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membres et du tronc est Je résultat d'une double excitation nerveuse, en vertu de laquelle les deux ordres de muscles qui possèdent une action contraire (fléchisseurs et extenseurs) sont mis simultanément en contraction, les uns pour produire ce mouvement, les autres pour les modérer(l). Sans cette espèce de solidarité des antagonistes (d'harmonie des muscles antagonistes) , le mouvement perd inévitablement de sa précision et de sa sûreté. Ce doit être d'ailleurs un principe élémentaire en mécanique, et l'on s'étonnera qu'il ait échappé à l'esprit profond de l'auteur du De usu partium. Agissez en effet avec un peu de force sur un levier, vous verrez qu'il est impossible de l'arrêter exactement en un point donné, s'il n'est pas retenu par une force opposée modératrice.
Cette harmonie des muscles antagonistes, de laquelle dépendent la précision et la sûreté des mouvements, est lésée une des premières, dans l'alaxie locomotrice progressive* Dès qu'elle est troublée ou abolie, le sujet perd la faculté instinctive de régler la portée ou l'étendue de ses mouvements, bien que l'association des contractions musculaires, nécessaires à l'exercice des mouvements physiologiques se fasse encore normalement. C'est ainsi, par exemple, que l'on voit, dans cette désharmonie des muscles antagonistes, les malades exagérer la plupart des mouvements de la marche, dont cependant ils peuvent encore exécuter les différents temps. C'est surtout dans le second temps de la marche qu'ils lancent brusquement le membre inférieur en avant sans pouvoir le retenir, et dépassent ainsi la longueur du pas. Cette force de projection, qu'ils n'ont pas le pouvoir de maîtriser ou de modérer, leur donne une impulsion telle, qu'ils n'osent plus marcher vite ou courir, sans craindre de perdre l'équilibre ; ils se sentent, disent-ils, comme poussés en avant par une force invisible. Des désordres analogues ont lieu dans les membres supérieurs. N'a-t-on pas vu, dans l'observation CIII, que le malade, en porlant le verre à ses lèvres et bien qu'il le suivît très-attentivement du regard, avait la plus grande peine à ne pas le briser contre ses dents, parce que ses mouvements allaient au delà de sa volonté?
Que l'on me permette, en passant, de tirer de ce qui précède la déduction physiologique suivante : si l'existence de l'harmonie des antagonistes n'avait pas été démontrée par mes expériences antérieures, les faits pathologiques que je viens d'analyser suffiraient pour mettre en lumière cette fonction musculaire, pour ainsi dire latente à l'état normal,
(1) Mes expériences, qui démontrent le peu de fondement de la théorie du repos alternatif des muscles antagonistes, pendant les mouvements volontaires, ont été exposées dans un travail intitulé : Orthopédie physiologique, ou déductions pratiques de reclierckes électro-physiologiques et pathologiques sur les mouvements du pied {Bulletin thérapeutique, 1858).
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tK — Association et désassociation musculaire. Les contractions musculaires isolées ne sont pas dans la nature; elles ne s'obtiennent que par des moyens artificiels, la faradisation localisée, par exemple. Si l'homme pouvait les produire, on verrait souvent qu'elles engendreraient des difformités ou occasionneraient des accidents.
D'autre part, les fonctions musculaires nécessitent un plus ou moins grand nombre de mouvements simultanés, qui individuellement sont eux-mêmes la résultante de forces composantes. Ces associations musculaires si complexes se font cependant instinctivement et sans efforts : mais si l'ataxie locomotrice, après avoir détruit l'harmonie des muscles antagonistes, vient à s'aggraver, les contractions musculaires se désassocient, et alors le malade perd bientôt la faculté d'exécuter instinctivement les savantes combinaisons musculaires desquelles dépendent l'équilibre statique, la marche, l'usage de la main, etc.
Les symptômes qui caractérisent cette dernière lésion de la coordination des mouvements (la désassociation des contractions muscnlaires) doivent être étudiés de nouveau avec soin, parce qu'ils ont une certaine ressemblance avec d'autres mouvements pathologiques. De môme que pour l'étude de la désharmonie des muscles antagonistes, je ne saurais exposer clairement l'analyse de ces phénomènes morbides, sans les comparer aux fonctions musculaires normales; il me faut donc rappeler le mécanisme de ces dernières aussi brièvement que possible. D'ailleurs ces notions doivent toujours être présentes à l'esprit de l'observateur qui veut étudier l'ataxie locomotrice.
Dans la marche normale, le membre inférieur, situé en arrière, exécute sa demi-oscillation d'arrière en avant, autour du centre de la cavité cotyloïde, non pas seulement à la manière d'un pendule et en vertu d'une force physique (la pesanteur), mais principalement par le fait de la contraction des muscles qui fléchissent la cuisse sur le bassin. Comme le membre ne pourrait osciller sous la cavité cotyloïde, s'il élaitdansl'extension, ses trois segments (cuisse, jambe et pied) s'infléchissent les uns sur les autres sous l'influence de la contraction synergique des muscles qui opèrent ces mouvements, et non par la seule action du membre oscillant, considéré, d'après la théorie de MM. Weber frères, comme un pendule composé de trois segments de longueur différente.
J'ai déjà combattu, dans un autre travail, la théorie de ces savants physiologistes, qui voudraient remplacer ici la vie par une force
physique; je crois avoir prouvé alors que cette théorie se trouve en contradiction manifeste avec l'observation pathologique. Si elle avait été réellement fondée, nous ne verrions pas les malades atteints d'alaxie locomotrice exécuter, par le fait de la désasso-
'70 CHAI». XIII. — PARALYSIE DIÎ QUELQUES PROPRIÉTÉS iMUSCUL.
ciation des contractions musculaires, les mouvements les plus désordonnés, pendaut le second temps de la marche, puisque, suivant eux, (des muscles tombent dans l'inaction pendant ce second temps »(1). Après ce temps de la marche (le deuxième), au moment où le
(1) Eu 1836, ces deux célèbres physiologistes, à qui la science doit la découverte de faits nombreux qui jettent un grand jour sur le mécanisme de la marche et de la course, ont déduit de leurs expériences que le mouvement d'oscillation qui a lieu pendant la marche, est produit par la seule force de la pesanteur. Cette expérience, on le sait, consiste à faire osciller, en l'écartant de la verticale et en l'abandonnant à lui-même, l'un des membres inférieurs d'un sujet vivant ou mort, que l'on a placé sur une base élevée, de manière que ce membre.ne puisse rencontrer le sol pendant ses mouvements d'oscillation. Elles sont longuement exposées dans le livre intitulé: Traité de la mécanique des organes de la locomotion, par MM. G. et E. Weber (Encyclopêdie anatomique , traduction de l'allemand par A.-J.-L. Jourdan. Paris, 18i3, t. Il, liv. III).
« 1) y aurait (disent ces expérimentateurs) perte de force musculaire, si le mouvement d'oscillation d'arrière en avant dn membre inférieur suspendu au tronc avait été opéré par les muscles; car, les membres inférieurs étant, comme nous l'avons vu, unis au tronc d'une manière très-mobile et pouvant osciller sur lui à la façon d'un pendule, la pesanteur suffit déjà seule pour faire avancer, par rapport au tronc, le membre inférieur resté en arrière, et suspendu au reste du corps : pendant ce temps, les musc/es tombent dans l'inaction, » Cette assertion de MM. Weber, à savoir, que les muscles tombent dans l'inaction pendant le second temps de la marche, est une pure hypothèse, comme je l'ai démontré; ces savants ne l'auraient jamais formulée, s'ils avaient fait subir à leurs expériences le contrôle de l'observation pathologique.
Voici une des conclusions que j'ai déduites des faits cliniques que j'ai publiés en 1855 (Union médicale, 13 et 15 septembre 1855) : « Attribuer uniquement à l'action de la pesanteur, avec MM. Weber frères, et après eux avec la plupart des auteurs modernes, les mouvements d'oscillation et de flexion des différents segments du membre inférieur qui ont lieu pendant le second temps de la marche, c'est professer une opinion en contradiction manifeste avec l'observation pathologique. Voici les faits qui prouvent la vérité de cette assertion :
« 1° Un homme qui est privé de l'action des muscles fléchisseurs de la cuisse sur le bassin veut-il accomplir les mouvements du second temps de la marche, il est forcé . d'abord d'élever la hanche et l'épaule du côté correspondant, pour détacher le pied du sol; puis il proj< tto le membre inférieur en avant, en imprimant un mouvement de rotation au bassin sur le condyle opposé. Sans ce mouvement de rotation, le membre inférieur étant placé en arrière au moment où il est arrivé à la direction verticale, l'action de la pesanteur ne peut le f.iire aller au delà, môme après que le sujet a déjà fait un certain nombre de pas. Bien plus il suffit que les muscles fléchisseurs de la cuisse soient affaiblis, pour que le second temps de la marche ne puisse se faire sans un balancement plus ou moins grand du bassin.
h 2° Si les muscles fléchisseurs de la jambe sur la cuisse ont perdu leur action, la flexion qui doit avoir lieu dans l'articulation du genou, avant que le pied se détache du sol, se fait difficilement et incomplètement, ce qui occasionne un retard dans la production du second temps de la marche.
« 3° Enfin la flexion du pied sur la jambe, qui est un des mouvements essentiels du second temps de la marche, et dont l'étude a été trop négligée en physiologie, cette flexion, dis-je, vient-elle à se perdre ou à s'affaiblir, le membre ne peut plus osciller au-dessous du condyle, sans que la pointe du pied butte contre le sol ; de là la nécessité d'exagérer les mouvements de flexion de la cuisse, pendant l'oscillation du membre inférieur, ce qui occasionne une sorte de claudication.
« De l'ensemble des faits pathologiques précédents, on peut conclure r que les contractions simultanées des muscles fléchisseurs de la cuisse sur le bassin, de la jambe sur la cuisse et du pied sur la jambe, sont les conditions nécessaires à la production réelle des mouvements du membre inférieur, qui constituent le second temps de la marche ; 2° l'action de la pesanteur ne concourt que très-faiblement à l'oscillation physiologique de ce membre. »
membre achève sa, demi-oscillation, le pied se pose à lerre, en procédant du talon aux orteils : alors se produisent les phénomènes qui constituent ce que l'on est convenu d'appeler le premier temps de la marche, pendant lequel le bassin, et conséquemment tout le membre inférieur opposé, déjà séparé du sol, sont poussés en avant. Je ne crois pas devoir décrire ici ces phénomènes, sur lesquels tout le monde est d'accord.
On sait que ces mouvements si complexes de la marche se font instinctivement, avec une précision admirable; mais, sitôt que l'ataxie locomotrice a désassocié ou dissocié les muscles qui concourent habituellement et synergiquementà l'exécution des mouvements, la faculté instinctive ne suffit plus à la progression et l'attention doit être constamment tenue en éveil. Le malade alors ne peut plus, quoi qu'il fasse, même en s aidant de la vue, exécuter régulièrement les différents temps delà marche. Tantôt, en effet, au lieu de poser son pied tranquillement et sûrement sur le sol, après le second temps de la marche, on le voit étendre la jambe sur la cuisse avant que le membre ait terminé son mouvement d'oscillation, et cela si brusquement, que tout son corps en est ébranlé; alors le pied retombe lourdement et avec bruit sur le sol. D'autres fois, quand il veut faire osciller un des membres inférieurs d'arrière en avant, il ne peut plus fléchir ses différents segments les uns sur les autres; au lieu des muscles fléchisseurs, ce sont les extenseurs de la jambe qui répondent à son appel, en se contractant avec une grande énergie, de sorte que ce membre reste dans une complète extension en se portant en avant. S'il parvient à fléchir les trois segments du membre inférieur pour le faire osciller en avant, les muscles, qui cette fois lui ont obéi, se contractent d'une manière si exagérée, que le rhythme de la marche en est considérablement troublé, ou bien le membre inférieur est jeté irrégulièrement en dehors ou en dedans, ou oscille latéralement, au lieu de se mouvoir en avant, suivant la direction de la résultante des forces composantes qui, à l'état normal, fléchissent la cuisse sur le bassin. Gomme, à ce degré de maladie, l'harmonie des antagonistes est complètement perdue, ces mouvements désordonnés sont exécutés sans aucune modération ; alors les membres, projetés avec force, brisent ou renversent les objets contre lesquels ils se heurtent. Enfin l'anarchie des mouvements en arrive au point que la station debout et la marche sont absolument impossibles.
La difficulté de rester dans la station sans osciller, ou l'impossibilité de se tenir debout, alors môme que le sujet regarde ses pieds, s'explique parfaitement par la perte de faculté instinctive et volontaire d'associer ou d'équilibrer les forces qui maintiennent dans l'extension et dans la ligne de gravité toutes les parties du
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corps qui ont une tendance h s'infléchir les unçs sur les autres (1).
Quelques mots seulement sur les troubles fonctionnels de la main. J'ai démontré, on le sait, que, dans la plupart des usages de la main, les premières phalanges s'étendent sur les métacarpiens, sous l'influence des muscles extenseurs des doigts, pendant que les deux dernières phalanges sont infléchies sur les premières, par la contraction synergique des fléchisseurs superficiel et profond, les mouvements opposés ayant lieu sous l'influence des interosseux et des lombricaux. On n'observe rien de semblable, lorsque l'ataxie locomotrice a envahi les membres "supérieurs ; alors les mouvements des doigts sont des plus étranges. Le malade veut-il, en effet, saisir un objet, on voit ses doigts, les uns étendus et roides, les autres infléchis, s'agiter d'abord dans des directions différentes, puis converger avec peine vers cet objet, qu'ils saisissent difficilement. L'écartement des doigts étendus est aussi curieux à observer : ce mouvement résulte de la contraction synergique des interosseux et des extenseurs des doigts; les premiers produisent l'abduction ou l'adduction, et étendent les deux dernières phalanges sur les premières qu'ils abaissent en même temps, de sorte que, pour maintenir les doigts étendus sur les métacarpiens, les extenseurs des doigts doivent se contracter synergiquement, de manière à neutraliser cet abaissement des premières phalanges.
On voit combien sont complexes les combinaisons musculaires que l'on exécute ordinairement si facilement: aussi le malade atteint d'alaxie locomotrice les exécute-t-il de la manière la plus bizarre, quoiqu'il soit éclairé par la vue. Tout cela est vraiment difficile à décrire; je craindrais d'abuser du temps de mes lecteurs en analysant les autres mouvements pathologiques du membre supérieur. Il suffit, au re^le, d'avoir bien observé une fois ces mouvements désordonnés, pour ne plus s'y tromper, et reconnaître, pour ainsi dire, à distance la maladie à laquelle ils appartiennent.. .
B. Troubles de la locomotion occasionnés par In paralysie de la sensibilité musculaire et articulaire (2). — Revenons maintenant à la question de pathologie qui l'ait le sujet principal de ce sous-paragraphe : à l'étude des troubles de la locomotion occasionnés par la paralysie de la sensibilité musculaire et articulaire, comparés à ceux de l'ataxie locomotrice. Les considérations physiologiques précédentes
(1) L'inquiétude que témoigne l'ataxique de ne pouvoir conserver son équilibre, dans la station debout et la marebe, en tenant alors nécessairement son regard fixé sur ses pieds et sur le sol, me parait spéciale a l'ataxie locomotrice (je le démontrerai a l'occasion du diagnostic différentiel des affections cérébelleuses, et de l'ataxie locomotrice). C'est donc un signe objectif de cette maladie.
(2) Il est convenu que les troubles de la locomotion qui, dans ce sous-paragraplie, sont attribués uniquement à la paralysie de la sensibilité musculaire sont occasionnés principalement parcelle la de sensibilité articulaire, ce que j'ignorais et ce que je démontrerai bientôt.
et celles que j'ai exposées en traitant de la paralysie de la sensibilité musculaire et articulaire (§ IV, p. 770) abrègent, en l'éclairant, ce que j'ai à dire sur cette étude.
Les sujets atteints de la paralysie de la sensibilité musculaire et articulaire perdent en môme temps, pour la plupart, la sensibilité tactile aux extrémités, surtout à la face plantaire du pied et à la face palmaire de la main; ils ne peuvent, quand ils ne voient pas, marcher ou se tenir debout, parce qu'ils ne perçoivent pas la résistance du sol et qu'ils n'ont pas conscience des mouvements de leurs membres (1); ils remplissent aussi mal les autres fonctions musculaires dans l'obscurité.
Mais le jour, avec l'aide de la vue et avec une attention soutenue, les malades exécutent assez bien ces fonctions, et ils ne présentent aucun des troubles de la coordination des mouvements qui caractérisent l'ataxie locomotrice, et que j'ai décrits dans le sous-paragraphe précédent. Les faits de ce genre sont très-communs; on les observe chez des hystériques, dans des affections rhumatismales, dans certaines névroses; j 'en pourrais rapporter un grand nombre d'exemples choisis dans ma pratique et dans les faits que j'ai publiés; je me bornerai à emprunter à un mémoire de Landry (2) un fait semblable aux précédents et qui me paraît parfaitement et minutieusement observé, bien que l'auteur l'ait faussement interprété.
OBSEnvATioN CUV. - « Salle Saint-François, n° 12 (Beaujon), B... (Alphonse), quarante et un ans, enlré le 2 juillet 1851, pour une paraplégie ; analgésie et anesthésie incomplète. Aujourd'hui (20 novembre 18ol), à la visite, ce malade dit à M. Sandras que, lorsqu'il essaye de marcher, dès qu'il ne voit plus ses pieds, il ne sait où il les pose et ne peut mesurer leurs mouvements, ce qui est manifeste pour toutes les personnes présentes. Averti par ses paroles, j'ai examiné de nouveau le malade, et constaté ce qui suit. Le malade, ne regardant pas, je soulève l'un des membres inférieurs, je l'incline à droite, à gauche ; je l'élève, je 1 abaisse, soit en totalité, soit en partie. Il n'a absolument conscience d'aucun de ces mouvements.
« Je le fais marcher soutenu par deux personnes ; quand il regarde à ses pieds, il les pose assez facilement où il veut. Je le fais coucher, et je lui indique des points où je lui ordonne déporter le pied; il y arrive avec la plus grande précision, en regardant; au contraire, s'il cesse de voir aller ses jambes, le mouvement qu'il fait est bien dans le même sens, mais tellement, démesuré, qu'il dépasse de fort loin le but proposé; et le malade dit très-
(1) Nous savons aujourd'hui que, dans ce cas, le défaut de perception des mouvements des membres est dû à l'insensibilité articulaire, et non, comme le disait Cl,
S , «a. T.'T J6'6 C!'°yaiS encore au momeut où ïécrivais 'a précédente édition! en 1861, a 1 abolition du sentiment des muscles en action.
(2) Landry, Recherches physiologiques et pathologiques sur les sensations tactiles ^Archives générales de médecine, juillet 1852).
780 CnAP. XHf. — PARALYSIE DE QUELQUES PROPRIÉTÉS MUSCUL.
bien qu'il n'a pas conscience de l'ampleur du mouvement exécuté. L'électricité détermine de violentes contractions; il a le sentiment de la douleur électrique sur les parties sensibles des membres inférieurs, mais non celui de la contraction musculaire. 11 ne se doute nullement des mouvements étendus et très-énergiques que l'électricité fait exécuter à son pied dans tous les sens. Si, lui ordonnant de résister, je fais effort pour fléchir le membre inférieur tendu, je n'y puis parvenir. De même, quand il est averti, il supporte sur la face antérieure de la jambe un poids très-lourd, sans que le genou plie; mais il n'apprécie ni l'énergie de mon effort, ni la valeur du poids. Si au contraire, lui faisant fermer les yeux, et sans le prévenir, je renouvelle les mûmes essais, le membre fléchit, et n'a conscience ni de l'attouchement, ni du mouvement du membre, ni de l'etfort que j'ai déployé, ni de la pression d'un poids assez considérable (15 kilogrammes environ). Je dois dire ici que ce malade, appartenant à la classe moyenne de la société, d'un esprit cultivé, d'une intelligence trèssaine et développée, me rend parfaitement compte de tout ce qu'il (''prouve, et que ses réponses très-précises sont incapables d'induire en erreur. »
Ce fait, l'un des trois cas de paralysie de la sensibilité musculaire (et articulaire)rapportésdansle mémoire d e Landry, est parfaitement identique, on le voit, à ceux publiés par Ch. Bell ; il est des plus concluants.
Comparez-le maintenant aux cas d'ataxie locomotrice dont j'ai rapporté des cas analogues, et plus particulièrement à celui qui a été relaté dans l'observation GUI : vous remarquerez que le malade de Landry est complètement anesthésique et analgésique; qu'il n'a conscience d'aucun des mouvements qu'on imprime aux membres inférieurs, s'il ne les voit pas; que cependant, lorsqu'il marche et qu'il regarde à ses pieds, il les pose assez facilement où il veut, et que s'il est couché, et qu'on lui ordonne de porter les pieds dans certains points, il y arrive avec la plus grande précision en les regardant .Mon malade, au contraire, n'est pas complètement insensible comme celui de Landry ; on ne peut imprimer aucun mouvement à ses membres, sans qu'il en ait conscience, môme en ne les regardant pas; il jouit, comme l'autre, de toute sa force musculaire. Cependant, s'il veut marcher, il ne peut coordonner ses mouvements, quoiqu'il voie bien ses pieds; il jette alors ses membres dans tous les sens, de la manière la plus désordonnée, sans arriver à exécuter les différents temps de la marche, et, pour le maintenir dans la station, comme pour le faire marcher, il faut pour ainsi dire le porter. Ces désordres fonctionnels étaient évidemment produits parla désharmonie des antagonistes et parla désassociation des muscles qui président aux fonctions musculaires.
Je conviens que, dans les cas où les troubles de la coordination des mouvements et l'anesthésie musculaire et articulaire existent
ART. I. — l'AKALYSIE DE LA SENSIBILITÉ MUSC. ET AHT1C. 78 1
simultanément (ce sont les cas les plus fréquents), l'erreur est possible, si l'analyse des symptômes morbides n'est pas faile avec une grande attention. Mais lorsque l'ataxie des mouvements règne isolément, le diagnostic est, on le conçoit, des plus simples et des plus faciles. Ces cas ne me paraissaient pas fréquents, bien que, dans mon mémoire sur l'ataxie, j'eusse déclaré en avoir recueilli plusieurs. En mai 1860, j'en ai observé un nouvel exemple avec MM. Trousseau et Déguise père et fils.
Observation CLV. — Ataxie locomotrice à sa deuxième période, mtegrité parfaite de la sensibilité musculaire articulaire et cutanée. — Première période caractérisée seulement par les douleurs; pas de strabisme ni d'amawose. — Obligé de me resserrer et craignant d'inquiéter le malade qui pourrait se reconnaître dans la relation, de ce fait je n'en exposerai pas les détails. Je dirai seulement qu'à' l'aide de ce fait, j'ai démontré au professeur Trousseau la différence et l'indépendance complète des troubles de la locomotion dus à L'insensibilité musculaire (dites paralysie du sens musculaire) d avec les troubles fonctionnels occasionnés par la désharmonie des antagonistes et par Iadésassocialion musculaire, pendant les mouvements volontaires, et qui sont un des caractères principaux de 1 ataxie locomotrice progressive. Nous avons constaté, en effet que ce malade percevait parfaitement le sol, dans la station et la marcheque la plante de ses pieds était très-sensible au simple chatouillement ou à la pression ou à la température ; qu'aux jambes et aux cuisses, la peau et les muscles jouissaient également de leur sensibililé normale, et que cependant la coordination des mouvements v eta.t profondément lésée. Ainsi, le jour il ne pouvait se tenir debout sans osciller considérablement; lorsqu'il marchait, il jetait les membres d'une manière désordonnée, sans pouvoir modérer ou régler son pas. Dans l'obscurité, ces troubles de la coordination étaient encore augmentés, car il lui était alors impossible de se tenir debout ou de marcher. (Ce fait offrait aussi un autre intérêt, car la vue du sujet n'avait pas encore été troublée par la diplopie ni par l'amaurose ; les douleurs fulgurantes et térébrantes étaient les seuls phénomènes initiaux qui se fussent montrés dans la première période )
Depuis la publication de ce dernier fait, j'en ai rencontré une douzaine de cas dans les hôpitaux, sur lesquels j'ai attiré l'attention des personnes présentes aux visites des chefs de services, au point de vue du diagnostic différentiel.
En somme, ces faits d'ataxie locomotrice progressive et ceux de paralysie de la sensibilité musculaire et articulaire quej'ai exposés diffèrent essentiellement entre eux; il faudrait vraiment fermer les yeux à la lumière, pour ne pas les distinguer les uns des autres aussi n'insislerai-je pas davantage sur cette question.
782 CHAI'. XIH.— PARALYSIE DE QUELQUES PBOPKIÉTÉS MUSCUL.
Aux membres supérieurs, la perle de la sensibilité musculaire et arliculaire occasionne des troubles fonctionnels qu'on ne saurait non plus confondre avec les désordres de l'ataxie locomotrice. Combien d'hystériques, par exemple, n'ai-je pas vues exécutant régulièrement les mouvements habituels dans les divers usages de la main, et chez lesquelles je n'aurais pas soupçonné l'anesthésie dont elles étaient atteintes si je n'avais pas interrogé directement l'état de leur sensibilité tactile musculaire et articulaire? Elles étaient seulement maladroites; elles laissaient tomber les objets qu'elles tenaient entre leurs doigts, si elles ne les regardaient pas, parce qu'elles avaient perdu la sensibilité tactile; ou bien elles les brisaient, quand ils étaient fragiles, parce qu'elles avaient perdu leur sensibilité musculaire et articulaire. C'est ce que je démontrerai par la suite.
En résumé, il est démontré par les faits et les considérations exposés dans ce paragraphe, que les troubles de la coordination des mouvements, de la désharmonieetde la désassociation motrice, observés dans l'ataxie locomotrice, ne sauraient être confondus avec les désordres fonctionnels produits uniquement par la paralysie delà sensibilité musculaire et arliculaire.
ARTICLE II
PARALYSIE m LA CONSCIENCE MUSCULAIRE OU DE l' APTITUDE MOTRICE INDÉPENDANTE DE LA VUE.
J'ai eu occasion d'observer des sujets privés de la sensibilité de la peau, des muscles, des articulations, des os, des nerfs, chez lesquels, en un mot, il était impossible de provoquer artificiellement la moindre sensation sur les membres et sur le corps.
Cesanesthésies profondes, souvent limitées à un seul membre ou à une région du corps, étaient cependant quelquefois généralisées et affectaient en même temps, dans certains cas, un ou plusieurs sens (la vue, rouie, l'odorat, le goût). Bien que j'aie vu cette insensibilité se développer, chez l'homme, sous l'influence de causes rhumatismales, c'est principalement dans l'hystérie que je l'ai rencontrée fréquemment ; j'en ai rapporté plusieurs exemples dans une série de mémoires publiés ou présentés depuis 1849 à nos Académies de science et de médecine. J'ai dit alors comment il m'avait été possible de constater dans ces cas, au moyen de la faradisation localisée, que chacun des organes était frappé d'insensibilité. J'ai ramené, dans ces cas, la sensibilité, tantôt clans la peau, en laissant les organes qu'elle recouvre dans leur état d'insensibilité, et tantôt dans les muscles, les os, etc., sans rappeler la sensibilité eu-
tance. Si je me suis borné, à cette époque, à relater ces faits pathologiques et ces expériences électro-pathologiques, sans parler de 1 influence que ces différents états de la sensibilité musculaire avaient exercée sur lacontractilité volontaire, c'est parce que ces faits m avaient offert un ordre de phénomènes étranges, peu en harmonie avec les idées reçues en physiologie, et qui paraissaient peu orthodoxes et parce que je voulais multiplier mes expériences et mes observations cliniques, avant d'en publier les résultats. Aujourd'hui, eues sont assez nombreuses et mûries par le temps et la réflexion • je vais en exposer le résumé.
Les sujets qui n'ont perdu que la sensibilité cutanée, sont analgésies ou anesthôsiques, c'est-à-dire qu'ils ont perdu toute espace de sensibilité tactile, et qu'ils ne sentent pas la douleur provoquée par la piqûre, la brûlure ou par l'excitation électro-cutanée; mais ils sentent la pression ou le pincement de leurs muscles. les coups portés sur leurs membres; ils perçoivent les mouvements mécaniques qu'on leur imprime, l'étendue des mouvements qu'ils exécutent eux-mêmes, la résistance que l'on oppose à ces mouvements, la pesanteur; chez eux, enfin, la contractilité volontaire n éprouve aucun trouble dans son action physiologique.
Si à a perte de la sensibilité de la peau s'ajoute celle des organes qu elle recouvre (des muscles, des os, des articulations, des
enrnrM ° IT n0,,-Seu,ement les tables exposés ci-dessus, mais encore les phénomènes suivants : les coups les plus violents, portés su les masses musculaires du membre anesthésié, ne sont pas ressentis par le nialade; s'il se trouve dans l'obscurité, ou si onPempêcne de voir, il ne perçoit pas la position de ce membre, ni les mouvements les plus brusques qu'on lui imprime ou qu'il exécute luimême; s il a perdu la sensibilité musculaire etarticulaire, l'excitation ectnque directe de ses muscles, de ses nerfs, ne provoque aucune sensation, quelque intense et rapide que soit le courant d'induction,
S TSC,eS SG COntractent a^c «ne grande énergie, sous son influence. J'ai exposé tous ces faits dans l'article précédent.
tenZ^'A Une aUlFe Séne de Phénomènes morbides qui me paissent démontrer l'existence d'une propriété musculaire que •'ppellerai conscience musculaire, servant à l'accomplissement des mouvements volontaires. Ces phénomènes ont une haute portée, an point de vue physiologique, surtout quand on les soumet an
rPm t , r"^6"068 électro-P«thoIogiques que j'ai à relater. Leui étude fera le sujet de cet article.
Une seule objection invaliderait, si elle était fondée, ces faits et its expériences qu, vont suivre: je dois donc la prévenir. On pourai craindre, en effet, que les sujets de ces observations aient simulé 1 insens.b.hté. Pour répondre à cette objection, je dirai que
784 CIIAP. XIII. — PARALYSIE DE QUELQUES l'KOPHIÉTÉS MUSCUL.
je rue suis tenu en garde contre cette cause d'erreur, et que, avant d'admettre les phénomènes accusés parles malades, je n'ai jamais négligé de leur faire subir l'épreuve de l'excitation électro-cutanée ou musculaire, épreuve qu'on rend au besoin plus sensible que celle du feu. Sur ce point, l'erreur n'a donc pas été possible. J'ajouterai que, dans tous les cas analogues recueillis par moi, les phénomènes ont été identiques. Quant aux illusions auxquelles j'aurais pu me laisser entraîner, j'espère avoir offert toutes les garanties possibles en expérimentant publiquement et en présence de savants confrères dont le nom seul est une autorité.
Je vais exposer les observations qui forment la base de ces recherches et je les ferai suivre de considérations qui ont trait au sujet de cet article ; puis je résumerai, dans des conclusions générales, les faits principaux qui en découlent.
Observation CLVI. — Vers la fin de 1848, un malade d'environ une quarantaine d'années se présente à ma consultation pour se faire traiter de très-anciennes douleurs qu'il éprouvait dans les membres inférieurs. Il en avait aussi ressenti jadis dans les membres supérieurs, dans le cou et dans le dos; la peau de ces régions était aussi, disait-il, très-sensible au toucher et au frottement de la chemise. Depuis plusieurs mois, ces douleurs avaient disparu et avaient fait place à une insensibilité complète des membres supérieurs. Aux pieds comme aux mains, il avait perdu la sensibilité tactile. 11 avait conservé l'intégrité de ses mouvements, bien qu'il éprouvât une grande gêne pour marcher, à cause de l'insensibilité de ses pieds. Mais la nuit, disait-il, il était paralysé du memb/e supérieur droit. Le caractère intermittent de cette paralysie locale avait paru indiquer l'emploi du sulfate de quinine, qui lui fut ordonné par son médecin, sans que son état en fût modifié. Enfin, il attribuait sa maladie à son état de jardinier, qui l'obligeait d'avoir presque continuellement les pieds et les mains dans l'eau. Telle est l'histoire qu'il me raconta.
Je constatai alors que le membre supérieur droit était entièrement anesthésié, quelque moyen que j'employasse pour exciter la peau ou les tissus sous-jacents, voir même l'excitation électro-cutanée la plus intense. Je vis aussi que la sensibilité était considérablement diminuée dans le membre supérieur gauche, et dans les pieds, mais qu'elle n'y était pas entièrement perdue ; que sa marche était mal assurée, bien qu'il se sentît fort et pût faire de longues marches sans fatigue. Les membres supérieurs avaient conservé tous leurs mouvements; leur force était égale des deux côtés; mais il ne savait plus distinguer les corps lourds des corps légers. lorsqu'il se servait de celui du côté droit. 11 est un autre phénomène que je dois mentionner, malgré sa bizarrerie, par ce qu'il me mit sur la voie d'un nouvel ordre de faits jusqu'alors inconnus dans la science. Le malade, qui gesticulait beaucoup en me parlant, maintenait cependant son bras droit immobile le long du corps. Lorsque je lui en fis l'observation, il se mit à le mouvoir, mais en le regardant, et ses gestes n'étaient pas naturels. Alors, je lui dis de me donner la main, en le priant de fixer son regard du côté
opposé. A mon grand élonnement, le membre ne bougea pas, bien que le malade crût m'avoir donné la main ; ensuile, reportant sa vue sur elle, il me la présenta vivement et serra fortement la mienne.
Ce fait frappa mon esprit ; cependant, me révoltant, pour ainsi dire, contre sa bizarrerie, je ne poussai pas plus loin mon examen, et je ne songeai qu'à débarrasser mon malade de ses douleurs, seul service qu'il attendît de moi.
Je n'entendis plus parler de ce malade dont j'avais négligé de prendre le nom et l'adresse ; je l'avais même entièrement oublié, lorsqu'un second fait analogue vint me le rappeler quelques mois après.
Observation CL VU. — 11 s'agissait d'une paraplégie motrice qui survenait seulement dans l'obscurité, chez une femme dont les membres inférieurs étaient complètement insensibles. Ainsi, disait-elle, elle ne pouvait se référer de sa chaise, lorsqu'elle était surprise par la nuit. Étant couchée, il lui était impossible de mouvoir ses membres inférieurs. Et cependant elle marchait assez bien le jour, et restait longtemps debout sans se fatiguer. Je constatai encore qu'e//e ne pouvait mouvoir ses membres inférieurs qu'à la condition de les regarder.
L'excitation électro-cutanée et musculaire fit disparaître assez vite ces troubles de la molilité et de la sensibilité.
Bien que je n'eusse pas saisi d'abord toute l'importance des deux faits cliniques que je viens d'exposer succinctement et que je les eusse observés fort légèrement, il me parut en ressortir que, dans certaines conditions morbides, les mouvements volontaires ne pou~ vaient s'effectuer sans le secours de la vue, et que celte condition était peut-être l'auesthésie complète des membres. Je me mis dès lors à observer, dans celte direction, tous les aneslhésiques que je rencontrai dans les hôpitaux. J'en vis un bon nombre dont la sensibilité était complètement abolie, et qui cependant pouvaient mouvoir leurs membres sans les regarder.
J'ai rapporté des observations de ce genre dans l'article précédent ; mais parmi ces aneslhésiques, il y en eut quelques-uns chez lesquels la conlractilitc volontaire était plus ou moins enrayée lorsqu'à leur insensibilité s'ajoulaitla privation de la vue. Je n'exposerai pas ces derniers faits et les expériences très-variées auxquelles ils donnèrent lieu, parce qu'ils se résument dans l'observation suivante; je vais la rapporter avec quelques détails.
Observation (XVIII. — Pelletier (Désirée), âgée de dix-huit ans, brodeuse, d'une bonne constitution, d'un tempérament lymphatique, réglée à quatorze ans, mais peu abondamment et irrégulièrement. Sa mère est morte paralysée des membres inférieurs à quarante et un ans. A onze DtciiENNE. — 3e édition. oO