CHÀP. III. — PARALYSIES SPINALES DE L ADULTE
sans cause connue, etavaitété précédéede douleurs rachiiliennes très-vives. Malgré le traitement le plus énergique (ventouses, cautères sur le trajet du rachis, strychnine), la maladie n'a fait qu'empirer progressivement depuis le début, et a réduit le malade à l'état suivant : l'amaigrissement n'est pas trè-s-considérable, les muscles offrent partout des reliefs assez prononcés; dans la position verticale, la tête, le corps sont tellement agités que la station est impossible; dans la position horizontale, le moindre effort musculaire, soit des membres supérieurs, soit des membres inférieurs, excite une agitation générale. Quand il veut prendre quelque chose, ses bras décrivent des arcs de cercle et se dirigent du côté opposé; l'affaiblissement musculaire est considérable, le malade marche à peine à l'aide d'un bras, il ne peut serrer la main. La voix est saccadée, par les secousses convulsives du diaphragme; pas d'aneslhésie cutanée: état général satisfaisant. Nous avons constaté que, dans ce cas, la contraclilité électro-musculaire était normale dans tous les muscles. Plusieurs mois après, le malade ayant succombé à une fièvre continue, son autopsie fut faite avec le plus grand soin par M. Racle, interne et lauréat, des hôpitaux. Voici l'état de la moelle, décrit par M. Racle, interne de service dans une note qu'il nous a communiquée el que je transcris ici : (Les membranes sont saines, au niveau des dernières vertèbres dorsales : la moelle est amincie dans une étendue de 4 à o centimètres; sa couleur extérieure est normale; sa consistance n'est ni augmentée ni diminuée); coupée en travers, elle ne présente que de la substance blanche; la substance grise a complètement disparu dans chacune des deux moitiés de la moelle et sur la ligne médiane; la place de cette substance ne présente qu'une coloration rosée. Un canal manifeste existe dans chacune des moitiés de l'organe, et l'on peut sans effort y introduire un stylet de deux millimètres de diamètre.
Marshall-Hall avait récusé ce fait clinique qui faisait une brèche à son théorème, sous prétexte que ce n'était pas un cas de paralysie et croyant sans doute que c'était un simple cas de chorée (1). On ne saurait cependant méconnaître que le malade s'affaissait dès qu'on le mettait dans la station debout; on se rappelle aussi qu'il
(I) Ce cas était considéré, par les personnes qui venaient l'observer, comme une variété grave de la chorée. Mais j'avais remarqué qu'au repos, ses membres étaient agités par des mouvements convulsifs, seulement pendant les mouvements volontaires; que les contractions spasmodiques différaient essentiellement de celles de la chorée ordinaire, par des mouvements circulaires allant en augmentant d'étendue, depuis le commencement jusqu'à la fin; que la parole était étrange, lente et par secousses; qu'enfin il existait une diminution considérable de forces; que le sujet, par exemple, fermait incomplètement et faiblement ses mains, et que debout il s'affaissait si on ne le soutenait, sous les bras.
J'observais au môme moment un cas absolument analogue, chez une femme du même service. Le début de la maladie remontait à une quinzaine d'années, et il paraissait incurable. A mes yeux, en un mot, ces deux cas n'appartenaient pas à la chorée; ils devaient constituer une espèce morbide spéciale, que j'avais observée à cette époque dans ma pratique civile, chez des enfants qui m'étaient adressés comme des choréiques, bien qu'ils n'eussent pas guéri, et chez lesquels dans mes consultations écrites, je posais un pronostic grave, les appelant alors paralysies choréiformes, afin de les distinguer de la chorée. Le temps m'a manqué pour en faire la description ou le sujet d'une étude clinique.
fermait les mains difficilement et faiblement. J'ajouterai enfin que, couché, il exécutait les mouvements de ses membres inférieurs avec «ne extrême faiblesse. C'était donc incontestablement une parésie, avec mouvements choréiformes, qui apparaissaient seulement pendant les mouvements volontaires.
Mais, depuis lors, mes recherches sur ce point de l'électro-physiologie sont devenues plus précises, lorsqu'elles ont pu s'éclairer «de l'anatomie pathologique, surtout de l'examen histologique de la moelle. Ainsi j'ai constaté que la contraclilité électro-musculaire ai'est pas affaiblie par les altérations de la substance blanche, à •savoir, la sclérose des cordons antéro-latéraux (dans les contractures secondaires, dans l'ataxie locomotive progressive) par la sclérose des cordons postérieurs, enfin par la sclérose en plaques ou disséminée, des cordons antéro-latéraux, antérieurs, postérieurs ejt de la substance (grise dans la paralysie choréiforme); tandis qu'elle n'est affectée dans les lésions de la moelle que lorsque les cellules motrices sont altérées ou atrophiées, comme dans les paralysies spinales aiguës, par atrophie des cellules antérieures, de l'enfance ou de l'adulte.
§ IV. — Paraplégies par compression d'un point plus ou moins étendu de la partie inférieure de la moelle.
La compression d'un nerf mixte produit toujours, outre la paralysie à des degrés, divers des mouvements volontaires, la diminution ou l'abolition rapide de la contractilité électrique, et cela par le fait de l'inflammation de ce nerf, de la sensibilité et de la nutrition des muscles placés sous la dépendance de ce nerf. Je ne connais pas encore 'ine seule exception à celle règle dont on pourrait par conséquent faire une loi. Il n'en est pas de môme de la compression de la moelle, dans laquelle on n'observe pas toujours des phénomènes symptomaliques, semblables à ceux de la compression des nerfs. Supposons, par exemple, que la moelle soit modérément comprimée par une tumeur osseuse, par un névrome, par une incurvation trop brusque, à angle aigu, comme dans le mal vertébral, par une lésion quelconque de ses enveloppes séreuses ou fibreuses, la suite d'une affection rhumatismale ou inflammatoire des méninges, etc., alors les mouvements volontaires seront affaiblis ou abolis; des contractures symptômes d'une sclérose secondaire des cordons antéro-latéraux pourront apparaître; la sensibilité sera plus ou moins profondément lésée, des eschares pourront môme se montrer au sacrum ; mais la contractilité électro-musculaire pourra rester intacte et les muscles ne s'atrophieront pas ou n'éprouveront qu'un peu d'amaigrissement si la substance grise des cornes antérieures n'est pas lésée.