‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et à la thérapeutique par courants induits et par courants galvaniques interrompus et continusChapitre 253 sur 505 · ART. III, § I. — ÉLÉMENTS DE DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

ART. III, § I. — ÉLÉMENTS DE DIAGNOSTIC

lorsqu'il regardait en face de lui. Il n'était pas alors diplopique; cependant, depuis deux ou trois ans (il ne pouvait en fixer exactement l'époque), il lui était arrivé fréquemment d'avoir la vue incertaine, troublée, et quelquefois devoir double pendant plusieurs semaines. Si je n'avais pas rappelé ses souvenirs sur ce point, il ne m'en aurait point enlretenu, car il n'y attachait aucune importance. Je fus très-préoccupé de ce symptôme, sans toutefois le lui faire entrevoir. Une impuissance apparaissant, chez un homme jeune et robuste, sans cause appréciable (pas d'abus de l'onanisme, du coït, pas de pertes séminales, pas d'orchite, pas d'affection syphilitique) ; et puis une diplopie qui revient temporairement, d'une manière irrégulière ! N'était-ce là qu'une simple coïncidence? Ou bien ces phénomènes étaient-ils précurseurs des troubles de la coordination des mouvements, qui devaient apparaître dans un temps plus ou moins rapproché? On voit que mon attention était déjà éveillée sur l'ataxie locomotrice. Je restai toutefois dans le doute. Les urines furent analysées et trouvées normales. Je traitai l'impuissance par la faradisation (qui, je dois le dire, ne produisit aucun résultat). M. X... avait à peine commencé son traitement, qu'il accusait déjà de nouveaux symptômes : il se plaignait de n'être pas sûr de son équilibre, sans pouvoir se rendre compte de ce qu'il éprouvait, comme dans un commencement d'ivresse sans vertiges. Marchait-il vite ou voulait-il courir, descendait-il les escaliers, il titubait et craignait de tomber. Ces troubles augmentèrent progressivement; il lui sembla bientôt qu'il marchait sur des ressorts, et qu'une force invisible le poussait en avant. C'était donc la réalisation de mes pressentiments, bien qu'il n'eût éprouvé jusqu'alors aucune des douleurs caractéristiques qui apparaissent habituellement dans la première période. En présence de l'ensemble des phénomènes qu'il avait présentés (diplopie, strabisme, impuissance) et troubles de la coordination du mouvement, le doute ne m'était plus permis : M. X... était atteint d'alaxie locomotrice progressive. Le diagnostic ne fut que trop bien confirmé par la suite, car la maladie continua progressivement sa marche envahissante (i). (J'ai revu ce malade deux ans plus tard; il m'a appris que des

(1) Principiis obsta ; je n'ai pas un seul instant perdu de vue ce grand précepte thérapeutique, dans l'étude clinique des espèces morbides dont il a été question dans la seconde partie de ce livre ; j'ai compris l'importance de ce précepte, surtout depuis que je sais que les phénomènes caractéristiques de leurs différentes phases. ou périodes sont symptomatiques de lésions anatomiques profondes, localisées dans certains points des centres nerveux ; que ces périodes se sont développées lentement et progressivement, et en conséquence qu'elles doivent être d'autant plus rebelles à toute médication, que la maladie est plus ancienne et qu'elle est arrivée à une période plus avancée. C'est pourquoi je me suis appliqué plus particulièrement à en établir le diagnostic à leur début. Ainsi pour ce qui a trait à l'ataxic locomotrice, j'ai recherché de nouveau si, isolément, les symptômes de début (troubles oculaires, douleurs fulgurantes et térébrantes et quelquefois anaplirodisie), étaient pathognomoniques, ou le devenaient dans certaines circonstances. Voici sommairement les remarques que j'ai faites et qui donnent plus de certitude au diagnostic porté au début de cette maladie.

1° Les paralysies des muscles moteurs de l'œil qui apparaissent dans la première période de l'ataxie locomotrice, ou sont permanentes, ou elles sont temporaires et même intermittentes (j'en ai observé un cas, voy. la note (2) de la page 03 1) ou rémittentes (c'est le plus grand nombre), et durent plusieurs mois. Je n'ai rencontré

douleurs horribles, lancinantes, avaient apparu dans les membres et lui revenaient par crises et d'une manière irréguliùre.)

§ II. — IMag^iioslie tlifférentiel.

Le diagnostic de l'ataxie locomotrice est moins facile, lorsque ni les symptômes oculaires ni les douleurs caractéristiques de l'ataxie locomotrice ne précèdent ou n'accompagnent sa deuxième et sa troisième périodes. On est exposé alors à confondre celte maladie avec d'autres paralysies partielles généralisées ou avec d'autres affections musculaires dans lesquelles on observe ordinairement des troubles de la locomotion. Je vais exposer le diagnostic différentiel de ces aflections d'avec l'ataxie locomotrice progressive. Celles qui pourraient être confondues avec cette dernière, sont : la paralysie de la sensibilité musculaire, les maladies cérébelleuses, la paralysie générale des aliénés, la paralysie générale spinale, la paraplégie, l'atrophie musculaire progressive, enfin quelques autres affections musculaires.

La parenthèse que j'ouvre dans le titre de ce sous-paragraphe annonce qu'aujourd'hui j'attribue à la paralysie de la sensibilité musculaire et articulaire les troubles de la locomotion, que je croyais autrefois occasionnés uniquement par la paralysie de la sensibilité musculaire (sens musculaire de Ch. Bell, sens a™ activité de Gerdy). Celte opinion est fondée sur l'observation clinique. Les faits sur lesquels repose cette opinion ont élé exposés en 1866.

Je renvoie la question de diagnostic différentiel de l'ataxie lomotrice progressive d'avec la paralysie de la sensibilité musculaire et articulaire, au chapitre consacré à l'élude de la paralysie de la sensibilité musculaire et articulaire. (Voy. ch. XII.)

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