‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et à la thérapeutique par courants induits et par courants galvaniques interrompus et continusChapitre 262 sur 505 · ÉLECTRO-PATHOLOGIE · texte numérisé non relu

ÉLECTRO-PATHOLOGIE

§ I. — Paralysie saturnine.

J'ai étudié l'état des propriétés musculaires, à l'aide delà faradisalion localisée, dans plus de cent cinquante cas de paralysie saturnine. Tous, sans exception, ont présenté, à des degrés variés, les phénomènes symplomatiques que j'exposerai sommairement et dont on verra le tableau dans les observations qui seront rapportées dans ce paragraphe.

La paralysie saturnine est, en général, limitée aux membres supérieurs; quelquefois cependant elle débute d'emblée d'une manière générale.

I. — PARALYSIE SATURNINE LOCALISÉE DANS LES MEMBRES SUPÉRIEURS. — TABLEAU DE CETTE FORME DE PARALYSIE SATURNINE.

Observation CXVI. — Paralysie saturnine des deux avant-bras. Hôpital de la Charité, salle Saint-Félix, n° 4 (service de M. Andral, fait provisoirement par M. l'idoux). — Gênais, fondeur en caractères depuis

(i72 CUAP. IX. — PARALYSIES SATURNINES ET VEGETALES.

1835, eut pour la première fois, en novembre 1845, une constipation opiniâtre, avec vomissements et fièvre. Deux applications de sangsues furent pratiquées sur la région épigastrique, et la constipation ne céda qu'en dix-sept jours à des lavements purgatifs. Un mois après, V indicateur et le pouce de la main droite se fléchirent, sans qu'il fût possible au malade de les étendre. Cette paralysie disparut trois mois plus tard, sous l'influence de quelques bains sulfureux. — En novembre 184G, nouvelle constipation moins opiniâtre que la première, et suivie d'un affaiblissement musculaire dans les membres supérieurs, sans paralysie ni flexion des doigts, ni chute du poignet. En quatre mois, le malade vit revenir ses forces, sous l'influence des bains sulfureux. — En 1^47, douleurs vives siégeant dans la région antibrachiale postérieure, et augmenlant à la pression, surtout au niveau du quart inférieur du radius. Gervais entra alors à la Charité, dans la salle Saint-Louis, n° 1(5, et en sortit guéri de ses douleurs quinze jours après. 11 s'aperçut bientôt que le médius et l'annulaire de la main droite se fléchissaient, et qu'il ne pouvait plus les étendre. Il n'en continua pas moins de travailler, bien que les autres doigts de la même main se paralysassent à leur tour. L'affaiblissement des muscles de la région antérieure, disait-il, s'ajouta à la paralysie des muscles de la région postérieure. — En janvier 1849, la paralysie frappa le médius et l'annulaire du côté gauche. — En avril 1849, douleurs dans les deux bras, suivies de la paralysie des autres muscles de la région postérieure de l'avant-bras gauche, à l'exception des longs extenseur et abducteur du pouce, de l'extenseur du petit doigt et des supinateurs. Il fut alors admis à la Charité au n° 4 de la salle Saint-Félix. Pendant les trois premières semaines, il fut traité dans ce service, sans aucun résultat appréciable, parles vésicatoires, les bains sulfureux, la strychnine à l'intérieur et par la méthode endermique. Ce dernier médicament occasionnant des accidents, on songea à la faradisation localisée.

A son entrée à l'hôpital, je constatai les phénomènes suivants :Adroite} flexion forcée du poignet et des doigts, sans extension volontaire possible ; mais lorsqu'on maintenait les premières phalanges relevées, l'extension des deux dernières phalanges était possible (I); adduction du poignet et mouvement de supination conservés ; atrophie considérable des muscles de la région postérieure de l'avant-bras. (Le relief musculaire de la région postérieure de l'avant-bras avait presque entièrement disparu, on y voyait une sorte d'enfoncement entre le radius et le cubitus.) — A gauche, chute du poignet qui pouvait cependant être relevé un peu avec de grands efforts ; flexion et paralysie des trois premiers doigts ; adduction du poignet et mouvements du pouce et du petit doigt conservés ; les autres muscles de la région antérieure étaient moins paralysés qu'à droite.

Sous l'influence de la faradisation localisée dans chacun des muscles de l'avant-bras, je notai les symptômes suivants : A droite, l'extenseur commun des doigts, l'extenseur du petit doigt, le long extenseur du pouce, les radiaux, n'entraient pas en contraction avec les rhéophores humides, l'appareil étant gradué maximum. Une aiguille étant enfoncée dans ces

(1) On doit comprendre le mécanisme de ce phénomène, depuis que j'ai démontré les fonctions et les usages des interosseux.

ART. I, § I. — PARALYSIE SATURNINE. 67 3

muscles— l'éleclro-puncture provoquait seulement quelques contractions fibrillaires, même à un courant intense. Le long abducteur du pouce se contractait encore, il avait seulement perdu un tiers à peu près de sa conlractilité ôleclro-musculaire. Les autres muscles de l'avant-bras jouissaient de leur contractilité électrique. — A gauche, l'extenseur commun des doigts et le long extenseur du pouce avaient aussi peu de contractilité électrique qu'à droite; les radiaux avaient perdu la moitié à peu près de leur contractilité normale. Les autres muscles de l'avant-bras et de la main jouissaient de toute leur irritabilité. Dans les muscles qui ne se contractaient pas sous l'influence de la faradisation localisée, le malade éprouvait cependant une sensation analogue à celle qui accompagne la contraction des muscles sains; mais cette sensation y était notablement affaiblie.

J'ai rapporté cette observation avec quelques détails, parce qu'elle représente le tableau exact de l'une des formes les plus fréquentes de la paralysie saturnine.

Observation CXVIL — Paralysie saturnine du membre supérieur gauche, survenue graduellement chez un peintre qui a eu plusieurs coliques saturnines, et datant de trois semâmes. — État de la contractilité électro-musculaire. — {Chanté, salle Saint-Félix, n. \, service de M. Amiral.)

Le poignet tombe à angle droit sur l'avant-bras; les doigts sont flécbis dans la paume de la main, le bras peut à peine être écarté du tronc ; l'extension et la flexion de l'avant-bras sur le bras sont seuls possibles ; amaigrissement général du membre ; diminution du relief des muscles de la région postérieure de l'avant-bras; atrophie assez considérable du deltoïde. — Je constate àl'aide delà faradisation localisée : 1° que l'extenseur commun des doigts et les radiaux ne sont pas mis en contraction par un courant intense; 2° que les autres muscles du bras et de l'avant-bras possèdent leur contractilité électrique ; que les faisceaux moyens du deltoïde ne se contractent pas, au maximum du courant, tandis que, du côté sain, tout le deltoïde se contracte énergiquement à un courant faible; 3° que la sensibilité électro-musculaire n'est que faiblement diminuée dans les muscles qui ne se contractent pas, sous l'influence de la faradisation, et qu'elle est normale dans ceux qui ont conservé leur contractilité électrique.

Bien que j'aie à faire connaître prochainement l'influence thérapeutique de la faradisation localisée, dans la paralysie saturnine, je dirai, dès à présent qu'en peu de séances (en trois ou quatre), les muscles qui avaient conservé leur contractilité électrique ont recouvré, chez les deux malades précédents, toute leur force, tandis qu'au contraire, la guérison des muscles a demandé un temps assez considérable.

Je vais rapporter succinctement l'observation d'un malade que je n'ai pas traité par la faradisation, mais chez lequel j'ai pu constater l'état de la contractilité électro-musculaire, avant et après son traitement parla strychnine.

duchenne. — 3e édition. 43

67 4 CIIAP. IX. — PARALYSIES SATURNINES ET VÉGÉTALES.

Observation CXVIH. — Paralysie saturnine des membres supérieurs consécutivement à des coliques saturnines, chez un peintre. (Charité, salle Saint-Michel, n° 9, décembre 1847, service de Rayer.)

Paralysie complète et amaigrissement général des membres supérieurs; atrophie considérable des muscles des régions postérieures de l'avant-bras, du bras et du muscle deltoïde des deux côtés; chute des poignets; flexion continue des doigts ; pas de contracture. Parla faradisation, je constate la perle presque complète de la contractililé éleclromusculaire, dans les muscles de la région postérieure del'avanl-bras, excepté dans i'anconé, les supinateurs, le long abducteur du pouce, et le cubital postérieur ; diminution Irès-nolable de la contractililé électrique du triceps et du deltoïde. Les muscles dont la contractililé électrique est lésée ont perdu une partie assez notable de leur sensibilité électrique.

Dans les trois cas précédents la sensibilité de la peau était normale sur tous les points.

Je ne rapporterai pas d'autres observations nombreuses de paralysie saturnine que j'ai réunies, parce qu'elles présentent presque toutes, à peu près les mêmes symptômes et les mômes phénomènes électro-pathologiques.

Remarques générales sur les observations précédentes. — Dans ces observations, on est frappé d'un phénomène fort bizarre : c'est que la lésion de la contractilité électro-musculaire semble toujours se porter de préférence sur certains muscles, alors môme que le membre entier est frappé de paralysie. Si l'on étudie, en effet, la marche de cette lésion dynamique, et l'ordre dans lequel les muscles sont successivement atteints, on remarque que l'extenseur commun des doigts, et après lui les extenseurs propres de l'index et du petit doigt, puis le long extenseur du pouce, sont les premiers atteints dans leur contractilité électrique (voy. obs. CXIV).

Lorsque l'extenseur commun est seul paralysé, le sujet perd le pouvoir d'étendre la première phalange du médius et de l'annulaire, l'index et le petit doigt conservant ce mouvement affaibli, grâce à l'intégrité de leurs extenseurs propres. Alors aussi l'affection peut agir inégalement ou isolément, non-seulement sur chacun de ces extenseurs, mais aussi sur chacun des faisceaux de l'extenseur commun des doigts. Ainsi, chez un malade qui présentait une paralysie partielle delà main (Charité, salle Saint-Vincent, n° H, service de M. Andral, 1846), j'ai observé une diminution assez considérable de la contractilité électrique seulement dans l'extenseur propre de l'index et dans le long extenseur du pouce ; la force musculaire était généralement un peu affaiblie dans les muscles de Pavant-bras. D'autres fuis l'extenseur propre du petit doigt jouit de sa contractililé électrique normale, môme lorsque les autres extenseurs de l'a-

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vanl-bras ont perdu celte propriété musculaire, en loulou en pallie (voy. obs. CXIV).

Des muscles extenseurs de l'avant-bras, la lésion de la contractilité électro-musculaire s'étend aux muscles radiaux. Les deux radiaux peuvent être affectés à la fois ou isolément. Dans ce dernier cas (phénomène constant jusqu'à présent), c'est le second radial qui est atteint le premier; et lorsqu'étant lésés simultanément, ils le sont d'une manière inégale, c'est encore le second radial qui esl le plus malade.

Enlin, le cubital postérieur, le long abducteur et le court extenseur du pouce, sont presque toujours les derniers muscles de la région postérieure de l'avant-bras qui perdent la propriété de se contracter sous l'influence de la faradisalion (voy. obs. GXV).

Chez tous mes malades, les supinateurs et l'anconé ont conservé la contraclilité électrique dans toute son intégrité. Je n'essayerai pas d'expliquer cettesorle d'immunité pour ces muscles, qui, comme les autres, sont cependant, sous la dépendance du nerf radial.

Dans ces paralysies saturnines, les muscles de la région antibrachiale antérieure, ceux de la paume de la main, et les inlerosseux palmaires conservent leur contractilité électrique normale (voy. obs. CXIV, CXV et GXVI). On sait cependant que ces muscles sont affectés, mais à un faible degré, dans leur contractilité volontaire.

Je viens de dire que les muscles de la main ne sont pas ordinairement atteints par l'intoxication. Néanmoins, j'ai vu six fois les muscles de l'éminence thénar privés de leur contractilité électrique et volontaire, et de plus considérablement atrophiés, du côté droit, chez des peintres atteints de paralysie saturnine. J'attribuais autrefois celte atrophie à la compression exercée par le manche de la brosse, et non à l'influence toxique du plomb ; il m'est démontré aujourd'hui que cette explication n'était pas fondée, et que c'est à l'action du plomb que l'on devai! attribuer les paralysies atrophiques des muscles de l'éminence thénar. J'ai remarqué que cette forme se rencontrait surtout dans les intoxications lentes. J'en ai observé, entre autres, deux exemples : l'un chez un dessinateur qui s'était empoisonné en portant souvent à sa bouche des pinceaux chargés de blanc d'argent et qui présentait une paralysie double des extenseurs du poignet, et de plus à droite une atrophie incomplète des muscles de l'éminence thénar; l'autre, chez une coloriste où la maladie était limitée à droite. Dans ce dernier cas, la paralysie des extenseurs a guéri promptement sous l'influence de la faradisation, mais l'atrophie des muscles de l'éminence thénar a persisté. Chez ces deux malades, de même que chez ceux où j'avais précédemment observé une atrophie semblable, l'intoxication saturnine s'était produite lentement et à petites doses.

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