CI1AP. XIII. — PARALYSIE DE QUELQUES PROPRIETES MUSCUL
portait la sensation aux articulations. Mais le sentiment de l'attitude de ce membre était moins net que du côté sain; les seuls troubles fonctionnels occasionnés par l'insensibilité de son membre, et pour lesquels elle avait réclamé nies soins, c'était une grande maladresse pour s'en servir, et une sorte de sensation de profonde lourdeur et de fatigue qu'elle y éprouvait, même au repos, et d'une manière continue.
Une fois sur la voie des troubles fonctionnels, produits par la paralysie de la sensibilité articulaire, je ne tardai pas à les retrouver chez d'autres sujets. Bien des fois, j'ai constaté ces phénomènes morbides dans différents services des hôpitaux ; j'ai fait voir que l'insensibilité articulaire se perdait quelquefois partiellement, et pouvait même se localiser dans une ou plusieurs petites articulations des phalanges, dont les mouvements n'étaient plus alors perçus.
D'autre part, enfin, je découvris, dans certains cas d'ataxie locomotrice, que des sujets qui avaient conservé, à un degré assez prononcé, la sensibilité cutanée et musculaire d'un membre ne percevaient plus, dans l'obscurité, les mouvements imprimés aux articulations de ce membre, ni les différentes attitudes qu'on lui donnait.
Conclusions générales.
I. L'existence de la sensibilité musculaire ne saurait être contestée. Admise théoriquement par Ch. Bell, qui a proposé de l'appeler sens musculaire, elle est démontrée par l'exploration électro-musculaire et par l'observation pathologique.
H. La sensibilité musculaire et le sens musculaire de Ch. Bell (appelée plus lard sentiment d'activité musculaire par Gerdy) sont une seule et même propriété musculaire, qui n'est qu'un phénomène de sensibilité générale et qui n'offre aucun titre particulier pour être rangée parmi les sens.
III. L'observation rigoureuse de faits cliniques recueillis par moi et appartenant à des maladies diverses, prouve que la sensibilité musculaire ne remplit pas un rôle aussi important que celui qui lui a été assigné par Ch. Bell ; que les troubles fonctionnels locomoteurs, attribués par ce célèbre palhologiste uniquement à la paralysie de cette propriété musculaire, étaient en réalité occasionnés principalement par la paralysie concomitante de la sensibilité articulaire.
s IV. — Description <le la paralysie «le la sensibilité musculaire et de la sensibilité articulaire.
La paralysie de la sensibilité musculaire (sens musculaire de Ch. Bell, sentiment d'activité musculaire de Gerdy) avait été obser-
AhT. I. — PARALYSIE DE LA SENSIBILITÉ MUSC. ET ARTIC. 771
vée seulement dans un but physiologique. Mais son étude, au point de vue pathologique, avait été négligée. Quelle était la valeur diagnostique et pronostique de ce trouble fonctionnel? C'est ce qu'il importait de rechercher, ainsi que l'a parfaitement compris Landry qui, le premier, a essayé de décrire cette espèce de paralysie, sous le nom de paralysie du sentiment d'activité musculaire.
Mais, hélas! je regrette d'avoir à le dire; il a défiguré la paralysie du sens musculaire de Ch. Bell, en la confondant i° avec un état pathologique qui fera le sujet de l'article prochain, et que j'ai appelé paralysie de la conscience musculaire ; 2° avec une espèce morbide qui s'en distingue par ses symptômes, sa marche et son pronostic, et que j'ai décrite, dans le chapitre VIII, sous le nom d'ataxie locomotrice progressive .
Je vais essayer dJexposer, aussi rapidement que possible, les symptômes principaux, le diagnostic différentiel, et le pronostic de la paralysie de la sensibilité musculaire et de la sensibilité articulaire.