, toutes ces causes réunies, en un mot, doivent restreindre de plus en plus l'usage médical de l'électricité statique.
Néanmoins on aurait grand tort de la rejeter complètement et de lui préférer toujours l'électricité dynamique, sous prétexte que cette dernière n'offre pas les mêmes inconvénients, et qu'elle jouit d'actions spéciales, merveilleusement appropriées à l'électrisalion localisée, comme on le verra par la suite. L'électrisation statique m'a été d'une grande utilité dans certains cas où les autres espèces d'électricité avaient été insuffisantes.
En effet, le tissu cellulaire sous-cutané est quelquefois tellement abondant, ou infiltré de sérosité, que les courants les plus intenses des appareils d'induction n'arrivent pas jusqu'aux muscles. Dans ces conditions on trouve dans les décharges de la bouteille de Leyde une tension électrique assez forte pour vaincre la résistance opposée par les tissus derrière lesquels s'abritent les muscles ou les nerfs.
Voici comment je m'y prends pour décharger les deux électricités accumulées dans la bouteille de Leyde, sur le muscle que je veux faire contracter, en en graduant la force et sans produire une commotion générale.
Fig. 2. — Machine électrique. — Bouteille de Leyde. — Électromètre de Lane.
L'appareil dont je me sers dans ce cas se compose d'une machine électrique, d'une bouteille de Leyde et d'un électromètre de Lane placés sur la table de la machine.
ART. II. — ELECTRISATION MUSCULAIRE LOCALISEE. 4 5
L'armure intérieure de la bouteille de Leyde A (fig. 2) est mise en communication avec les appendices C du conducteur de la machine électrique, au moyen du conducteur D. Cette armure intérieure communique elle-même avec la boule E d'une des branches horizontales de l'électromètre. Cette branche est isolée par le montant de verre F, sur lequel elle repose. L'armure extérieure G de la bouteille arrive par le conducteur G' au montant H, qui communique avec la seconde branche de l'électromètre. Deux rhéophores terminés en boule, J et R, montés sur de longs manches isolants de verre, sont mis en rapport, l'un, J, avec la branche H', l'autre, R, avec l'extrémité L du conducteur de là machine électrique.
Les choses étant ainsi disposées, l'opérateur applique sur la peau, et sur le point correspondant au muscle qu'il veut faire contracter, l'excitateur J qui reçoit l'électricité (positive) accumulée à l'extérieur de la bouteille, tandis -qu'au moment où il veut produire la contraction musculaire, il approche de la peau, sans la toucher, au niveau de la surface du même muscle, le second excitateur R, qui reçoit, par l'extrémité L de la machine électrique le fluide (négatif) accumulé dans l'intérieur de la bouteille A. Il doit toujours avoir soin de tenir chacune des extrémités des rhéophores à une distance de 2 centimètres au moins l'une de l'autre. La force de la décharge qu'on désire obtenir se règle sur le nombre de tours imprimés au plateau. Ainsi, veut-on une faible contraction, on approche de la peau le rhéophore, après un ou deux tours imprimés au plateau. Pour en obtenir une plus forte, on compte un plus ou moins grand nombre de tours de plateau avant de décharger la bouteille. Mais il peut arriver que, par suite d'une erreur ou d'une distraction, la bouteille soit chargée outre mesure, et que la décharge qui en résulte occasionne, ou une contraction très-forte, ou une action qui pénètre dans un des muscles voisins, ou enfin une sensation trop douloureuse et qui produirait une excitation générale contre-indiquée dans le cas particulier. C'est pour éviter ces méprises fâcheuses et quelquefois dangereuses, que je me sers de l'électromètre deLane. Des deux montants H, F, le premier, mobile, peut être rapproché ou éloigné du second au moyen de la vis M, et une échelle divisée en millimètres, placée à la base du montant H, indique le degré d'éloignement des deux boules J' et E'. Avant de faire une décharge sur un muscle, j'en règle la force en approchant plus ou moins ces deux boules, suivant le degré d'excitabilité du muscle à exciter, suivant la région sur laquelle j'agis, enfin suivant le but thérapeutique que je me propose d'atteindre. S'il m'arrive alors de me tromper dans le nombre des révolutions du plateau ou d'être distrait,' la bouteille ne peut se charger outre mesure, car l'électricité vitrée et l'électricité résineuse accumulées dans la bouteille se neutralisent en se réunis-