II. — Pronostic
Le pronostic de la paralysie générale spinale subaiguë est assurément grave, infiniment plus grave, que la paralysie spinale aiguë de l'adulte et que laparalysie atrophique de l'enfance, avec lesquelles elle a tant de ressemblance, puisqu'elle peut se terminer par la mort, surtout lorsqu'elle est complètement généralisée, c'est-à-dire, lorsqu'elle a atteint les muscles qui président aux mouvements de la langue, à la déglutition, et certains muscles de la face; c'est qu'alors la lésion anatomique a gagné la région bulbaire et que les malades périssent ordinairement par asphyxie ou par syncope.
Mais lorsque l'on porte le pronostic de cette maladie, on doit se" rappeler que non-seulement elle s'arrête quelquefois dans sa marche envahissante, mais aussi qu'elle peut rétrograder ou guérir spontanément. Alors on voit les mouvements et la nutrition revenir même dans ceux des muscles dont la contraclilité était lésée. (Le sujet de l'observation LXXXI1I en est un exemple frappant.) C'est pour ce motif que je me suis gardé de l'appeler progressive, expression désespérante, en raison du sens fatal que lui a donné Hequin dans le langage médical.
De môme que la paralysie atrophique de l'enfance et que la paralysie spinale antérieure aiguë de l'adulte (par atrophie des cellules antérieures), la paralysie générale spinale antérieure subaïgue détruit quelquefois certains muscles ou des groupes de muscles, et alors, selon leur importance fonctionnelle, le pronostic peut offrir, à ce point de vue, de la gravité.
La paralysie générale spinale diffuse subaiguë est beaucoup plus grave que l'autre variété, en raison du plus grand nombre de troubles fonctionnels ou des désordres de la nutrition, qu'elle occasionne (contractures, raideurs musculaires, troubles de la miction et de la défécation, eschare au niveau du sacrum ou des fesses), ce qui s'explique par l'extension plus grande de la lésion spinale. '
484 C1IAP. IV. — PARALYSIE GENERALE SPINALE SUBATGUE.
§ IV. Traitement par la farauisation localisée et par le courant
continu.
Lorsqu'il s'agit de porter un jugement sur la valeur thérapeutique d'une médication, on doit connaître ou ne pas oublier ce qui aurait pu arriver, si la maladie à laquelle on l'a appliquée, avait été abandonnée à elle-même ou à sa marche naturelle. Cette maxime a trait particulièrement à la paralysie générale spinale antérieure subaiguë.
Je me bornerai à rappeler, comme exemple, le fait clinique rapporté dans l'observation LXXXIII. On y a vu la paralysie et l'atrophie envahir successivement et en quelques semaines les muscles des membres et du tronc, et la maladie rester ainsi généralisée pendant treize mois . Un traite ment énergique (vésicatoires dans la région cervicale, strychnine, purgatifs) institué dès le début de la paralysie atrophique, et suivi pendant plusieurs mois, n'ayant pu arrêter sa marche envahissante, le malade perdit courage dès qu'elle fut généralisée et ne voulut, plus rien faire. Cependant on a vu qu'après treize mois d'un état stationnaire, la paralysie s'est amendée spontanément etgraduellement, et, en deux mois, que la motilitéet la nutrition sont revenues presque à l'état normal, à l'exception des muscles moteurs des doigts, du pouce et de la main dont les plus paralysés et atrophiés sont aujourd'hui ceux qui reçoivent leur innervation du nerf radial et les muscles des éminences thénar ; ces muscles sont restés atrophiés et ont perdu leur contraclilité électrique.
Voilà donc un cas de paralysie générale spinale antérieure subaiguë qui, après être restée stationnaire et abandonnée à elle-même pendant douze mois, dans sa période de généralisation, suit spontanément une marche rétrograde, et arrive graduellement à une guérison complète, en quelques semaines, à l'exception de quelques muscles moteurs de la main. Ce n'est pas le seul fait de paralysie générale spinale antérieure subaiguë que j'aie vu entrer ainsi spontanément en voie de guérison.
L'enseignement à en tirer, c'est qu'il ne faut pas toujours faire, sans quelques réserves, tout l'honneur de la guérison de ces espèces de paralysie à un traitement quelconque. Cet enseignement a manqué à ceux qui ont affirmé avoir guéri par les courants continus des paralysies générales spinales subaiguës et que (par une erreur de diagnostic trop fréquente) ils avaient rangé dans l'atrophie musculaire progressive (t).
(l)En 1869, M. lîouvier a présenté à l'Académie de médecine an nom de M. Bouvier une note dans laquelle l'auteur dit avoir guéri, parle courant continu, un cas