I. — SYMPTOMES
La paralysie du nerf radial à frigore n'est annoncée par aucun symptôme précurseur. C'est ordinairement après s'être endormi, l'avant-bras ayant été exposé à un courant d'air frais ou appuyé sur le sol humide, que les malades éprouvent, à leur réveil, un engourdissement ou un fourmillement jusqu'à l'extrémité des doigts. Ils ne peuvent ni relever le poignet ni étendre les doigts; c'est une paralysie d'emblée.
A. — L'exploration physiologique des mouvements volontaires démontre que tous les muscles animés par le nerf radial sont frappés de paralysie, et que celle-ci est parfaitement limitée à ces muscles. On le constate de la manière suivante (1) : 1° le malade ayant placé son avant-bras dans la demi-flexion et dans la demi-pronation, si on l'engagea le fléchir davantage, pendant que l'on s'oppose à ce mouvement, on ne voit ni l'on ne sent le long supinateur se durcir. C'est le signe de la paralysie de ce muscle qui, comme je l'ai établi expérimentalement, est fléchisseur semi-pronaleur de l'avant-bras; 2° le bras étant dans l'extension et dans la pronalion, la supination ne peut être obtenue, sans que le biceps se contracte énergiquement et mette l'avant-bras dans la demi-flexion, ce qui n'aurait pas lieu, si le court supinateur pouvait agir, car il est le seul muscle supinateur indépendant, tandis que le biceps produit à la fois la flexion et la semi-supination. C'est donc un signe de la paralysie du court supinateur que je n'ai jamais trouvé afl'eclé dans la paralysie saturnine; 3° le poignet, constamment infléchi à angle droit, ne peut être relevé par le malade ni être mû latéralement, lorsqu'il est posé sur un plan horizontal, signes de la paralysie des muscles radiaux et du cubital postérieur; 4° le malade ne peut étendre ses premières phalanges infléchies sur les métacarpiens par le fait de la paralysie des extenseurs communs des doigts; 5° les doigts ainsi infléchis dans la paume de la main, il ne peut leur imprimer des mouvements de latéralité ; on se croit alors autorisé à en conclure que ses interosseux sont paralysés ou affaiblis; mais si la main est placée sur un plan horizontal, on voit qu'il peut éloigner ou rapprocher ses doigts les uns des autres. Il est d'ailleurs facile de démontrer l'intégrité des interosseux par cet autre moyen : on maintient les premières phalanges relevées sur les métacarpiens, et l'on voit que le malade peut étendre ses
(1) Dans les notions physiologiques que je vais rappeler et que j'ai longuement exposées dans diverses recherches électro-physiologiques, la localisation de la paralysie dans les muscles animés par le nerf radial ne saurait être démontrée.
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deux dernières phalanges sur les premières. Pour comprendre pourquoi il a conservé la possibilité d'étendre ses deux dernières phalanges, malgré la paralysie de ses extenseurs des doigts, il faut se rappeler que j'ai démontré que les interrosseux sont les seuls extenseurs des deux dernières phalanges; 6° lorsque l'on se fait serrer la main par le malade, on sent que les fléchisseurs des doigts ont très-peu de force ; ces muscles ne sont cependant pas paralysés. Pour le constater, il suffît de maintenir alors son poignet solidement relevé; on voit alors que les fléchisseurs des doigts se contractent avec énergie. La faiblesse de ces muscles n'était donc qu'apparente; elle était seulement due à l'état de raccourcissement dans lequel ils se trouvaient par la flexion du poignet, consécutivement à la paralysie de ses muscles extenseurs.
A l'exploration électrique, on constate que les muscles paralysés ont conservé intacte leur contractilité électro-musculaire, et, en général, que la sensibilité musculaire n'est pas diminuée dans les muscles paralysés.
La plupait des usages de la main sont à peu près anéantis à la suite de la paralysie du nerf radial. Une seule fois j'ai observé que la sensibilité de la peau était affaiblie à Lavant-bras et à la main, bien que la sensibilité musculaire fût conservée.
Tel est, au début, l'ensemble des symptômes qui caractérisent cette espèce de paralysie.
B. — Dans une période plus avancée les muscles paralysés s'amaigrissent progressivement. Cette atrophie peut être considérable à la longue, mais jamais je n'ai vu la libre musculaire altérée dans sa texture.
A la longue aussi, les autres muscles de l'avant-bras et de la main, surtout les fléchisseurs des doigts et les inlerosseux, tombent dans un état de semi-paralysie. Ainsi, le malade ferme la main avec trèspeu de force, alors même que l'on maintient son poignet relevé, et il étend difficilement ses deux dernières phalanges, si l'on tient ses premières phalanges étendues. Cet affaiblissement des fléchisseurs des doigts et des interosseux est produit par l'inaction et le raccourcissement continus de ces muscles, car il suffit de faciliter leur exercice, à l'aide d'un appareil qui soutienne le poignet et les premières phalanges dans l'extension, pourvoir leur force revenir rapidement.
C. — La paralysie à frigore du nerf radial est par elle-même indolente; cependant il arrive fréquemment que la flexion continue du poignet finit par provoquer une grande fatigue dans les articulations du carpe et une tuméfaction douloureuse de la face dorsale de celui-ci, tuméfaction qui me parait due à la distension des tendons extenseurs des doigts ou de leur coulisse synoviale.
ART. III, § II. — PARALYSIE DU N. RADIAL. ■ — CAUSES, ETC. 703 § II. — Causes, siège et uature.