ART. III. — PARALYSIE GENERALE SPINALE ANT. SUBAIGUE
enfin ceux qui attachent l'épaule au thorax. Fendant sa marche envahissante, elle atteint les muscles par groupe ou par masse de même manière, dans leur contractilité électrique et dans leur nutrition. La symptomatologieet la marche de la paralysie générale spinale antérieure subaiguë, à forme descendante, sont semblables à celles de la forme ascendante ci-dessus décrite; la seule différence offerte par la première, c'est qu'après avoir débuté par les membres supérieurs, elle marche en sens inverse de la précédente, c'est-à-dire qu'elle se propage peu à peu aux membres inférieurs pour s'étendre de là aux muscles du tronc.
Enfin, si la paralysie ne rétrograde pas, ou n'est pas arrêtée dans sa marche, arrive, dans une période ultime, le tour de certains muscles de la face, et de la langue; il en résulte une difficulté de la prononciation et de la déglutition. En dernier lieu, la respiration est atteinte; c'est alors que la mort ne tarde pas à venir, quelquefois par asphyxie ou syncope.
Quelle que soit la forme de cette paralysie, qu'elle soit ascendante ou descendante, la lésion de molilité peut subir un temps d'arrêt plus ou moins long. Ainsi, on la voit quelquefois siéger longtemps dans les extenseurs, par exemple ; ou bien, — et c'est le cas le plus ordinaire, — après avoir attaqué les muscles de Pavant-bras, elle se porte sur les muscles de la jambe, et vice versa. Alors, elle revêt, pour quelque temps, la forme hé miplégique, et s'étend ensuite peu à peu. La paralysie peut avoir guéri une ou deux fois, alors qu'elle était partielle, puis avant de se fixer définitivementet de devenir générale. J'en ai observé plusieurs cas, que j'avais vus limités au début, puis guérir et que j'ai retrouvés, plus tard dans d'autres services d'hôpital localisés après une ou deux rechutes.
On ne doit pas s'attendre à voir, dans cette espèce de paralysie, l'irritabilité électro-musculaire s'éteindre complètement (ce qui peut arriver cependant dans la dernière période de la maladie) ; le plus ordinairement la contractilité électro-musculaire n'est que diminuée; dans quelques cas rares, il faut la plus grande attention pour constater, à un degré peu avancé de la maladie, l'affaiblissement de cette propriété.
Cette affection musculaire laisse intactes les facultés intellectuelles, la sensibilité, et les fonctions de la vessie et de l'intestin.
Sa marche est lente; elle peut se prolonger pendant plus ou moins grand nombre d'années.
§ III. — Anatoinie pathologique et patliogénîe.
Dans un seul cas de paralysie générale spinale subaiguë, que j'ai observé, en 1847, à l'hôpital de la Charité (service de Fouqu'.er\
4 68 CIIAP. IV. — PARALYSIE GENERALE SPINALE SUBAIGLE.
où j'ai «assisté a la nécropsie faite par le chef de clinique, M. Ouimont, aujourd'hui médecin des hôpitaux, l'examen de la moelle fraîche, à l'œil nu, nous a fait seulement constater une injection et une diffluence de la portion antérieure de la moelle, dans une étendue de 6 centimètres, à partir de la quatrième vertèbre cervicale. (Je renvoie pour les détails de cette observation aux deux éditions précédentes)(l).
Ce ramollissement de la moitié antérieure de la région cervicale de la moelle était certainement d'une date assez récente; il pouvait bien rendre compte de la paralysie alrophique des membres supérieurs; mais la paralysie atrophique des membres inférieurs devait être symptomatique d'une lésion des régions lombaire et sacrée de la moelle, qui n'offraient aucune altération appréciable à l'œil nu. — Je rappellerai que, dans un autre cas relaté précédemment (voy. obs. LXXX1I), l'examen de la moelle, à l'œil nu, n'a révélé aucune lésion anatomique.
La dénomination que j'ai donnée à cette espèce de paralysie, prouve que cependant je n'ai pas eu un instant de doute sur sa pathogénie. Les résultats négatifs de ces deux nécropsies n'ont pas ébranlé mes idées théoriques, puisque je n'ai pas changé la dénomination de cette espèce de paralysie; et j'ai éludé la difficulté en disant que, dans ces cas, la lésion spinale devait exister dynamiquement sinon organiquement.
Aujourd'hui cette pathogénie peut être éclairée, comme je lai déjà dit, par celle d'affections motrices dont la symptomatologie est la même et ne diffère que par le processus : je veux parler de la paralysie atrophique de l'enfance et de la paralysie spinale aiguë de l'adulte par atrophie des cellules antérieures de la moelle; j'entrevois qu'une airophie analogue des cellules spinales antérieures doit être la lésion anatomique fondamentale de la paralysie générale spinale antérieure subaiguë. C'est, sans aucun doute, ce qui ne peut tarder à être élucidé.
En somme, il existe, au point de vue anatomo-pathologique, trois espèces de paralysies par atrophie des cellules antérieures de la moelle : 1° la paralysie atrophique de l'enfance ; 2" la paralysie spinale aiguë de l'adulte; 3° la paralysie spinale antérieure subaiguë, que j'ai appelée générale en raison de sa marche envahissante jusqu'à sa généralisation.
(l)Duchenne (de Boulogne;, Êlect. loc , 1^55, obsv. XCVf, et 18Gl,ob-v. XXXVil.