CHAI'. III. — TARALYSIES SPINALES DE L ADULTE
coucha au n° 24 de la salle Sainte-Marthe (service de M. Uriquet). Je ne la vis que le troisième jour de son entrée à l'hôpital, et alors je constatai que les mouvements du pied sur la jambe et d'extension de celle-ci sur la cuisse étaientcomplétementperdus. I. a malade pouvait encore fléchir, mais faiblement, la jambe sur la cuisse et celle-ci sur le bassin. Sa sensibilité cutanée était considérablement diminuée aux pieds et aux jambes et s'éteignit bientôt dans les membres inférieurs. Elle était impressionnable, el, bien qu'elle n'eût jamais eu d'accès hystériques, M. Briquet pensait que sa paralysie pouvait bien dépendre d'un état hystérique. L'exploration électro-musculaire devait jeter un grand jour sur cette espèce de paralysie; en effet,je constatai immédiatement que les muscles moteurs des orteils et du pied sur la jambe réagissaient faiblement sous l'influence de la faradisation la plus énergique, et que la malade ne sentait pas celte excitation électrique. Ces signes ne permettaient pas d'admettre ici une paralysie hystérique dans laquelle l'irritabilité est Icujours normale ; ils me faisaient entrevoir, comme point de départ de la maladie, une lésion grave, dynamique ou organique d'un point du centre nerveux spinal, et je portai un pronostic grave. Quelques jours après la paralysie gagnait les membres supérieurs, après s'y être annoncée par des fourmillements dans les doigts. La contractilité électro-musculaire, que j'y avais trouvée intacte, y diminuait notablement. Alors je diagnostiquai une paralysie générale spinale diffuseet à marche aiguë, envahissante (dont on a voulu faire à tort une espèce sous le nom de paralysie ascendante (1), et je déclarai que je redoutais pour cette malade une terminaison mortelle. La paralysie s'aggrava, en effet, en se généralisant, et je vis, à plusieurs reprises et à plusieurs juins d'intervalle, la contractilité électro-musculaire diminuerprogressivement, peu après la paralysie desmouvements volontaires, puis s'éteindre presque complètement; la vessie et le rectum se paralysèrent, les mouvements respiratoires furent atteints à leur tour, et la malade s'éteignit, le dix-neuvième jour de son entrée à la Charité. — A l'autopsie, on ne trouva aucune lésion anatomique appréciable, à l'œil nu, dans les centres nerveux.
Dans ce cas, la moelle a paru saine, à l'œil nu. Il est donc certain qu'elle n'était ni diffluente ni même ramollie, car une telle lésion n'aurait pas échappé à l'examen attentif qui en a été fait. Il est très-probable que le microscope aurait montré une altération de texture que lui seul peut mettre en lumière, et que cette lésion occupait toutes les parties constituantes de la moelle. Quelle en était la nature? Quels éléments anatomiques étaient plus particulièrement atteints ?
Quoi qu'il en soit, les deux faits précédents démontrent combien il est important de ne pas confondre ces deux variétés de paralysies spinales aiguës de l'adulte dont l'une ne menace jamais l'existence, tandis que l'autre peut être' rapidement mortelle.
(1) J'ai en effet observé plusieurs cas de paralysies spinales aiguës, diffuses, analogues, mais à marche descendante, après avoir débuté par les membres supérieurs.
ARTICLE II