ART. I. — SYMPTOMATOLOGIE DE L'ATR. MUSC. DE L'ADULTE
l'on ne doil jamais négliger d'inspecter les muscles de toutes les régions, même lorsque le sujet atteint de la maladie dont nous nous occupons, ne se plaint que d'une atrophie partielle d'un membre.
b. Les troubles occasionnés dans la synergie musculaire par l'atrophie partielle des muscles ne sont par moins importants à connaître, comme signes réels de l'atrophie partielle. Je me bornerai à en rappeler un exemple. On voit quelquefois pendant l'élévation du bras le soapulum s'éloigner du thorax sous la forme d'une aile (voyez les fig. 122 et 12S). C'est la synergie musculaire du grand dentelé qui fait alors défaut. Ce mouvement pathologique est donc un signe du défaut d'action du grand dentelé.
Certains troubles dans la synergie musculaire peuvent faire croire à l'existence de l'atrophie d'un muscle qui cependant est intact. Ainsi, l'action des muscles fléchisseurs des doigts est-elle affaiblie ou perdue isolément, le sujet, quand il veut fermer la main, ne peut empêcher l'extension exagérée de son poignet ; ou bien les extenseurs des doigts (des premières phalanges) n'agissent-ils plus, c'est au contraire la flexion du poignet qui se fait avec force, quanti le sujet veut étendre ses doigts parallèlement aux métacarpiens. A l'époque où j'observai ces phénomènes pour la première fois, je crus que, dans le premier cas, les fléchisseurs du poignet (les palmaires), et dans le second, les extenseurs du poignet (les radiaux et le cubital postérieur) étaient détruits , cependant il n'en était rien. Il serait trop long d'expliquer ici le mécanisme de ce trouble singulier dans la synergie musculaire, que j'ai fait connaître dans mes recherches sur la physiologie pathologique de la main. Il était opportun de le rappeler ici.
On comprend combien il importe de connaître les troubles de la locomotion propres à la paralysie de chacun des muscles ou de chaque portion musculaire, et de se rendre compte de son mécanisme. Je renvoie donc le lecteur aux chapitres consacrés à l'étude pathologique des mouvements partiels delà main, du pied, de l'épaule et du diaphragme (1).
Afin de compléter l'étude des troubles fonctionnels de la locomotion, que l'on observe dans l'atrophie musculaire progressive, je vais dire quelle est l'altitude du tronc pendant la station, consécutivement à l'atrophie des muscles extenseurs ou fléchisseurs du tronc.
J'ai représenté dans les figures 116 et 117 deux sujets affectés de lordose par atrophie musculaire. Au premier aspect, ces deuxlordoses sont semblables, et cependant on a vu, dans la légende de ces figures, qu'elles sont produites par l'atrophie des muscles qui
(1) Duchennc (de Boulogne}, Physiologie des mouvements, etc., 1EG7.
agissent en sens inverse sur le tronc. Et puis il est facile de démontrer qu'elles diffèrent essentiellement l'une de l'autre.
Que Ton examine, en effet, l'attitude de la colonne vertébrale, on constate qu'une ligne fictive, conduite verticalement de haut en bas, à partir de la première dorsale, passe, dans la figure 1 16, sur un plan postérieur au sacrum, tandis que dans la figure 117 cette ligne tombe au contraire sur un plan antérieur à la moitié inférieure de cet os. — J'ai expliqué ailleurs le mécanisme physiologique de la différence d'attitude delà colonne vertébrale, dansées deux espèces de lordoses (1).
Quelle que soit l'exactitude de ces théories, la valeur séméiolique de ces deux espèces de lordoses par atrophie musculaire n'en reste pas moins bien établie par les faits précédents, desquels il ressort que la lordose par atrophie musculaire, dans laquelle la ligne de gravité du tronc, conduite verticalement de la première apophyse épineuse dorsale au sacrum, tombe en arrière de cet os, annonce la faiblesse ou le défaut d'action des extenseurs du tronc (des sacro-spinaux), tandis que la lordose, également par atrophie musculaire, dans laquelle la ligne de gravité du tronc tombe en avant du sacrum, est le signe de faiblesse ou du défaut d'action des fléchisseurs du tronc (des muscles de l'abdomen). Suivant M. Bouvier, l'atrophie des extenseurs du tronc sur la cuisse peut produire une lordose semblable à celle qui est consécutive a l'atrophie des muscles de l'abdomen. Je regrette de ne pas partager l'opinion de mon savant ami, pour cette raison que l'extension du tronc sur la cuisse n'est plus possible quand les muscles producteurs de ce mouvement, étant paralysés, le bassin se trouve infléchi sur la cuisse.
Enfin, la lordose par atrophie des muscles de l'abdomen offre quelque ressemblance avec celle qui est produite par la contracture des fléchisseurs du tronc sur la cuisse ou par la luxation congénitale double du fémur; mais les signes propres à celte dernière affection rendent toute confusion impossible.