‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et à la thérapeutique par courants induits et par courants galvaniques interrompus et continusChapitre 172 sur 505 · G CIIAP. UI. — PARALYSIES SPINALES DE L ADULTE · texte numérisé non relu

G CIIAP. UI. — PARALYSIES SPINALES DE L ADULTE

Celle espèce de paraplégie m'a paru être la plus fréquente des paraplégies spinales ; c'est du moins celle dont j'ai eu le plus ordinairement à poser le diagnostic elle pronostic. Combien je pourrais rapporter d'exemples remarquables de ces paraplégies produites soit par des exostoses ou des tumeurs syphilitiques qui ont guéri sous l'influence d'une médication spéciale, soit par une incurvation à angle aigu de la colonne vertébrale qui occasionnait une compression, à laquelle la moelle s'était accommodée, pour ainsi dire, à la longue !

Toutes ces paraplégies se distinguent par un caractère commun d'une grande valeur, comme signe diagnostique : la contraction réflexe des muscles qui reçoivent leur innervation des parties de la moelle situées au-dessous du point comprimé et l'intégrité de le sensibilité. Ainsi l'on voit, chez les sujets dont les membres inférieurs sont complètement privés de mouvements volontaires par le seul fait de la compression de la partie inférieure de la moelle, on voit, dis-je, sous l'influence du chatouillement, du pincement de la peau, quelquefois par l'impression du froid, les différents segments de ce membre inférieur s'infléchir brusquement les uns sur les autres, plus ou moins violemment, sans qu'ils puissent en être empêchés par la volonté. Le point où le chatouillement de la peau cesse de provoquer des contractions réflexes, indique le niveau où existe la compression de ia moelle. D'autre part, je n'ai jamais pu produire ces mouvements réflexes dans les membres paralysés où la contractilité électro-musculaire était plus ou moins affaiblie.

On comprendra maintenant la valeur de ce symptôme séméiotique de ia contractilité électro-musculaire, puisque son intégrité, dans une paraplégie, suffit pour annoncer que la moelle n'est pas matériellement altérée dans toute la moitié antérieure de la substance grise, et conséquemment que les muscles ne sont pas menacés dans leur nuliition. J'ai fait assez souvent une heureuse application (!e ces notions au diagnostic des paraplégies spinales.

A l'appui de ce qui précède, j'ai exposé dans la précédente édition un cas de paraplégie aiguë (voy. Electris. loc, 2e édit., obs. XXXII, p. 253), dans lequel M. Oulmont, médecin de l'hôpital Lariboisiôre, m'avait engagé à établir, à l'aide de l'exploration électrcmusculaire, le diagnostic de l'état analomique de la moelle, chez un sujet de son service, qui était affecté d'une paraplégie spinale» avec eschare du sacrum. J'ai déclaré, d'après l'intégrité de la contractilité éleciro-musculaire et l'existence de mouvements réflexes, que la portion de la moelle qui envoyait l'innervation dans les muscles paralysés, devait être intacte. L'exactitude de ce diagnostic a été vérifiée par l'autopsie.

ART. III. — ACTION THERAPEUTIQUE LOCALISEE. 4 57

Observation LXXX. — En 1859, M. Trousseau m'avait engagé à explorer, chez un paraplégique de son service, la contractilité électro-musculaire et à poser le diagnostic de l'état de la moelle, d'après cet examen. Chez ce sujet, les mouvements et la sensibilité étaient complètement abolis dans les membres inférieurs ; il existait en outre une large eschare au sacrum. De l'intégrité de la contractilité électrique des muscles paralysés qui, en outre, se contractaient par action réflexe, provoquée par le chatouillement ou par le pincement de la peau, j'avais conclu à l'intégrité de la portion médullaire (des cellules des cornes antérieures) qui anime les muscles paralysés. L'exactitude de ce jugement a été constatée à l'autopsie. Le malade a succombé, comme dans le cas précédent, àl'eschare du sacrum ; la moelle a été trouvée parfaitement saine (1).

En somme, l'exploration électrique permet de distinguer les paraplégies produites par certaines altérations anatomiques de la substance médullaire, d'avec la paraplégie symptomatique d'une simple compression de la moelle. Dans la première la contractilité électro-musculaire est affaiblie ou éteinte, dans la seconde elle est intacte.

ARTICLE III

Les paralysies spinales aiguës de l'adulte, par atrophie des cellules antérieures de la moelle, les paraplégies consécutives aux lésions traumaliques de la moelle (myélites diffuses, hémorrhagies, etc.), peuvent être, comme les lésions traumatiques des nerfs, guéries ou améliorées par la faradisation localisée. Personne ne songera certes à préconiser la faradisation localisée comme moyen curalif; dans ces cas de paralysies entretenues uniquement par un état inflammatoire d'une portion de la moelle, cet agent thérapeutique vient seulementalors en aide à la nutrition périphérique privée de l'innervation centrale. Mais il peut arriver que cette inflammation ou que l'affection, cause de la compression, viennent à diminuer ou à disparaître, et que cependant la paralysie continue ou ne guérisse pas complètement. Alors la paralysie est périphérique; le muscle a perdu, en toutou en partie, son aptitude à réagir sous l'influence de la force nerveuse centrale (son excitabilité nerveuse). C'est dans ce moment que la faradisation localisée peut rétablir le mouvement. Les faits électrothérapeutiques de ce genre ne sont pas rares.

11 est vrai qu'il est difficile de bien juger de l'opportunité du

II) Ce dernier fait a éti5 publié in extenso dans V Union médicale, en 1859, par

M. Moynier, qui en a fait le sujet d'une note intéressante sur l'escliare du sacrum.

458 CIIAP. IV. — PARALYSIE GÉNÉRALE STINALE Sl'BAIGUE.

moment où il convient de faire intervenir la faradisalion localisée, dans cette espèce de paraplégie. Gomment, en etl'et, reconnaître si la compression a diminué ou n'existe plus; si la paralysie n'a pas été modifiée par le traitement interne, approprié à l'affection qui a produit cette compression? La faradisation ne peut donc être appliquée alors qu'à titre d'essai et, pour ainsi dire, comme pierre de touche. C'est en tâtonnant que j'interviens habituellement dans celte espèce de paraplégie. Lorsque je n'obtiens pas de. la faradisation un résultai complet, et même lorsque j'échoue dans une première cure, je conseille de faire plus tard une nouvelle tentative, après avoir continué le traitement approprié à la guérison de la lésion centrale. Il m'est quelquefois arrivé, en procédant de la sorte, de trouver le moment opportun, et de guérir ou d'améliorer ces paraplégies qui, par leur durée, font trop souvent le désespoir des malades.

On peut supposer rationnellement que la moelle dont les éléments moteurs ou trophiques (les cellules antérieures) ont été altérés par le travail inflammatoire ou qui a été trop longtemps comprimée a perdu plus ou moins son excitabilité. C'est dans ce cas que la strychnine, le phosphore, etc., ont souvent rétabli les mouvements; ne pourrait-on pas, au même litre et peut-être avec plus d'efficacité, appliquer la méthode de faradisation ou de galvanisation à l'aide de laquelle on agit sur le cenlre nerveux spinal; la faradisation ou la galvanisation par action réflexe, ou les courants continus, dirigés dans la continuité de la moelle ou des nerfs? (Ces méthodes ont été exposées dans le chapitre III.) Bien que j'aie expérimenté jusqu'à présent sans succès ces deux modes d'électrisation, dans la paraplégie consécutive à la myélite aiguë ou par compression de la moelle, je les conseille, et je continuerai de les expérimenter, après avoir échoué par la faradisation localisée des muscles paralysés.

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