‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et à la thérapeutique par courants induits et par courants galvaniques interrompus et continusChapitre 259 sur 505 · I. — PAR LA FAHADISATION LOCALISÉE · texte numérisé non relu

I. — PAR LA FAHADISATION LOCALISÉE

L'ataxie locomotrice est une des affections musculaires pour lesquelles les malades et souvent aussi les médecins ont en général réclamé tôt ou tard l'intervention de Pélectrisation, soit contre les paralysies des nerfs moteurs de l'œil, soit contre les douleurs qui appartiennent à la première période, soit contre les troubles de la locomotion des deux dernières périodes.

Je ne saurais encore formuler une opinion bien arrêtée sur la valeur de la faradisation appliquée au traitement de cette affection, car mes recherches sur ce point ne sont pas suffisantes. Toutefois les faits que j'ai recueillis me portent à penser que la faradisation localisée est un des meilleurs agents modificateurs qui, à un certain moment de l'ataxie musculaire progesssive, puisse améliorer l'état des malades. Ainsi j'ai été fréquemment appelé à agir contre les paralysies locales de l'œil et contre .les douleurs propres à la première période de l'ataxie. Les diplopies symplomaliques de ces paralysies et qui avaient été rebelles à des traitements antérieurs, ont pour la plupart guéri par la faradisation des muscles paralysés ou par la galvanisation à courant intermittent. Le cas de guérison d'une diplopie rebelle, rapporté dans l'observation X,de la première édition de l'Électrisation localisée, n'en est-il pas un exemple bien re-

664 CnAP. VIII. — ATAXIE LOCOMOTRICE PROGRESSIVE.

marquable? — J'ai vu aussi, pendant la première période de la maladie, les douleurs de l'ataxie locomotrice diminuer immédiatement, ou disparaître temporairement, sous l'influence de la faradisation cutanée. A une période plus avancée, l'excitation faradique ne m'a pas paru en général modifier aussi favorablement les paralysies des nerfs moteurs du globe oculaire ni les crises douloureuses. Cependant je conseille d'essayer encore alors cet agent modificateur, qui produit quelquefois une amélioration ou un soulagement notable. J'ai vu souvent diminuer, par la faradisation de là peau, l'anesthésie cutanée et musculaire qui ordinairement, à une période avancée de l'ataxie locomotrice, vient aggraver les troubles de la coordination motrice. 11 en résulte une grande amélioration dans la locomotion.

H. — pAR LES COURANTS CONTINUS ET PAR UNE MÉDICATION INTERNE.

A. — J'ai appliqué sans résultat appréciable les courants continus dans cette même affection, bien que depuis plusieurs années j'aie fait usage de tous les appareils préconisés tour à tour et dont je possède la collection. Mais je ne veux rien conclure encore d'une expérimentation que je reconnais insuffisante.

Est-il besoin de dire que la faradisation, incontestablement utile pour combattre certains symptômes de l'ataxie locomotrice, ne peut constituer le fond du traitement. N'avons-nous pas vu en effet certains symptômes (la diplopie par exemple) guérir par ce traitement, et cependant la maladie marcher quand même et parcourir toutes ses périodes. J'en dirai autant de l'hydrothérapie, que j'ai toujours vue améliorer l'état des malades. J'ai fait suivre quelquefois ce traitement alterné avec la faradisation. Ces deux traitements bien associés produisent de bons effets; mais, administrés simultanément, ils fatiguent et surexcitent les malades.

B. — Une médication interne doit évidemment former la base du traitement de l'ataxie locomotrice. Lorsque l'on constateriez le malade, l'existence d'une vérole constitutionnelle, ou que l'on retrouve, dans son histoire, des antécédents syphilitiques, l'emploi des préparations mercurielles seules ou associées à l'iodure de potassium, ou de ce derniermédicament isolé, est formellement indiqué. Il est bien entendu que le choix de ces divers médicaments est subordonné à la période des accidents (secondaires ou tertiaires) de l'affection syphilitique.

Mais à quelle médication interne doit-on soumettre un sujet, chez lequel l'ataxie locomotrice ne peut être rapportée à une cause syphilitique? L'iodure de potassium administré avec persévérance, à une dose modérée et appropriée à la tolérance du sujet, me semble être encore jusqu'à présent le meilleur médicament que l'on puisse

ART. Vf, § lit- — QUELQUES CONSIDÉRATIONS HISTORIQUES. 665

opposer à la marche de celle terrible affection. Cette médication a d'autant plus de chances de succès qu'elle est administrée à une époque plus voisine du début de la maladie.

Il résulte cependant, de mon observation personnelle, que son action thérapeutique est nulle à une période avancée de la maladie. Le plus grand nombre des sujets dont j'ai recueilli les observations, avaient commencé à faire usage de l'iodure de potassium seulement après que les troubles de la locomotion s'étaient déclarés depuis plus ou moins de temps ; c'était déjà un peu tard, sinon trop tard. Si, dans ce cas, on avait su reconnaître les phénomènes initiaux (la diplopie amblyopique ou amaurotique, et les douleurs spéciales) ou de début d'une maladie qui menace la locomotion et peut se terminer d'une manière fatale, on n'eût pas attendu autant pour faire intervenir très-activement et avec persévérance cette médication interne. Tant qu'à moi, dès que j'ai diagnostiqué l'existence de l'ataxie locomotrice progressive à sa première période, je prescris l'usage des préparations iodurées (protoiodure de mercure, iodure de potassium, suivant les cas), en même temps que j'attaque localement, s'il y a Jieu, les désordres symptomatiques de la maladie par la faradisation localisée dont j'approprie les différents modes d'application aux troubles fonctionnels à combattre. Lors môme que la médication locale et périphérique triomphe d'un symptôme morbide, je ne m'endors pas dans une fausse sécurité, et je n'en continue pas moins longtemps la médication interne.

Tels sont les principes qui me dirigent dans le traitement de l'ataxie locomotrice. Découvrira-t-on une médication meilleure que celle que je viens de préconiser contre l'ataxie locomotrice progressive? il faut bien l'espérer. Mais à ceux qui voudraient se livrer à des expériences thérapeutiques, je rappellerai ce précepte capital: Principiis obsta, précepte dont je m'estime heureux d'avoir facilité l'application, en posant les bases du dignostic sûr de la première période de celte redoutable maladie.

§ III* — Quelques considérations historiques (I).

Contrairement à l'usage consacré, je n'ai fait précéder ce travail sur l'ataxie locomotrice d'aucunes considérations historiques; j'en dois l'explication à mes lecteurs. Lorsque l'on veut se livrer à l'observation des phénomènes morbides et de leur nature, indépendamment de toute influence étrangère, il faut bien se garder, selon moi, de se remplir l'esprit des travaux antérieurs qui ont trait au sujet sur lequel on a l'intention de faire des recherches spéciales. C'est

(1) Je reproduirai eu partie, clans ce paragraphe, les considérations historiques que j'ai exposées dans mon premier mémoire.

du moins un principe dont je ne me suis point écarlé dans toutes mes études pathologiques expérimentales, me réservant toujours néanmoins de faire plus tard les recherches bibliographiques sur ce sujet, et en général de ne mentionner les travaux antérieurs aux miens, qu'après la publication de ces derniers. En agissant autrement, il m'eût été impossible de ne pas regarder à travers le prisme d'autrui ; ce qui aurait pu me gêner dans mes observations personnelles. Afin de voir les faits, pour ainsi dire, de mes propres yeux, j'ai dû même m'efforcer quelquefois d'oublier les connaissances que je possédais en littérature médicale; c'est du moins en suivant cette méthode d'observation, qu'il m'a été possible d'exposer les faits d'ataxie locomotrice tels que je les ai vus, et de coordonner, après de longues réflexions, et plusieurs années de recherches, les idées qu'ils ont fait naître dans mon esprit.

Je m'empresse de reconnaître que la symptomatologie del'ataxie locomotrice progressive n'est pas entièrement nouvelle, bien que la description qui en avait été faite, laissât beaucoup à désirer. On trouve en effet, dans les auteurs, des observations qui ont une certaine ressemblance avec celles qui forment la base de mon travail. Il ne pouvait en être autrement, car cette maladie est fréquente, et, sans aucun doute, elle a toujours existé; mais ces observations, ou sont incomplètes, ou ne paraissent se rapprocher des miennes que par quelques symptômes, ou sont exposées de manière qu'il est impossible ni d'y reconnaître les différentes phases de la maladie dont j'ai fait une espèce morbide, ni de les diagnostiquer à coup sûr. En outre, les faits pathologiques dont il est ici question, ont été quelquefois confondus avec d'autres désordres symptomatiques d'affections essentiellement différentes (1).

Quelques auteurs cependant se sont crus autorisés à fonder des maladies diverses sur des faits cliniques analogues aux précédents et qu'ils avaient recueillis. Je rappellerai les plus importants de ces travaux.

I. — M. le professeur Romberg (de Berlin), a décrit, sous le nom

(1) La critique s'est quelquefois servi de faits cliniques, épars dans la presse médicale, pour contester aux auteurs d'éludés pathologiques nouvelles la priorité de leurs descriptions, ou de leurs découvertes. A l'occasion de mes recherches sur l'ataxie locomotrice, j'ai été en but à ces sortes d'attaques qui, je l'avoue, m'ont presque découragé, lorsque l'on y mêlait des personnalités.

Tout le inonde certainement reconnaît la valeur de la relation fidèle d'un fait clinique, dans lequel on trouve, pour ainsi dire, le tableau d'une maladie; c'est l'indice d'un excellent esprit d'observation chez son auteur, et nous devons lui en savoir gré. Mais si, s'appuj ant seulement sur ce fait clinique, cet auteur a la prétention de revendiquer pour lui l'honneur de la découverte de la maladie à laquelle sa relation se rapporte, il perd de son mérite, et s'expose à s'entendre reprocher, à bon droit, d'avoir méconnu la valeur et la signification réelle du fait clinique que le hasard seul lui a fait rencontrer, sans qu'il ait su eu tirer la description d'une maladie nouvelle.

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