‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et à la thérapeutique par courants induits et par courants galvaniques interrompus et continusChapitre 297 sur 505 · I. — FARADISATION LOCALISÉE · texte numérisé non relu

I. — FARADISATION LOCALISÉE

Est-il rationnel d'appliquer la faradisation localisée au traitement de la paralysie consécutive à l'hémorrhagie cérébrale, c'est-à-dire d'employer une médication qui n'agit que sur la périphérie, dans une affection qui est symptomatique de la lésion d'un point du centre cérébral ? C'est la question que je me suis posée en commençant mes recherches électro-thérapeutiques sur la paralysie cérébrale; et l'on comprend que, envisageant ces recherches sous ce point de vue, je n'en attendais guère de résultats favorables.

ART. I, § H. — FAHADISATiON LOC. DANS LES AFF. CÉHÉBHALES. 733

A. — Il est incontestable qu'à une certaine période, quelques paralysies consécutives a. l'hémorrhagie cérébrale ont été guéries ou améliorées par la faradisation. Ma surprise fut grande quand je vis certaines paralysies consécutives à l'hémorrhagie cérébrale guérir ou être modifiées par des excitations faradiques parfaitement localisées dans les muscles paralysés, excitations qui, certainement, n'avaient pu modifier l'état des centres nerveux. Je reconnus même que l'action thérapeutique de la faradisation était limitée aux muscles dans lesquels j'avais localisé l'excitation électrique. J'en ai rapporté un exemple remarquable dans la première édition (1).

Ce n'est, en général, qu'après le sixième mois à partir de l'attaque, que j'ai vu la faradisation localisée exercer une influence thérapeutique favorable. Je prouverai bientôt qu'on fait courir des dangers inutiles aux malades, en appliquant cette médication à une époque trop rapprochée du début.

B. — Après la résorption de l'épanchement, l'influx nerveux cérébral peut revenir aux muscles qui ont perdu leur aptitude à réagir sous l'influence de ce dernier; la paralysie est alors localisée dans les muscles; la faradisation rend à ces muscles la propriété, qu'ils avaient perdue, d'obéir à l'excitation volontaire. Que se passe-t-ii donc dans les différentes phases d'une paralysie consécutive à une hémorrhagie cérébrale? Pendant les premiers mois, la paralysie est symptomatique de la lésion centrale. On comprend que, dans de telles conditions, une excitation, quelle qu'elle soit, ne puisse rendre le mouvement aux muscles paralysés. Plus tard, après la résorption de l'épanchement sanguin, alors que toute compression a cessé d'exercer son action et que le foyer hémorrhagique est remplacé par un kyste ou une cicatrice, le stimulus cérébral revient plus ou moins aux muscles, qui peuvent rester paralysés. Si alors les muscles paralysés recouvrent leurs mouvements volontaires, après avoir été soumis à la faradisation localisée, il est évident que celle-ci leur aura rendu une propriété qu'ils avaient perdue, celle de réagir sous l'influence de l'excitant nerveux qui leur arrivait aussi bien avant qu'après l'opération. En conséquence, il existe deux phases bien distinctes dans la paralysie consécutive à l'hémorrhagie cérébrale : une première dans laquelle la paralysie est symptomatique de la lésion organique centrale et une seconde dans laquelle la paralysie s'est localisée dans les muscles; en d'autres termes, dans laquelle, par suite delà suspension trop prolongée de l'excitation cérébrale, les muscles ont perdu leur aptitude à réagir sous l'influence de l'agent nerveux, alors que celui-ci leur revient après la guéri son de la lésion cérébrale. Dans la première phase

(1) Dnchenne (àe Boulogne), Êlect. foc, obs. CWXVII, p. 712. IS55.

734 Cil AT. XII. -«- AFFECTIONS CEllEBItALES ET CEREBELLEUSES.

do la paralysie cérébrale, la faradisation n'a certainement aucune chance de succès, tandis que c'est uniquement dans la seconde que l'on peut compter sur les heureux résultats obtenus par cette méthode de traitement.

Voici maintenant le résumé général des recherches que j'ai failes sur l'action thérapeutique de la faradisation localisée, appliquée au traitement de la paralysie consécutive à l'hémorrhagie cérébrale.

C. — La faradisation localisée appliquée pendant la période de résorption n'a produit aucun résultat favorable; alors elle est quelquefois dangereuse. Je viens de démontrer qu'on ne pouvait espérer modifier cette paralysie, avant la résorption complète de l'épanchemenl sanguin, en général, avantle sixième ou le septième mois après l'attaque. Malgré la quasi-certitude que j'en avais préconçue, j'ai voulu acquérir la preuve expérimentale de l'inopportunité sinon du danger de la faradisation appliquée avant cette résorption. J'ai faradisé, à la Charité et à PHôtel-Dieu, un assez grand nombre de sujets atteints assez récemment d'hémiplégies consécutives à l'hémorrhagie cérébrale, et, dans aucun cas, je n'en ai obtenu la moindre amélioration appréciable. J'ai observé, au contraire, qu'aune époque trop rapprochée de l'attaque, la faradisation localisée n'est pas sans danger. Quelques accidents produits par ces applications prématurées m'ont rendu très-réservé pour l'emploi de ce mode de traitement, dans les premiers temps d'une paralysie parhémorrhagie cérébrale.

On sait que, pendant le travail delà résorption de l'épanchement sanguin et du kyste séreux jusqu'à la formation de la cicatrice apoplectique, les mouvements reviennent progressivement dans les membres paralysés, d'abord dans le membre inférieur, puis, beaucoup plus lentement, dans le membre supérieur; rarement le membre supérieur recouvre le premier sa motilité. Si la faradisation localisée était appliquée pendant cette période, ou pourrait lui faire l'honneur d'une guérison ou d'une amélioration qui ne serait que la conséquence de la marche naturelle du processus progressif de la résorption de l'épanchement. Il est donc sage (et honnête) de ne recourir à la faradisation localisée que lorsqu'il esl bien établi que la paralysie est restée stationnaire, et après que le temps ordinaire, pendant lequel se fait la résorption du caillot et de la sérosité enkystée, est écoulé.

D. — Dans la seconde période (après la résorption de l'épanchement sanguin), la faradisation a été quelquefois suivie de succès. C'est presque toujours dans une période très-avancée du travail de résorption et de réparation du kyste hémorrhagique, que j'ai expérimenté l'action thérapeutique de la faradisation localisée. Nonseulement alors je n'agissais que lorsque la paralysie me paraissait depuis longtemps stalionnaire, mais encore après que les vésica-

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