II. — Pronostic
En général, la paralysie spinale aiguë de l'adulte, de même que la paralysie atrophique de l'enfance, ne paraît pas menacer la vie, quelque étendue qu'elle soit. C'est du moins ce qui ressort des
faits que j'ai observés et dont je viens de rapporter quelques exemples. En voici un cas nouveau et très-récent.
Observation LXXV. — Mademoiselle X., âgée de 18 ans, bien réglée; n'a pas eu de maladie antérieure. Le 23 aoûtl869, aprèsunfort travail dans les champs, sans s'être toutefois exposée à un refroidissement, elle a été prise d'une fièvre intense qui a duré 8 jours environ, et qui était accompagnée de douleurs dans la région cervicale et dans les membres, avec fourmillements et engourdissements; en même temps ses mouvements se sont affaiblis rapidement; après trois jours, le membre supérieur droit était complètement paralysé. Elle ne tarda pas alorsà remarquer un amaigrissement de ce membre, surtout de l'épaule. Quelques jours après, le membre supérieur gaucbe fut aussi entièrement privé de mouvement. Pendant quelque temps, elle était tellement affaiblie dans les membres inférieurs, qu'elle ne pouvait se tenir debout, et devait garder le lit. Cependant elle n'a éprouvé aucun trouble de la sensibilité. Les fonctions de la vessie et de l'intestin ont été conservées normales. En septembre, les membres inférieurs, et, un mois après, le membre supérieur gauche recouvrent leur motilité. La malade dit avoir été électrisée pendant le mois de mars, sans éprouver d'amélioration ; mais en avril, l'électrisation appliquée avec beaucoup de soin, à Étampes, par M. le docteur Aimeras, a produit, dit-elle, une amélioration notable.
État actuel. — Le jour où elle se présente à moi, pour la première fois (le 9 mai 1870), je constate une paralysie atrophique du membre supérieur droit, et principalement du deltoïde, du sous-épineux, du fléchisseur de l'avant-bras sur le bras, et d'un grand nombre des muscles moteurs de la main et des doigts. La santé générale de cette jeune fille est bonne ; le volume et la force du membre supérieur gauche et des membres inférieurs sont revenus à leur état normal.
La paralysie spinale antérieure aiguë de l'adulte n'a de gravité qu'en raison de l'importance des fonctions et du nombre de muscles tactes les atrophiés ou détruits. Si l'on considère qu'elle laisse inqu'elle afonctionsdes viscères abdominaux et la sensibilité ; qu'elle ne produit pas d'escliarre du sacrum, et que la lésion de la moelle est très-probablement circonscrite dans les cornes antérieures, on comprendra qu'elle ne puisse alors menacer la vie du malade.
Mais si les phénomènes morbides de la paralysie spinale aiguë sont symptomatiques d'une lésion diffuse de la moelle, le pronostic peut être d'une extrême gravité. J'en vais rapporter un exemple remarquable.
Observation. LXXVI. — En 18o3, une jeune femme, d'une assez bonne constitution, avait éprouvé tout à coup dans les membres inférieurs des fourmillements, un engourdissement et un affaiblissement qui ne lui permettait pas de rester longtemps debout. Cet affaiblissement avait augmenté promptement au point que, le deuxième jour, elle avait dû garder lelit. Le troisième jour, elle se fit transporter ù la Charité où on la