‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et à la thérapeutique par courants induits et par courants galvaniques interrompus et continusChapitre 260 sur 505 · ART. VI, § III. — QUELQUES CONSIDÉRATIONS EISTORIQUES · texte numérisé non relu

ART. VI, § III. — QUELQUES CONSIDÉRATIONS EISTORIQUES

de tabès dorsalis (1) , une nflection dont l'ataxie locomotrice se rapproche, par un grand nombre de symptômes. Ce travail est trèsramarquable ; je regrette d'avoir à dire, pour ce qui a trait à mon sujet, que les observations critiques précédentes lui sont applicables en partie.

Ainsi les malades observés par ce savant praticien éprouvaient une perturbation dans l'équilibration; mais on ne saurait décider, d'après l'exposition des symptômes qu'ils ont présentés, si celte perturbation dépendait de la perte de la sensibilité ou de la lésion de la faculté qui préside à la coordination des mouvements. Ajoutez à cela qu'il est dit, dans cette description, que l'on a constaté, chez ces malades, de la faiblesse musculaire; ce qui n'a certainement pas lieu dans l'alaxie locomotrice, où la force motrice reste au contraire intacte.

M. Romberg rapporte, entre autres, l'observation très-curieuse d'un médecin de campagne qui, exposé aux variations du temps, avait été atteint d'une paralysie des extrémités inférieures et d'une amblyopie double qui se termina par une amaurose. Sa sensibilité était normale, et le malade put distinguer jusqu'à sa mort les différences de température. Cependant, à la partie inférieure de la moelle, où le volume de celle-ci avait diminué de plus d'un tiers, la substance médullaire des racines postérieures (racines sensibles) avait disparu presque complètement, ce qui leur avait donné un teinte jaune et grisâtre. Après ce fait, M. Romberg en relate d'autres dans lesquels il a constaté tantôt que la substance grise de la moelle s'élait notablement ramollie, tantôt que la partie lombaire et une partie de la portion dorsale de la moelle étaient presque à Vètat fluide. Ces lésions anatomiques de la moelle ont dû occasionner, pendant la vie, une perturbation profonde dans les propriétés musculaires, c'està-dire l'affaiblissement ou l'abolition de la contractilité volontaire et électrique, l'atrophie et l'anesthésie. Or, ces phénomènes caractérisent la paralysie spinale subaiguë, dont j'ai discuté précédemment ie diagnostic différentiel, et qui ne peul, dans aucun cas, être confondue avec l'ataxie locomotrice progressive. A part cette confusion regrettable, je suis heureux de reconnaître que M. Romberg a le mieux observé et décrit la plupart des symptômes qui se rencontrent dans l'ataxie locomotrice progressive.

II. — J'espérais trouver, dans les belles recherches deLallemand sur la consomption dorsale consécutive aux pertes séminales, des faits analogues à ceux de l'ataxie locomotrice progressive. J'en ai vainement cherché les symptômes dans les observations relatées par cet auteur; tous ces tabescents étaient tourmentés par des désor-

(1) Romberg, Lehrbuch der Nervenkrankeitea, 1851.

CC8 CnAP. VIII. — ATAXIE LOCOMOTRICE PROGRESSIVE.

dres nerveux dont quelques-uns portaient sur la locomotion, on produisant surtout un affaiblissement musculaire. Ces désordres, occasionnés par un épuisement nerveux, étaient très-irréguliers, et variant, comme il le dit lui-même, selon les constitutions individuelles.

III. — M. le professeur BouilIaud(l)signale, dans la classe des maladies qu'il appelle ataxies des centimes nerveux, certaines altérations de la motilité, qui diffèrent des convulsions et des paralysies, et consistent en un désordre, une incoordination, une ataxie du mouvement ;il y rapporte la chorée, certains tremblements, certains troubles de la progression et de la station observés dans la paralysie générale des aliénés; il entrevoit qu'on pourra y rattacher les symptômes de quelques affections dites nerveuses; mais, en même temps, il a soin d'ajouter que les observations manquent pour tracer une histoire pathologique de l'incoordination du mouvement, phénomène que, d'après ses recherches de physiologie expérimentale, il attribue à une lésion du cervelet. Dans divers passages, on trouve l'indication du symptôme ataxie locomotrice; mais quant à la maladie que j'ai désignée sous ce nom, avec l'intention d'en rappeler un des caractères, sa description clinique restait tout entière à faire.

IV. — Sandras a relaté (2) un fait que l'on serait tenté de ranger dans l'alaxie locomotrice progressive, parce que le sujet a éprouvé primitivement, et pendant tout le cours de sa maladie, de ces douleurs erratiques qu'il a comparées lui-môme à des éclairs, « parce qu'il a « perdu ensuite son équilibration, et que ses mouvements brus- « ques, saccadés, désordonnés, ne se font, pour ainsi dire, pas sous « l'influence de la volonté. La sensibilité y est diminuée de façon « que le malade ne sait pas s'il est dans son lit, entre ses draps ou u dehors, s'il est dans son pantalon ou non. » Ces troubles de la motilité étaient-ils dus seulement à la perte de la sensibilité musculaire ou à la lésion de la faculté coordinatrice des mouvements? La force musculaire était-elle intacte? C'est ce qu'il est impossible de démêler, parmi les longs détails dans lesquels se noient les symptômes principaux de ce fait. Ce qui ferait au contraire douter de l'intégrité de la fùrce musculaire, chez ce malade, c'est que l'auteur dit « qu'il consigne d'autant plus volontiers cette observation dans « ce chapitre, qu'elle offre un tableau presque complet de l& parait lysie simultanée du mouvement et du sentiment, dont elle fait « l'objet. »

Et ce tableau, — confusion étrange! — représente pêle-mêle la paralysie saturnine, la paralysie hystérique, la paralysie rhumatismale, etc.

(1) Bouillaud, Truite de nosogràphie médicale. Paris, 1S5G, t. V, p. :U7 etsmv.

(2) Sandras, Traité pratique des maladies nerveuses, t. II, cliap. I*r, p. 12.

ART. \r, § III. — QUELQUES CONSIDÉRATIONS D.ISTORIQUES. C6 9

V. — Ch. Bell (1), on le sait, avait découvert l'existence de la paralysie de la sensibilité musculaire en 1822, et en avait conclu à l'existence d'un sixième sens, qu'il proposait d'appeler sens musculaire, et qui n'était qu'un phénomène de la sensibilité générale. En 1850, j'ai signalé des faits pathologiques analogues à ceux de Ch. Bell.

VI. — En 1852, Landry (2) publiait des observations semblables à celles du grand physiologiste anglais, et en tirait des déductions qui démontraient l'existence de la propriété musculaire découverte par Ch. Bell, et appelée plus tard, par Gerdy, sentiment d'activité musculaire. Landry, ignorant à cette époque que Ch. Bell, le premier, avait observé la paralysie de la sensibilité musculaire, et qu'il l'avait étudiée au même point de vue physiologique, mais avec cette supériorité qui caractérise le génie, s'écriait, après avoir publié ses observations personnelles de paralysie de la sensibilité musculaire : « Je ne crois pas qu'il existe dans la science des faits analogues ! »

Enfin, en 1856, Landry, qui sans aucun doute ne connaissait pas encore les belles recherches de Ch. Bell, a publié un nouveau mémoire sur la même paralysie de la sensibilité musculaire, qu'il présentait comme une maladie nouvelle, sous le litre de paralysie de la sensibilité musculaire. Avant lui cette maladie n'avait été étudiée qu'au point de vue physiologique; sa description n'était pas faite; le travail de Landry pouvait donc être d'une grande utilité pour la science et pour la pratique. Malheureusement, cet auteur n'a pas su distinguer les troubles fonctionnels provenant de la perte du sentiment du muscle en contraction, comme disait Ch. Bell, de ceux qui sont occasionnés par la lésion de la faculté psychique de la coordination motrice; conséquemment il a relaté, comme des effets identiques, des cas de paralysie de la sensibilité musculaire et des cas, qui, tout incomplets qu'ils sont, appartenaient évidemment à la maladie que je viens de décrire sous le nom à'ataxic locomotrice progressive. C'est parce que ces deux maladies, faciles à confondre, diffèrent essentiellement entre elles par l'ensemble de leurs symptômes, par leur marche, par leur pronostic et par leur traitement, que je me réserve d'en exposer longuement le diagnostic différentiel (voy. chap. XII).

Des considérations précédentes, il ressort que l'ataxie locomotrice progressive, telle que je l'ai connue et décrite, dont il existait, il est vrai, dans la science, des faits cliniques incomplets et confondus avec d'autres faits pathologiques essentiellement différents, était inconnue comme espèce morbide distincte, et que quel-

(1) Bell (Ch.), Exposition of the naturel System of the nerves of Vie humau body. Londres, 1824.

(2) Landry,, Archives générales de médecine, ï 8 5 3 .

ques-uns de ses symptômes, son diagnostic, sa marche et son pronostic, étaient encore à décrire.

Il était nécessaire de lui donner un nom ; j'avoue que j'aurais été heureux de m'en dispenser. Ne pouvant en effet à cette époque la désigner par sa lésion anatomique, qui, si elle existait réellement, me paraissait encore à rechercher, il me fallait choisir une dénomination qui rappelât l'ensemble de ses principaux symptômes. On conçoit que cette dénomination aurait alors été composée d'une longue suite de mots, et qu'elle aurait désagréablement affecté la langue et l'oreille, si, sacrifiant à l'usage du néologisme moderne, j'avais, pour la composer, consulté le glossaire grec. Convaincu, dès lors, que le nom d'une maladie tiré de la symptomatologie est inévitablement toujours mauvais ou insuffisant, puisqu'on ne peut y faire entrer une définition complète, je me suis résigné à dénommer, d'après l'un de ses principaux symptômes, la maladie qui était le sujet de mon mémoire : la perte progressive de la coordination des mouvements. Le nom d'ataxie locomotrice progressive m'a paru donner l'idée la plus exacte de cette espèce de troubles de la locomotion.

VII. — En septembre 1863, j'avais déjà exposé la description de l'ataxie locomotrice dans les Archives générales de médecine (1) sans m'être préoccupé de la question historique, lorsque mon ami, le professeur Sée, très-versé dans la littérature médicale allemande, — que j'avoue avoir trop ignorée, — me prévint que la symptomatologie de la maladie que je venais de décrire, se trouvait, en partie du moins, dans l'un des chapitres d'un livre de Romberg sur les maladies du système nerveux et qu'il avait intitulé : Tabès dor salis. Je venais de visiter, dans un but scientifique, Berlin, Leipsig, Zurich; on y avait attiré mon attention, dans quelques hôpitaux, sur des sujets que l'on me disait atteints de tabès dorsalis et dont la plupart étaient cependant des vrais paraplégiques. En 1856, époque où j'ai assisté à Vienne au congrès des naturalistes, j'avais vu commettre les mêmes erreurs de diagnostic par Ludwig Turck, chez des sujets paraplégiques qu'il m'avait présentés, dans son hôpital, comme des types de tabès dorsalis. Je savais donc que, dans la plupart des cas, l'affection musculaire appelée tabès dorsalis par les Allemands, n'était pas la maladie que j'avais décrite sous le nom d'ataxie locomotrice progressive. La lecture du très-court chapitre écrit par M. Romberg sur le tabès dorsalis m'a confirmé dans celle opinion. J'ai dû le dire, tout en rendant justice à l'éminent pathologiste de Berlin.

En somme, voici les faits qui me semblent parfaitement établis : 1° avant mes recherches, l'ataxie locomotrice progressive était en-

(1) Duchcnne (de Boulogne), toc. cit.

ART. I, § I. — PARALYSIE SATURNINE. 671

tièrement ignorée en France; 2° la description que j'en ai faite diffère essentiellement, au point de vue de la symptomatologie, des affections musculaires avec lesquelles elle présente quelques points de ressemblance, à savoir : le tabès dorsalis des Allemands et dans lequel se trouvent mêlés ou confondus les symptômes de paralysies vraies de l'alaxie locomotrice; la consomption dorsale de Lallemand, décrite dans son traité des pertes séminales; 3° les paralysies cérébelleuses de M. Bouillaud, qui ne produisent qu'une litubation vertigineuse, parfaitement distincte de l'incoordination des mouvements; la paralysie du sentiment d'activité musculaire, de Gerdy, ou sens musculaire (de Gh. Bell), qui n'est rien autre chose qu'une anesthésie complète et qui a été confondue avec l'incoordination locomotrice par Landry.

Page 1