G C11AP. IX. — PARALYSIES SATURNINES ET VÉGÉTALES
La lésion de la contractilité électrique n'est pas toujours limitée à certains muscles de la région antibrachiale postérieure; elle atteint souvent le deltoïde, en laissant intacts les muscles du bras (voy. obs. CXVI). — Au bras, le triceps est plus souvent lésé dans sa contractilité électrique que le biceps. Enfin lorsque la paralysie saturnine s'étend à tous les muscles du membre supérieur, outre les supinateurs et les muscles de la région antérieure de l'avant-bras, j'ai toujours vu le grand pectoral, le trapèze et les muscles qui s'insèrent dans la fosse sous-épineuse se contracter normalement par l'excitation électrique.
Tel est l'ordre dans lequel on voit les muscles lésés successivement dans leur contractilité électrique, chez les sujets atteints de paralysie saturnine du muscle supérieur.
Le muscle deltoïde se paralyse quelquefois primitivement. Je vais sommairement en citer un exemple:
Observation CXIX. — Au numéro 13 de la salle Saint-Ferdinand, service de M. Cruveilhier, j'ai observé, en 1849, un malade atteint d'une paralysie du deltoïde du côté droit, consécutive à plusieurs coliques saturnines. Chez cet homme, les faisceaux moyens avaient complètement perdu leur contractilité électrique, qui cependant existait encore, mais à un très-faible degré, dans ses tiers antérieur et postérieur.
L'abolition ou la diminution de la contractilité électro-musculaire précède-t-elle ou suit-elle la perte de la contractilité volontaire ? Je ne possède pas encore les éléments nécessaires à la solution de cette intéressante question. Cependant j'ai toujours remarqué, dans les paralysies môme récentes, que la lésion delà contractilité électro-musculaire était arrivée au maximum qu'elle devait atteindre, car jamais je ne l'ai vue augmenter progressivement, ainsi qu'on l'observe dans d'autres paralysies.
Bien que, dans la paralysie saturnine, les muscles soient privés, en tout ou en partie, de leur contractilité électrique, ceux-ci n'en conservent pas moins une grande partie de leur sensibilité. Il nie paraît prouvé, en conséquence, que la sensation qui accompagne la contraction électro-musculaire est le résultat de l'action directe de la faradisation sur la sensibilité musculaire.
Un membre frappé de paralysie saturnine est généralement amaigri; mais il est remarquable que l'atrophie s'attaque principalement aux muscles qui ont souffert dans leur contractilité électrique. Je me crois fondé à dire que ces derniers muscles sont les seuls qui, en réalité, aient subi l'influence délétère de l'intoxication saturnine. J'ai vu, en effet, que les autres muscles du membre paralysé, non-seulement sont peu lésés dans leur nutrition, niais
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qu'ils recouvrent irès-vite leur force et leurs mouvements volontaires, sous l'influence du traitement.
L'anatomie pathologique est venue confirmer cette assertion, comme le prouve le fait suivant :
Observation CXX. —Au numéro 13 de la salle Saint-Louis (Charité, service de M. Briquet), est mort en 1851 un homme qui, pendant une vingtaine d'années, avait conservé une paralysie saturnine bilatérale de quelques muscles de la région postérieure de l'avant-bras. J'avais constaté, pendant sa vie, que ces muscles ne se contractaient pas par l'excitation électrique, tandis que ceux de la partie antérieure de l'avant-bras jouissaient de toutes leurs propriétés ; mais leur force était très-affaiblie ; ils étaient considérablement atrophiés, à un degré infiniment moindre, il est vrai, que les muscles paralysés. — A l'autopsie, les muscles dans lesquels la contraclilité électrique n'existait plus pendant la vie, étaient d'un jaune pâle; examinés au microscope, ils ont été trouvés altérés en parlie par la transformation graisseuse; les muscles de la région antérieure, au contraire, élaienl restés à l'état normal.
C'est seulement après plusieurs années que les muscles paraissent commencer à s'altérer dans leur texture ; car j'ai eu l'occasion de voir, dans le service de feu mon ami Aran, les muscles d'un sujet qui succomba à une fièvre grave, ayant eu une paralysie saturnine datant de six à sept mois, et limitée aux deux avant-bras. Ces muscles, dans lesquels j'avais constaté la diminution considérable de la contraclilité électrique, et qui étaient très-atrophiés, offraient cependant, à l'examen microscopique, des fibres parfaitement normales.