PARALYSIE GÉNÉRALE SPINALE DIFFUSE SUBAIGUE
§ I. — ftymptomatologie et marche.
La paralysie générale spinale diffuse subaiguë est la seconde variété de l'affection musculaire que j'ai supposée symptomatique d'un état sub-inflammatoire de la moelle, et dont je viens de décrire la première variété sous le nom de paralysie générale spinale antérieure subaiguë. La description de celle-ci est presque entièrement applicable à l'autre, pour ce qui a trait à sa symptomatologie et à sa marcbe. Je m'abstiendrai d'y revenir; c'est pourquoi la description de la paralysie générale spinale subaiguë diffuse, qui fait le sujet de cet article, aura peu d'étendue. On en aura le tableau complet, si, aux symptômes de la première variété, on ajoute : 1° des douleurs plus ou moins vives, soit dans des points du rachis, soit dans le trajet de certains nerfs, soit dans les masses musculaires envahies par la paralysie; 2° des troubles profonds de la sensibilité de la peau (hyperesthésie ou aneslhésie cutanée); 3° des contractures pu une rigidité des membres; 4° une paralysie, à des degrés divers, de la vessie et du rectum, des désordres génésiques ; 5° enfin une eschare au niveau du sacrum.
Mais le programme symptomatologique de cette dernière variété n'est pas toujours entièrement rempli ; on en comprendra la raison, si l'on considère que tous ces phénomènes morbides sont l'expression de l'extension de la lésion anatomique à toutes les parties constituantes de la moelle, et que certains points de ce centre nerveux peuvent bien n'avoir pas été envahis ou ne l'avoir été que faiblement; aussi n'ai-je jamais trouvé une ressemblance parfaite entre tous les cas de la paralysie générale spinale diffuse subaiguë.
I. — Les douleurs apparaissent habituellement au début; elles précèdent ou accompagnent la parésie ou la paralysie musculaire; elles s'exagèrent par paroxysme; elles persistent pendant des années, quelquefois jusqu'à la fin de la maladie. Elles ne sont pas fulgurantes; elles ont un caractère de continuité qui les distingue de celles de l'alaxie musculaire progressive. Elles siègent souvent, un certain temps, dansdes trajets nerveux, avant l'invasion des phénomènes paralytiques et atrophiques, et prennent alors l'apparence de névralgies, ou bien elles occupent des masses musculaires et môme des jointures, et augmentent par la pression; elles sont quelquefois prises alors pour de simples douieurs rhumatismales, surtout s'il est arrivé que le malade se soit exposé
470 CnAP. TV. — PARALYSIE GENERAIE SPINALE SUBAIGUE.
à un refroidissement. C'est seulement lorsque les phénomènes paralytiques et atrophiques apparaissent que le diagnostic réel de la maladie peut être établi.
II. — Les douleurs s'irradient quelquefois dans les doigts et les orteils, où se sont fait sentir déjà primitivement des fourmillements et des engourdissements; elles remontent dans les membres, ou dans dos segments de membres, et annonçant en accompagnant la parésie ou la paralysie. Des troubles de la sensibilité cutanée apparaissent pendant le cours de la maladie, quelquefois sous la forme d'hyperesthésie cutanée, occupant, comme par plaques, des points de la surface du corps ou des membres, faisant ensuite place à une anesthésie; d'autres fois enfin les extrémités, les mains et les avantbras, les pieds et les jambes sont frappés d'emblée d'anesthésie incomplète qui augmente progressivement.
Lorsque les membres inférieurs sont atteints par la paralysie, les fonctions de lavessie sont souvent troublées à leur tour ; en général, à une période assez avancée de la maladie, ce scntdes difficultés dans la miction, accompagnées ou non de spasmes du col, et une constipation opiniâtre; plus tard, les urines et la défécation deviennent involontaires. En même temps arrivent des désordres fonctionnels génésiques : une excitation immodérée ou l'impuissance, accompagnées quelquefois d'un priapisme douloureux pendant le sommeil. Enfin, dans une période ultime, apparaissent des eschares au sacrum.
Tels sont, dans leur ensemble, les phénomènes morbides qui, ajoutés à la paralysie atrophique envahissante, caractérisent la paralysie générale spinale diffuse subaiguë.
Forcé de me resserrer, je ne rapporterai pas les faits cliniques nombreux desquels j'ai tiré la symptomatologie précédente. Après la description rapide que je viens d'exposer, on reconnaîtra d'ailleurs de beaux exemples de cette variété de la paralysie générale spinale subaiguë, dans quelques observations rapportées par les auteurs comme appartenant à l'atrophie musculaire progressive. Je citerai, entre autres, deux cas publiés, sous ce titre, par MM. Charcot et Joffroy. Ces pathclogisles les ont distingués d'ailleurs de celte dernière espèce morbide, en les considérant comme des cas hybrides ou de fausses atrophies musculaires. Je me bornerai à résumer ici l'un de ces derniers laits cliniques qui, à mes yeux, est un cas type de paralysie générale spinale diffuse subaiguë. Sa nécropsie exposée avec quelques détails servirai l'étude de l'anatomie pathologique de celte variété de la maladie qui fait le sujet de ce chapitre.
Observation LXXX1V. — Résumé. — En août 18G5,apparilion de douleurs opy reliques vives dans la continuité des membres droits, suivant le trajet des
AllT. IV. — PARALYSIE GÉNÉRALE SPINALE DIFFUSE SIBAIGUE. 471
cordons nerveux et augmentant par la pression, chez une femme (AugustineC.),âgéede29ans,le lendemain d'une exposition au froidel àlapluie.— Un mois plus lard, ces douleurs envahissent les membres droits. — En octobre, à droite, difficulté des mouvements d'opposition et d'abduction du pouce et de rapprochement ou d'écartemcnt des doigts; diminution de la saillie do l'éminence thénar et creusement des espaces interosseux; — diminution de la contractililé des muscles de ces régions. — Eu avril 1866, la malade est devenue complètement infirme ; elle peut encore se soutenir sur ses jambes et même marcher, ou plutôt glisser alors alternativement les pieds, sans les élever. Les muscles dos membres sont atrophiés, surtout ceux dont la contractilité volontaire et électrique est entièrement abolie. — En septembre 4866, sensibilité encore intacte. — Un an plus tard, contracture non douteuse des fléchisseurs de la main gauche et des jambes, cessation de cette contracture vers la fin d'octobre. — Le 12 décembre, paralysie complète des membres supérieurs. — Aggravation de l'état de la malade.
Vers la fin de 1867, M. Dieulafoy interne de M. Jaccoud à l'hôpital Saint-Anloine, m'a conduit au lit de celte malade.
Voici la note que j'ai prise alors sur ce cas et qui pourra compléter cette intéressante observation.
Mon attention a d'abord été principalement attirée par la gène de sa respiration; sa poitrine était complètement immobile et sa respiration diaphragmalique, contrairement à ce que l'on observe chez la femme, dont la respiration est surtout costale supérieure. J'ai constaté que ce trouble fonctionnel n'était pas occasionné par l'atrophie ou la paralysie des intercostaux, mais par des douleurs très-vives qui, siégeant dans la partie moyenne de la région cervicale et de la partie supérieure de la région dorsale, s'irradiaient dans la moitié supérieure environ de son thorax. — Je lui ai fait faire plusieurs inspirations thoraciques assez grandes; mais elles exaspéraient ses douleurs et l'empochaient de faire ainsi successivement deux inspirations. C'est pourquoi sa respiration était abdominale; c'est pour cette raison aussi qu'elle tenait instinctivement son thorax immobile et comme resserré. — Les douleurs rachidiennes se faisaient sentir aussi dans les muscies de la partie postérieure du cou, ce qui rendait très-douloureux et presque impossibles les mouvements de la tète, et dans le membre supérieur gauche, où elles augmentaient par la pression de. la plupart des muscles et des nerfs. Enfin il existait une hyperesthésie de la peau sur plusieurs points où régnaient les douleurs précédentes. Interrogée sur l'état de la motilité, dans le cours de sa maladie, elle m'a donné les détails les plus précis, desquels il résulte que, dans les premiers temps, les muscles des membres inférieurs ont été atteints, pour la plupart, de parésie, et quelques autres de paralysie, avant que ces membres eussent diminué notablement de, volume , ce qui rendait la station et la marche difficiles et presque impossibles. (Je reviendrai sur ce fait, lorsque j'aurai à discuter sur le diagnostic de ce cas.) — Je lui ai trouvé ses membres maintenus infléchis, la cuisse sur le bassin et les jambes sur la cuisse, par la raideur désarticulations, due à la contracture permanente de leurs muscles moteurs. Mais avant ces contractures, disait-