ART. I- § V. — AMBLYOPIE. AMAUROSE
continuât à s'affaiblir progressivement. Cependant le strabisme et l'amaurose marchent ordinairement parallèlement. Enfin le trouble de la vue, à l'état d'amaurose même complète, existe quelquefois sans strabisme, au début de la maladie.
L'amaurose n'aflecte ordinairement qu'un œil, et quand elle est compliquée de strabisme, elle existe de ce côté; trop souvent cependant elle règne des deux côtés à la fois; trop souvent aussi, résistant à toutes les médications, elle éteint complètement la vision, même avant que les désordres delà locomotion aient apparu ou se soient généralisés. Rien n'est plus affligeant alors que l'existence de ces malheureux aveugles, lorsque l'ataxie est arrivée à sa dernière période. Privés déjà de la faculté de coordonner les mouvements des membres inférieurs, percevant mal la résistance du sol et ne pouvant plus s'aider de la vue, dont on connaît l'influence sur la locomotion, la progression et la station leur deviennent plus difficiles ou extrêmement pénibles, et s'accompagnent des mouvements les plus désordonnés; et puis, dès que la sensibilité des pieds est complètement perdue, ces fonctions musculaires deviennent absolument impossibles, bien que ces malades puissent disposer toujours d'une force musculaire considérable (1).
(!) J'ai fréquemment observé, dans la première période del'ataxie locomotrice, un phénomène oculo-pupillaire qui se trouve mentionné dans quelques-unes de mes observations, mais dont je n'ai pas fait suffisamment ressortir l'importance. Il est bien entendu qu'il n'est pas ici question de la dilatation de la pupille, qui n'est que la conséquence de l'atrophie de la papille du nerf optique ou qui est l'un des symptômes de la paralysie de la 3e paire; jeveux parler seulement du resserrement de la pupille, qui, dans ces cas, est, comme je l'ai démontré, symptomatique d'un état paralytique du grand sympathique.
Au commencement de mes recherches, j'avais noté l'existence de l'atrésie ordinairement unilatérale et quelquefois bilatérale. Je l'ai vue se produire avant la deuxième période; eu effet, lorsque les malades ont pu nie donner des renseignements sur ce point, ils m'ont déclaré l'avoir remarqué déjà avant que leur motilitéfùt atteinte. Ce resserrement de la, pupille ne paraissait occasionner aucun trouble dans leur vision. Je l'avais rencontré au plus haut degré, même chez des sujets ataxiques dont la papille du nerf optique était entièrement atrophiée, dont la pupille aurait dû être au contraire très-dilatée, chez lesquels enfin j'obtenais très-difficilement cette dilatation pupillaire, à l'aide de fortes doses de belladone.
Quelle était la cause et le mécanisme de ce resserrement pupillaire? Le fait clinique suivant dont je n'exposerai que le résumé me l'a fait pressentir.
Observation CVI. — En I8G0, j'ai observé, chez un malade ataxique depuis 4 ans, un resserrement des pupilles, à droite avec rougeur, vive chaleur, et douleur de la conjonctive, de la peau des paupières et de la tempe du même côté droit. Le sujet était amaurotique et j'eus beaucoup de peine à obtenir avec quelques gouttes d'une solution d'atropine assez de dilatation de ses pupilles pour examiner l'état des papilles des nerfs optiques, qui étaient presque entièrement blanchâtres, surtout à droite. Ayant assisté à l'une de ses crises douloureuses qui étaient très-fortes, je fus trèsétonné de voir, pendant cette crise, ses pupilles se dilater considérablement et en même temps la rougeur de la conjonctive et de la peau des paupières disparaître. Après la crise, le resserrement pupillaire et la rougeur de la conjonctive et de la peau étaient revenus. J'ai constaté plusieurs fois ces mêmes phénomènes chez ce malade.
Je fus frappé, dans ce cas, de la ressemblance qui existait entre ces phénomènes oculo-pupillaires ot ceux que l'on obtient, dans les vivisections, par la section du filet
§ Vf. — Autres paralysies on troubles fonctionnels partiels (épiphénomènes de l'ataxie musculaire progressive..
Je n'ai décrit jusqu'à présent que les symptômes qui forment le cortège habituel de l'ataxie locomotrice progressive, et qui, à ce titre, constituent celte espèce morbide par leur caractère individuel et par leur ensemble. Ceux dont il me reste à parler jouent comparativement un rôle moins important. L'exposition et la discussion des faits cliniques dans lesquels je les ai rencontrés, offriraient certainement un grand intérêt, mais, forcé de me resserrer, je me bornerai à les signaler.