ART. II, § III. — CONTRACTURES ASCENDANTES RÉFLEXES
présence des personnes qui les grondaient ou les punissaient.
La forme de ces tics est assez variée : ainsi tantôt le tic est limité, il consiste, par exemple, soit dans l'élévation des sourcils et des paupières, ou dans des mouvements en sens contraire, soit dans la con traction des muscles qui rapprochent ou resserrent les lèvres, ou qui les écartent en tous sens; tantôt enfin, mais plus rarement, les contractions des muscles de la face sont plus ou moins généralisés.
Ces pseudo-tics, après avoir duré bien des années, peuvent passer à l'état de tics vrais, et devenir alors incurables, comme le prouve le cas suivant.
Observation CXLIV. — M. X..., âgé environ de 45 ans, est venu me consulter en 1869, pour un cas de tic vrai, localisé dans les muscles orbiculaires des paupières, datant de quelques années, mais qui avait été précédé d'un pseudo-tic des mômes muscles, contracté vers l'âge de cinq à six ans. Eu présence de ses parents qui le corrigeaient vertement, il parvenait à vaincre ces contractions musculaires; mais lorsqu'il était seul, il s'en dédommageait. Plus tard son amour-propre suffisait pour empêcher ces contractions, lorsqu'il se trouvait en présence de témoins, quitte à se soulager dans la solitude par la contraction vigoureuse des mêmes muscles. Depuis deux ans, il ne pouvait plus maîtriser ces spasmes qui étaient devenus tellement fréquents qu'ils l'empochaient de lire ou d'écrire. Aucun remède, ni la faradisation localisée ni les courants continus n'avaient pu le guérir ou môme le soulager.
En somme, le cas précédent montre qu'un pseudo-tic de la face datant de l'adolescence peut, après avoir persisté de longues années, devenir un tic vrai incurable, conséquemment, qu'il importe de le combattre de bonne heure, afin que l'habitude ne le rende pas difficile à guérir, sinon quelquefois incurable.
L'intimidation est le seul moyen de traiter le pseudo-tic indolent de l'enfance. Dès qu'apparaissent les grimaces occasionnées par lui, on doit menacer l'enfant d'une punition sévère, s'il continue de les faire. Ce moyen réussit presque toujours. Dans des cas où il avait échoué, et qui dataient de plusieurs mois à une ou deux années, voici l'artifice dont j'ai usé, afin d'impressionner l'imagination des enfants. Je leur ai mis un bandeau sur les yeux et j'ai fait modérément, pendant quelques secondes, une excitation électro-cutanée sur un point de la peau, par exemple d'une oreille ou du nez, leur faisant croire que je les brûlais, sans laisser de traces. Ils sentaient, en effet, très-vivement, l'impression d'une douleur cuisante, analogue à celle qui est occasionnée par le feu, et poussaient de grands cris. L'opération finie, je recommandais aux parents de me ramener ces enfants, s ils recommençaient à faire des grimaces,
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en les menaçant d'agir plus fortement encore et sur plusieurs points. Leur imagination était alors tellement impressionnée, qu'ils s'observaient sans cesse, pour perdre l'habitude de grimacer, et qu'en peu de temps ils s'en étaient corrigés. Il m'a fallu cependant revenir quelquefois à une ou deux nouvelles excitations, avant d'avoir atteint complètement mon but.
Le pseudo-tic par habitude ne se montre pas seulement a la face. Je citerai un seul exemple de pseudo-tic.
Observation CXLV. — Un garçon de 8 à 9 ans m'a été adressé il y a quelques années par M. Bouvier, comme 'étant atteint de troubles fonctionnels, fort bizarres et d'un diagnostic difficile, fendant la marche en effet et au moment où le membre inférieur droit oscillait d'arrière en avant, il élevait fortement l'ép iule gauche, inclinait un peu son tronc du côté gauche et lui imprimait un mouvement de torsion. Cet ensemhle de mouvements pathologiques s'observe habituellement dans la paralysie droite des muscles fléchisseurs de la cuisse sur le bassin et des muscles moyens et petits fessiers. (Le mécanisme de ces troubles fonctionnels a été exposé ailleurs (1); je le rappellerai quand je traiterai des paralysies partielles.) Mais quelle fut ma surprise, lorsqu'à un examen plus approfondi, je reconnus chez mon petit malade que ces muscles jouissaient de leur force et de leur mobilité normales. Je déclarai cependant à sa mère que son membre inférieur droit avait dû avoir été atteint d'une paralysie ; voici ce qu'elle m'apprit alors. Plusieurs années auparavant, son enfant avait en effet été privé des mouvements des membres inférieurs, pendant plusieurs mois après lesquels sa paralysie était restée limitée dans quelques mouvements du membre inférieur droit; ainsi, lorsque l'enfant se trouvait couché sur le dos, il ne pouvait fléchir la cuisse sur le bassin, et debout il ne pouvait la détacher du sol.
C'est alors que, dans la déambulation, il a exécuté les singuliers mouvements décrits ci- dessus et que je constatai encore au moment où il m'était présenté. La première fois que je les ai observés chez cet enfant j'ai été convaincu que la paralysie avait dû exister à droite dans les fléchisseurs de la cuisse sur le bassin (psoas iliaque) et dans le? fessiers profonds du même côté, et que, s'il avait conservé les mouvements pathologiques habituellement symptomatiques de cette paralysie locale, ce ne pouvait être que le résultat de l'habitude qui avait produit une sorte de tic, qu'il serait facile de corriger peut-être par l'intimidation. Mais, quoique l'on fît, ce garçon prélendit qu'il ne pouvait marcher autrement, et lorsqu'il me fut ramené quelques jours après, j'allais recourir à mon moyen habituel (l'intimidation par l'excitation électro-cutanée), lorsque l'idée me vint de lui faire faire l'exercice suivant. L'ayant placé entre deux planches posées horizontalement à une hauteur telle que ses membres supérieurs tombant le long du corps, ses doigts pouvaient atteindre la surface des planches, je lui dis de marcher en traçant un sillon avec, l'extrémité de ses doigts dans du sable étendu sur ces
(I) Ducliennc (de Boulogne), Physiologie des mouvements, etc., p. 402. 18G6.
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planches, lui promettant une récompense s'il réussissait. Il fallait pour cela que ses épaules fussent maintenues volontairement abaissées, pendant qu'il marchait, c'est ce qu'il put faire immédiatement, grâce à l'espoir d'une récompense. En quelques jours, ce garçon fut guéri de son pseudo-tic de l'épaule et du tronc, à l'aide de cet exercice gymnastique répété plusieurs fois par jour pendant un certain temps.