CHAI'. XI. — AFFECTIONS MUSCULAIRES HYSTÉRIQUES
La coexistence de la diminution ou de l'abolition de la sensibilité électro- musculaire et de l'intégrité de l'irritabilité, que l'on observe dans ia paralysie hystérique, distingue presque toujours celle-ci de la paralysie cérébrale, où la sensibilité électro-musculaire est en général intacte.
Faisons maintenant l'application de cette notion. Il n'est personne qui n'ait vu la paralysie hystérique revêtir quelquefois la forme hémiplégique. En conséquence, l'hémiplégie n'étant pas seulement produite par une lésion cérébrale, une paralysie qui, se déclarant chez une jeune fille ou une femme, reconnaît pour cause une tumeur, un kyste, une lésion quelconque, siégeant dans un des hémisphères du cerveau, pourrait, dans certains cas, être prise pour une hémiplégie hystérique. En voici un exemple :
Observation CXXXVI1. En 1852, une jeune fille était entrée à la Charité (salle Sainte-Madeleine, n° 5), pour s'y faire traiter d'une hémiplégie gauche datant de six mois, et qui était survenue graduellement . Sa paralysie était incomplète, c'est-à-dire qu'elle consistait dans un affaiblissement des mouvements. Elle élait habituellement bien portante avant sa parésie; mais depuis lors elle était mal réglée. On constatait, chez elle, l'existence d'un souffle carotidien. Bien qu'elle n'eût jamais eu d'accès d'hystérie, Beau, alors provisoirement chargé du service, pensa que son hémiplégie pouvait bien être sous ia dépendance d'un état hystérique et m'engagea à l'examiner, au point de vue de mes recherches électro-pathologiques. A l'exploration électro-musculaire, je constatai alors l'intégrité de la contractilité et delà sensibilité électriques dans les muscles paralysés, ce qui ne me permit pas de partager l'opinion de Beau sur la nature de cette paralysie. On se rappelle en effet que la paralysie hystérique présente une perturbation dans l'état de la sensibilité qui est ordinairement diminuée et parfois augmentée dans les muscles et à la peau. En l'absence de ces derniers signes, et en présence de l'intégrité de la contractilité électro-musculaire, je diagnostiquai, chez cette jeune fille, une lésion cérébrale, par exemple l'existence d'un tubercule occupant le côté droit de la base du cerveau ; la possibilité de cette hypothèse me paraissait s'appuyer encore sur une expiration prolongée que l'on entendait au sommet du poumon gauche. Cette jeune fille mourut rapidement par suite d'une suffusion séreuse dans les méninges et les ventricules. On trouva à l'autopsie un tubercule du volume d'un haricot loyé dans le pédoncule cérébral droit.
Je crois que, dans la plupart des cas analogues à celui que je viens de rapporter, on pourrait diagnostiquer l'existence d'une tumeur cérébrale, sans l'exploration électro-musculaire, car on observe alors en général une hémiplégie faciale incomplète du côté correspondant à l'hémiplégie des membres, phénomène morbide que je n'ai pas rencontré dans l'hémiplégie hystérique qui présente seulement quelquefois une diminution de la sensibilité de ce côté de la face.
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Il ressort donc de ce qui précède que, lorsqu'il existe alors quelque incertitude dans le diagnostic d'une hémiplégie hystérique, les signes tirés de l'état des propriétés musculaires sont d'une grande utilité.
On pourrait également confondre une hémiplégie hystérique avec une hémiplégie de cause cérébrale. Les mêmes signes qui, dans le cas précédent, ont servi à distinguer l'hémiplégie cérébrale de l'hémiplégie hystérique, éclaireront alors le diagnostic. Je ne rapporte pas les faits dans lesquels j'ai eu l'occasion d'établir le diagnostic différentiel de l'hémiplégie hystérique par l'exploration électro-musculaire. J'ai fréquemment, pendant bien des années, mis ce moyen de diagnostic à l'épreuve, dans des circonstances semblables, à la Charité, particulièrement dans le service de M. Briquet, où se trouvaient réunies un très grand nombre d'hystériques. Voicicomment nous avons procédé dans ces recherches : M. Briquet me signalait les sujets atteints de paralysies qui entraient dans son service, après qu'il les avait examinés et qu'il avait établi son diagnostic sur les signes fournis parla symptoniatologie. J'explorais alors l'état de la contractil-ité et de la sensibilité des muscles paralysés, sans interroger les malades, et c'était uniquement des signes fournis par l'état de ces propriétés musculaires que je déduisais mon diagnostic. Est-il besoin de dire encore que l'on doit toujours rattacher les signes fournis par l'exploration électro-musculaire, aux autres symptômes de la maladie? Si j'ai procédé autrement à la Charité, c'était dans le but de démontrer aux confrères et aux élèves qui fréquentaient cet hôpital l'utilité des signes diagnostiques tirés seulement de l'état de la contractililé et de la sensibilité électromusculaires, et pour m'éditier de plus en plus moi-môme sur leur valeur réelle.
§ II. — Électro-thérapie dans les paralysies hystériques.
A.— Depuis le commencement de mes recherches, il s'est passé peu de jours, sans que j'aie eu à expérimenter l'inuflence thérapeutique exercée par la faradisalion localisée sur la paralysie hystérique. Je pourrais publier sur ce sujet plus d'une centaine d'observations, dans lesquelles on compte un assez grand nombre de guérisons, dont quelques-unes étaient inespérées ou ont été obtenues avec une rapidité vraiment surprenante, après avoir résisté longtemps à des médications variées et rationnelles. Ces faits cliniques prouvent que la faradisalion localisée est une médication que l'on peut souvent opposer avec succès à la paralysie hystérique.
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Cependant je suis forcé d'avouer que tout est imprévu dans cette action thérapeutique de la faradisation localisée sur ces troubles hystériques ou hystériformes, car, dans telle paralysie de ce genre, j'ai vu trop souvent échouer le procédé de faradisation qui avait triomphé dans des cas en apparence absolument identiques, et ce même moyen guérir, au contraire, alors qu'il semblait irrationnel d'en attendre la moindre influence.
Quelles règles déduire de ces faits cliniques dans lesquels on ne pourrait compter sur ce qui doit arriver sous l'intluence dece modede traitement? Incapable d'établir par mes recherches sur la paralysie hystérique aucuns principes solides sur lesquels on puisse s'appuyer pour prévoir à coup sûr le résultat de la faradisation localisée, je ne ferai pas un vain étalage des guérisons obtenues par ce moyen, en relatant les nombreuses observations que j'ai recueillies. Dans les éditions précédentes de ce livre, je me suis borné à en rapporter quelques-unes, comme exemples, dans lesquelles je rapprochais les succès des insuccès, afin de démontrer que, s'il est incontestable que la faradisation localisée est une excellente médication à essayer contre la paralysie hystérique, il faut cependant se garder de se laisser entraîner à une confiance trop exclusive dans son emploi.
B — Qn doit, en général, dans la paralysie hystérique, localiser l'excitation électrique dans chacun des organes affectés, et continuer le traitement quelque temps après le retour des mouvements, afin de fixer, pour ainsi dire, la guérison.
Cette proposition est déduite d'un grand nombre de faits cliniques, je n'en ai cité qu'un. Ce fait a été rapporté avec détails (1), parce qu'il offrait un ensemble assez complet de phénomènes hystériques et paralytiques affectant à la fois les mouvements, la sensibilité et les sens, et que ces troubles fonctionnels, qui avaient résisté jusqu'alors aux autres médications, avaient été successivement combattus avec succès par chacun des procédés spéciaux de la faradisation localisée, appropriés à ces différents désordres de l'innervation. Le lecteur pouvait trouver dans ces détails un enseignement pratique.
Dans ce cas, il m'avait fallu porter l'excitation sur chacun des organes dont la fonction était troublée, et partout l'action de la faradisation avait été immédiate. Mais pour que l'effet thérapeutique obtenu fût conservé, les excitations faradiques ont dû être renouvelées après la guérison. Celte règle de conduite, dans la pratique de la faradisation, est déduite d'ailleurs de la connaissance de ce fait important, a savoir, que de nouveaux accès hystériques tendent à faire retomber les malades dans leur état de paralysie ou d'anes-
(I) Duchenne (de Boulogne), Êlect. toc, obs. LX V, p. 370, 1861.
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thésie. L'expérience m'a démontré que les organes menaces d'une rechute y résistaient d'autant mieux qu'ils avaient été plus souvent faradisés. Aussi m'a-t-on souvent entendu dire, au lit des malades, qu'il fallait continuer le traitement faradique après le retour des mouvements ou de la sensibilité afin d'assurer la guérison. C'est ainsi que j'ai dû agir souvent, dans les cas de paralysies hystériques où j'ai expérimenté l'influence thérapeutique delà faradisation localisée.
C. — Cependant il m'a quelquefois suffi drune seule excitation électro-cutanée pour guérir la paralysie hystérique. A l'appui de celte observation, j'avais recueilli un exemple bien remarquable (1) ; cesguérisons rapides dues à la faradisation localisée sont aujourd'hui trop bien connues et ont été contrôlées depuis lors par d'autres praticiens, pour qu'il soit besoin de relater de nouveau ce fait clinique.
D. — Pendant bien des années, de 1848 à 1860, j'ai observé à la Charité, dans le service de M. Briquet, un assez grand nombre d'hystériques dont les membres du côté gauche étaient plus ou moins aneslhésiés, et surtout le membre supérieur. Ordinairement cette anesthésie était accompagnée d'affaiblissement musculaire. Il me suffisait presque toujours, dans ces cas, de rappeler la sensibilité cutanée pour voir reparaître la force musculaire normale.
("est sans doute en allant exciter les centimes nerveux par une sorte d'action réflexe que la faradisation cutanée rappelle les mouvements dans ces paralysies hystériques. Il est même des cas oh elle semble mieux réussir que la faradisation musculaire.
E. — Les faits que j'ai recueillis ne m'ont pas permis de reconnaître les signes qui annoncent si la faradisation guérira ou non la paralysie hystérique.
Quand on a été témoin de ces guérisons obtenues par la faradisation localisée, chez des hystériques dont la paralysie a résisté jusqu'alors, et quelquefois depuis longtemps, aux médications les plus énergiques, on se sent pris d'une sorte d'admiration pour la puissance thérapeutique de l'électricité. Ainsi, j'ai relaté un cas (2) dans lequel s'était montrée une paralysie évidemment hystérique rebelle à toutes les médications, où la malade, qui possédait une certaine aisance, s'était fait longtemps soigner par un médecin habile, sans obtenir d'amélioration. Elle s'était fait ensuite transporter dans la maison de santé de la rue Saint-Denis, où elle avait été traitée énergiquement, pendant cinq mois, par M. Vigla (cautères placés de chaque côté du rachis, strychnine, etc.), et elle en était sortie, disait-elle, exactement dans le même état qu'avant son entrée. Elle se fit alors transporter à la Charité, où on lui
(1) J'en ai rapporté un exemple dans la première édition (ohs. ÇAA, p. 743).
(2) Duchenne, Inc. cit., obs. LXXV1, p. 382, 1861.