ART. I, § III. — SYMPTÔMES. 5C
comprendre la gravité de la paralysie complète de tous les muscles chargés de l'exécution de ses mouvements.
§ III. — Paralysie des muscles «lu voile du palais.
La paralysie des muscles moteurs du voile du palais vient aggraver singulièrement les désordres fonctionnels occasionnés par la paralysie de la langue. La phonation en est affectée; l'articulation des labiales, qui était restée normale, s'en trouve altérée: le p et le 6 sont alors articulés comme me, fe, ou ve. C'est que l'orifice postérieur des narines ne peut plus être fermé par l'espèce de sphincter constitué par l'action synergique de quelques muscles du voile du palais et du constricteur supérieur du pharynx, sphincter découvert par Gerdy et encore mieux étudié par Dzondi et sur le mécanisme duquel j'aurai l'occasion de revenir; c'est qu'alors la colonne d'air expulsée, au lieu de sortir seulement par la bouche et de séparer plus ou moins fortement les lèvres rapprochées l'une de l'autre pour l'articulation de ces labiales, se divise en deux colonnes, l'une qui s'engage par cet orifice béant et fait entendre un son ou souffle nasal particulier, tandis que l'autre va séparer mollement et faiblement les lèvres. Cette division de la colonne d'air expulsé rend encore plus confuse l'articulation des autres consonnes, déjà tant altérée par la paralysie de la langue.
A la difficulté de la déglutition causée par la paralysie de la langue s'ajoute, consécutivement a la paralysie des muscles moteurs du voile du palais, le passage d'une partie des boissons ou des aliments liquides par les fosses nasales.
Il est facile de reconnaître la paralysie des muscles moteurs du voile du palais, à la déviation de la luette ou à l'inégalité des arcardes formées parles piliers du voile du palais, lorsque la paralysie n'existe seulement que d'un côté ou qu'elle y prédomine. Mais, dans la grande majorité des cas, je n'ai vu ni déviation de luette, ni inégalité de ces arcades; c'est qu'alors la paralysie est égale des deux côtés. On pourrait donc méconnaître l'existence de la paralysie fonctionnelle des muscles moteurs du voile du palais, et cela d'autant plus facilement, que la sensibilité de cet organe, étant ordinairement intacte ou seulement diminuée, la titillation y provoque souvent la contraction réflexe de ses muscles moteurs, en même temps que celle des muscles du pharynx, comme on le voit dans un effort de vomissement. La phonation nasale et l'articulation vicieuse des labiales, ci-dessus décrites, sont, dans ce cas, les seuls symptômes qui en décèlent l'existence. On en acquiert la preuve évidente, si on force le volume d'air à passer avec plus de force par l'ouverture buccale, en pinçant
570 CHAP. V. — PARALYSIE GLOSSO-LABIO-LAHYNGÉE.
le nez du malade, au moment où on lui fait prononcer les labiales, dont l'articulation devient alors beaucoup plus nette.
§ IV. — Paralysie île l'orbiculaire des lèvres et des ptérygoïdieiis.
L'orbiculaire des lèvres se paralyse progressivement dans l'affection dont j'expose la symptomalologie. Les malades éprouvent d'abord quel que difficulté à prononcer dislinclementles voyelleso,w, comme si les lèvres étaient semi-paralysées parle froid, et bientôt ils ne peuvent plus contracter l'orbiculaire des lèvres, comme lorsque l'on veut siffler ou donner un baiser. Alors aussi ils ont de la peine à maintenir leurs lèvres assez rapprochées l'une de l'autre, pour que l'articulation des labiales soit assez nette, et, plus tard, l'affaiblissement augmentant, cette articulation est tout à fait impossible. A ce moment, j'ai parfois constaté que le muscle élévateur de la lèvre inférieure (le muscle de la bouppe du menton) a considérablement perdu de sa force, et qu'il est môme quelquefois entièrement paralysé. Quelquefois aussi le carré et le triangulaire des lèvres sont également affectés; ce qui ne permet plus aux sujets de prononcer les voyelles e, i.
Je n'ai jamais vu l'orbiculaire des paupières ni les muscles zygoniatiques, canins, élévateurs de la lèvre supérieure, moteurs des ailes du nez, affectés d'une manière appréciable, dans cette maladie ; je ne crois même pas que le buccinaleur soit lésé. Au premier abord, on serait porté à croire que ce dernier muscle est paralysé, parce que le sujet ne peut siffler; mais la plus légère attention fait bien vite reconnaître que cela dépend de la paralysie de l'orbiculaire deslèvres. En effet, maintient-on avec les doigts les lèvres serrées l'une contre l'autre, cl fait-on ensuite souffler le malade, on voit ses joues s'appliquer contre les arcades alvéolaires au lieu de se gonfler, comme lorsque le buccinaleur est paralysé.
La paralysie de l'orbiculaire des lèvres donne une prédominance de force tonique aux muscles qui meuvent les commissures et qui agissent sur la lèvre supérieure. Il en résulte que la ligne qui sépare les lèvres, quand elles sont rapprochées, s'agrandit transversalement, et que les lignes naso-labiales se creusent et s'arrondissent par l'action des élévateurs de la lèvre supérieure, ce qui donne à la physionomie un air pleureur. J'ai trouvé ce faciès spécial chez tous mes malades. J'en ai même vu un dont les lèvres s'écartaient en tous sens pendant le rire ou le pleurer, sans qu'il lui fût possible de les ramener à leur position normale. Toutes les dents restaient alors découvertes jusqu'à ce qu'il eût rapproché ses lèvres l'une de l'autre avec les doigts.
N'est-il pas curieux de voir, dans cette affection, la paralysie se