‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et à la thérapeutique par courants induits et par courants galvaniques interrompus et continusChapitre 217 sur 505 · ART. I, § II. — SYMPTÔMES · texte numérisé non relu

ART. I, § II. — SYMPTÔMES

bord l'état du malade; la langue avait repris rapidement son volume normal; sa surface était devenue unie; ses mouvements et ceux des lèvres avaient évidemment gagné; la prononciation était plus facile et plus distincte; mais la déglutition élait toujours aussi pénible, et la salive continuait de s'écouler au dehors. — L'alimentation devenant de plus en plus difficile, le malade perdait rapidement ses forces. Je me décidai alors à porter un rhéophore dans le pharynx et même clans l'œsophage. Ces nouvelles excitations faradiques furent, hélas! tout aussi impuissantes que les précédentes. Le malade fatigué retourna dans son pays, où il mourut, quelques mois après, épuisé par une alimentation insuffisante. Pendant les derniers mois de sa Vie, on avait dû injecter fréquemment dans son estomac des bouillons et des laitages, à l'aide de la sonde œsophagienne. Sa faim ne pouvait jamais être satisfaite. Enfin les accès de suffocation sont devenus de plus en plus fréquents, et le malade est mort dans un de ces accès.

En somme, tous les troubles fonctionnels étaient évidemment dus, dans ce cas, à la paralysie de la langue et à un défaut d'action suffisante des autres muscles qui présidentà la déglutition et à l'articulation des mots. (Nous verrons bientôt que les suffocations et les syncopes qui survenaient, de temps à autre, annonçaient une autre lésion nerveuse).

La relation que je viens défaire est un tableau assez fidèle des symptômes que j'ai observés chez tous les autres malades : c'est bien ainsi que leur affection a marché et qu'elle s'est terminée. Toutefois, on doit s'attendre, comme dans toutes les espèces morbides, à rencontrer quelques différences individuelles. — Revenons sur chacun des symptômes de la maladie.

§ II. — Paralysie de la langue.

L'a paralysie de la langue apparaît, en général, la première. Elle constitue le symptôme principal de la maladie, car c'est elle qui menace la vie en empêchant l'alimentation. Les troubles qu'elle occasionne dans la prononciation sont caractéristiques. La difficulté ou l'impossibilité d'appliquer la pointe de la langue derrière l'arcade dentaire supérieure et la face dorsale de cet organe contre la voûte palatine rendent incomplète ou impossible l'articulation de certaines consonnes. Les signes de cette affection sont peu apparents d'abord ; cependant il suffit d'avoir entendu une fois cette espèce d'articulation anormale, pour la reconnaître facilement. J'ai déjà dit que, pour s'en faire une idée, il fallait, en parlant, retenir sa langue abaissée et fixée au plancher de la bouche; alors on n'entend que les linguales; les palatines et les dentales sont articulées comme c/i, et cela d'une manière d'autant plus frappante, que la langue peu!

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moins s'élever. La parole devient de plus en plus inintelligible par l'affaiblissement progressif des mouvements de la langue, et lorsque celle-ci ne peut plus se mouvoir, l'articulation des consonnes précédentes devient tout à tait impossible; le malade ne fait plus entendre qu'une sorte de grognement.

En même temps que l'on observe ces troubles dans l'articulation des mots, la déglutition éprouve une perturbation qui n'occasionne, pendant quelque temps, qu'un peu de gêne; mais, plus tard, le malade avale difficilement les liquides. Alors aussi la bouche se remplit d'une salive qu'il rejette incessamment au dehors, et dont il remplit son mouchoir.

Celte augmentation de la quantité de la salive et sa viscosité s'expliquent de la manière suivante: à l'état normal, la salive est avalée au fur et à mesure qu'elle est sécrétée, et à chaque effort de déglutition de cette salive, — effort qui se fait instinctivement et incessamment, — l'extrémité antérieure de la langue et ses côtés s'appliquent assez fortement contre les parties correspondantes de la voûte palatine, de manière à présenter un plan incliné d'avant en arrière et de haut en bas, sous forme de gouttière; ensuite toutes les parties de la face dorsale de la langue se pressent successivement contre le palais, de la pointe à la base.

Dès l'instant que ces mouvements de la langue sont affaiblis, la salive est avalée incomplètement, et plus tard la déglutition en est impossible; alors elle s'accumule dans la bouche, où elle devient visqueuse par le long séjour qu'elle y fait. Aussi s'écoule-t-elle abondamment au dehors; et lorsque le malade ouvre la bouche, on voit se former un grand nombre de colonnes ou de filaments produits par cette salive visqueuse et qui adhèrent par leurs extrémités aux lèvres, à la langue, à la voûte palatine. Celte salive est quelquefois tellement gluante, que le malade a de la peine à la détacher des parois buccales; il en éprouve une si grande gêne, qu'on le voitse nettoyant continuellement la bouche avec les doigts ou avec son mouchoir. On ne constate cependant ni rougeur ni altération quelconque de la muqueuse buccale ou pharyngienne.

Bientôt les aliments solides ne sont pas mieux avalés que les boissons; la déglutition des aliments demi-liquides ou des potages est seule possible. Enfin, lorsque la langue est entièrement privée de mouvement, la déglutition est tout aussi impossible que lorsque la bouche est maintenue largement ouverte el la langue abaissée (I). 11 suffit, en un mot, de se rappeler l'importance physiologique de la langue, dans le premier et le second temps de la déglutition, pour

(1) Alors pour avaler, les malades renversent leur tête en arrière et placent la main devant la bouche, afin d'empêcher les aliments d'être rejetés au dehors, pendant les efforts de déglutition.

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