DE L'ADULTE
Les caractères distinctifs de la paralysie spinale antérieure aiguë de l'enfance ou de l'adulte sont les suivants : 1° instantanéité de la paralysie précédée ou non d'une fièvre de quelques jours, et occupant, au début, un ou plusieurs membres ou le corps entier; 2° après quelques jours, perte, à des degrés divers, de la contractilité électro-musculaire et atrophie des muscles ; 3° dans une seconde période, marche rétrograde de îa paralysie; dans une troisième période, localisation de l'atrophie et de l'altération du tissu musculaire; 4° enfin déformations qui en sont la conséquence.
La comparaison des éléments de diagnostic des deux premières périodes de la paralysie atrophique de l'enfance avec ceux de l'atrophie musculaire progressive, que j'ai résumés précédemment (page 60), rend impossible toute confusion entre ces deux maladies.
Il n'en est plus de même, lorsque l'on se trouve en présence de cette paralysie arrivée à sa troisième période, surtout si elle date d'un grand nombre d'années ; en effet, elle peut présenter alors l'aspect et les déformations que l'on rencontre dans l'atrophie musculaire progressive.
Jadis il suffisait que la maladie eût débuté dans l'enfance, pour qu'on la rangeât dans la paralysie atrophique de l'enfance; mais depuis que j'ai établi que l'atrophie musculaire progressive peut aussi apparaître, — exceptionnellement, il est vrai, — dans l'enfance (voy. p. 518), cette circonstance n'a plus la môme valeur. Il faut tenir compte du processus morbide ; si Ton manque de renseignements sur les antécédents de la maladie, comme lorsque les sujets sont venus succomber dans un hôpital, à un âge avancé, on retrouve, sur la physionomie, les caractères spéciaux que j'ai décrits (voy. p. 518), si c'est une atrophie musculaire de l'enfance.
La difficulté du diagnostic de la paralysie spinale antérieure aiguë est augmentée par cette raison : qu'on l'a crue jusqu'à présent spéciale à l'enfance ; tandis que j'ai démontré tout récemment qu'on l'observe aussi, — rarement néanmoins, — - chez l'adulte (voy, art. Ier, ii° part.
Il en est résulté que, dans ce dernier cas, on ne manque pas d'en faire une atrophie musculaire progressive, si l'on est appelé à l'observer seulement à sa troisième période. Je rappellerai, comme exemple, l'histoire de l'étudiant russe (obs. LXX1) qui vint me consulter, dix ans après le début de sa paralysie, et chez lequel ses membres atrophiés présentaient toute l'apparence de l'atrophie musculaire progressive, bien que ce fût une paralysie spinale antérieure aiguë provoquée, a l'âge de 25 ans, par l'impression du froid de la
neige dans laquelle il s'était couché, en état d'ivresse. Dans plusieurs consultations écrites qu'il m'a communiquées, sa maladie était appelée : atrophie musculaire progressive ; mais ici la connaissance du processus morbide et des antécédents m'a permis de rectifier cette erreur de diagnostic.
La paralysie atrophique de l'enfance, quand elle est arrivée à sa dernière période, surtout lorsqu'on en observe les suites, chez les sujets avancés en âge, pourrait donc être confondue avec l'atrophie musculaire progressive. Ainsi, dans l'une et l'autre affectioncertains muscles atrophiés ne donnent plus signe de vie à l'exploration musculaire, tandis que d'autres, également atrophiés, se contractent encore entièrement ou partiellement, ou fibrillairement; les muscles, les faisceaux musculaires qui réagissent sous l'influence électrique, obéissent également à la volonté, en voici deux exemples :
Observation XCI. — J'ai observé à la Charité (salle Sainte-Vierge, service de M. Velpëau) une malade, âgée de 28 ans, entrée à l'hôpital, le 29 mars 1854, afin de se faire traiter d'une affection cancéreuse du sein, et qui, à l'âge de 18 moi?, avait eu une paralysie de tous les membres, accompagnée, au début, de trois ou quatre jours de fièvre, étala suite de laquelle elle avait perdu l'usage de quelques muscles de l'avant-bras et de la main du côté droit. J'ai constaté, par l'exploration électro-musculaire, que le muscle cubital postérieur, ceux de l'éminence thénar et l'interosseux abducteur de l'index avaient entièrement disparu. Les autres muscles de l'avant-bras, quoique très-atrophiés, possédaient leur contractilité électrique et volontaire normale. Le membre supérieur droit était plus court et la main était plus petite que du côté opposé.
Observation XCIL — J'ai encore observé à la Charité en 1852, deux cas analogues, l'un au n°22 de la salle Saint-Jean-de-Dieu, et l'autre au n° 25 de la saile Sainte-Vierge. Les sujets avaient conservé, à la suite d'une paralysie de l'enfance, survenue après une fièvre qui dura quelques jours, une atrophie de l'un des membres supérieurs, où la plupart des muscles ne se retrouvaient plus par l'exploration électro-musculaire. Au milieu de cette destruction générale des muscles, on voyait ici un faisceau, là quelques fibres, se contracter par l'excitation électrique et par la volonté.
III. — Est ce une paralysie générale spinale antérieure subaigue?
A. La paralysie générale spinale antérieure subaiguë (que j'ai décrite précédemment, chap. m, art. Lr), lorsqu'elle n'est accompagnée d'aucune douleur, est l'affection musculaire qui peut être, ou a été le plus souvent confondue avec l'atrophie musculaire progressive; cependant, si l'on considère que la première, après avoir été envahissante et s'être plus ou moins généralisée, suit, spontanément