ART. I, § IV. — PARALYSIE DES NERFS MOTEURS DE L'OEIL
Sur les vingt premiers faits cliniques que j'ai recueillis, je ne l'ai vue manquer que trois fois; dans ces mômes cas, j'ai noté que la sixième paire a été plus souvent atteinte que la troisième paire. Au moment où j'ai publié cette étude pathologique, on a pu constater ce dernier fait chez les sujets de laCharilé et de l'Hôtel-Dieu, qui étaient des exemples de la maladie que je décrivais. J'ai observé trois fois la paralysie double de la sixième paire; dans tous les autres cas, la paralysie de la sixième ou de la troisième paire n'existait que d'un côté (1).
La paralysie des nerfs moteurs de l'œil peut s'améliorer ou guérir, sans que pour cela la maladie cesse de marcher et de s'aggraver progressivement. On se rappelle en effet que M. X... (obs. CI1I), diplopique au début de sa maladie, n'a plus vu double après quelques mois, et que cependant celle-ci n'en a pas moins marché. On sait aussi que cette diplopie, causée par la paralysie delà sixième paire, n'est revenue que quatre ans plus tard, alors que la maladie était déjà généralisée.
Si donc la paralysie des nerfs moteurs de l'œil peut être temporaire, comme cela est démontré par le fait précédent (2), l'observateur ne doit jamais négliger, dans l'étude des antécédents, de rechercher si ce trouble fonctionnel s'est ou non manifesté, car le malade ne songe pas ordinairement à le signaler.
La paralysie de la troisième paire échappe difficilement à l'observation, parce que la chute de la paupière supérieure, qui est un des symptômes de cette lésion, attire d'abord l'attention. Il n'en est pas de même de la paralysie de la sixième paire, qui n'affecte que le muscle droit externe de l'œil sans déformer la pupille, et cela surtout si elle est incomplète ; mais le mouvement plus ou moins difficile du globe oculaire en dehors, et la diplopie accusée par le malade lorsqu'il regarde obliquement de ce côté, ne tardent pas à éclairer l'observateur.
Il faut savoir toutefois que ce dernier symptôme (la diplopie) peut manquer, alors môme que le mouvement de l'œil en dehors est in-
sont très intenses, j'ai rencontré, d'autre part, quelques cas où elles étaient si faibles et si rares, que les malades les accusaient à peine et en perdaient le souvenir lorsqu'elles avaient disparu, dans une période plus avancée de la maladie. On conçoit que, dans ce dernier cas, ces phénomènes pourraient bien échapper aussi à l'attention de l'observateur, s'il n'interrogeait pas le sujet avec assez d'insistance sur la première période de sa maladie.
(1) Aujourd'hui (en 1871), ayant observé plusieurs centaines de cas d'ataxie locomotrice, je dirai que la 3e paire est plus souvent atteinte, au début, que la 6e paire.
(2) J'ai observé un cas d'ataxie locomotrice, à sa première période, dans lequel la paralysie delà <ie paire revenait de deux jours l'un depuis plusieurs mois, et durait seulement quelques heures. Cette diplopie (à forme intermittente tierce) a disparu peu de temps après l'administration du sulfate de quinine.
complet et que l'un des deux yeux n'est pas amaurotique (i); c'est ce que j'ai constaté, quand la paralysie des moteurs de l'œil était double. J'ai actuellement en observation deux cas de paralysie double de la sixième paire, chez des sujets atteints d'ataxie locomotrice, et qui n'ont jamais vu double. Chez l'un d'eux, cette paralysie est faible, et je n'en aurais certainement pas reconnu l'existence, si je n'avais constaté qu'en le faisant regarder en dehors, alternativement de chaque côté, le bord de la cornée ne peut atteindre l'angle externe de l'œil, et qu'il en reste éloigné de 1 à 2 millimètres.
La paralysie d'un des nerfs moteurs de l'œil, comme phénomène initial associé à d'autres symptômes de l'ataxie locomotrice, m'a plusieurs fois éclairé, dans des cas difficiles. Je reviendrai sur la valeur de ce symptôme, en traitant du diagnostic et du pronostic de celte maladie.
§ V. — Amblyopie. — Aiuam-ost».
L'affaiblissement de la vue (amblyopie), et plus tard une amaurose complète par atrophie de la papille du nerf optique, compliquent souvent à des degrés divers la paralysie des nerfs moteurs de l'œil, dans l'ataxie locomotrice progressive; c'est du moins ce qui ressort des faits que j'ai recueillis (2). (On sait que cet affaiblissement de la vue n'existe pas dans le strabisme simple, et qu'il suffit, dans ce dernier cas, de faire regarder d'un seul œil, pour que la vue devienne parfaitement distincte.) J'ai même rencontré des cas dans lesquels le strabisme diminuait ou disparaissait, bien que la vue
(1) Inutile d'expliquer pourquoi la diplopic ne peut exister dans un strabisme paralytique, lorsque l'un des deux yeux est atteint d'atrophie de la papille du nerf optique.
(2) L'examen du fond de l'œil, à l'aide de l'ophthalmoscope, chez des sujets ataxiques, dont la vue était considérablement affaiblie ou complètement éteinte, m'avait appris que la papille de leur nerf optique était atrophiée, ce qui annonce, on le sait, la lésion (scléreuse) du nerf optique, à son origine ou dans sa continuité. J'en ai rapporté un cas remarquable dans la précédente édition (Obs. CXXV, p. 508), dans lequel l'image ophthalmoscopique du fond de l'oeil était représentée dans la figure 97 de la planche I. Je n'en ai pas conclu cependant que l'amaurose de l'ataxie locomotrice était toujours produite par cette lésion anatomique.car j'avais négligé jusqu'alors de faire celte exploration ophthalmoscopique chez la plupart des ataxiques atteints d'amaurosc ou d'amblyopie. Mais j'entrevis que cette atrophie delà papille devait être fréquente, sinon constante. Il importait donc d'examiner à l'ophthalmoscope le fond de l'œil des. sujets atteints d'ataxie locomotrice, dès que Tamaurose s'annonçait chez eux par un peu d'affaiblissement de la vue (par une amblyopie légère), afin d'étudier le mode de développement de cette espèce d'atrophie de la papille et les accidents congestils ou irritatifs qui peut-être le précèdent. Mes prévisions se sont réalisées. Bien plus, n'ayant jamais négligé, depuis lors, d'examiner le fond de l'œil des ataxiques atteints d'affaiblissement ou de perte de la vue, j'ai toujours constaté une décoloration à divers degrés en blanc de la papille du nerf optique et une atrophie des vaisseaux de la rétine en raisoi: directe, des degrés d'affaiblissement de la vue.