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d'activité musculaire à ces phénomènes, c'était soutenir, contrairement à toute logique, Yidenlité des faits pathologiques dam lesquels, par le fuit de la suspension de la vue, la motilité est complètement abolie, et de ceux dans lesquels les mouvements peuvent toujours être exécutés sans F aide de la vue.
J'aurais pu appeler ce phénomène aptitude motrice indépendante de la vue, puisque, dans les faits pathologiques qui l'ont mis en lumière, les malades avaient perdu cette propriété. Cette dénomination, qui n'est que l'expression du fait, eût été irréprochable ; malheureusement elle était trop longue, et je n'ai pas trouvé un mot simple qui pût remplacer cette circonlocution. Alors je lui ai préféré une dénomination courte qui rappelle la théorie de ce phénomène musculaire, telle du moins que je la conçois.
Je vais dire comment j'en comprends le mécanisme. Il est évident que chez tous les sujets qui ont été atteints de l'affection que j'ai appelée paralysie de la conscience musculaire, la volonté n'avait le pouvoir de mettre les muscles en contraction qu'à une seule condition, c'était qu'elle fût éclairée par la vue. On savait déjà que le sens de la vue exerce une grande influence sur la motilité. Tout le monde connaît l'expérience curieuse de M. Chevreul, qui démontre cette influence de la vue sur le mouvement. On connaissait aussi, depuis les recherches de Ch. Bell, le concours important que la vue apporte à l'exercice des mouvements, puisque celte faculté, qui ne peut avoir lieu normalement dans l'obscurité, quand la sensibilité musculaire et articulaire est paralysée, recouvre toute sa liberté d'action par le seul concours de la vue. Mais on ignorait que le pouvoir du sens delà vue allât jusqu'à permettre intégralement la contractilité volontaire, alors que, dans certaines conditions pathologiques, elle était complètement suspendue.
La pathologie nous montre donc que le mécanisme des mouvements volontaires n'est pas aussi simple qu'on le croyait en physiologie. Elle nous apprend que, pour que la volonté puisse produire un mouvement, il ne suffit pas que le cerveau, l'organe moteur, ait conservé la propriété de faire osciller ou vibrer la matière impondérable (le fluide nerveux) qui provoque la contraction musculaire ; qu'il ne suffit pas que la moelle, les nerfs et les muscles jouissent de leur excitabilité, mais qu'il faut, pour que les ordres moteurs de la volonté soient exécutés, que le cerveau soit encore éclairé ou par la vue ou par une autre faculté spéciale qui puisse au besoin suppléer le sens de la vue. Il ressort en effet des faits pathologiques que j'ai rapportés, que, sans celte dernière faculté ou sens (comme on voudra l'appeler), nous ne pouvons pas nous mouvoir dans l'obscurité; que nous ne pouvons exécuter le moindre mouvement, sans que le regard se fixe sur le membre et même sur la partie du
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membre à mettre en mouvement, à tel point qu'il serait impossible, par exemple, de fermer ou d'ouvrir les deux mains à la fois, et que ces deux mouvements ne se feraient qu'alternativement et nécessairement avec le concours du regard et de l'attention.
Celte faculté qui paraît résider dans le muscle (puisqu'on peut la rappeler par la faradisalionde ce muscle, quand elle est abolie); qui n'est pas la sensibilité musculaire; qui établit une relation intime entre le muscle et le cerveau ; qui enfin permet à celui-ci de provoquer le mouvement sans l'intervention de la vue, j'ai cru bien l'exprimer par le nom de conscience musculaire. Mais cette dénomination, comme je l'ai déjà reconnu, ne repose que sur une théorie. Si celle-ci n'est pas exacte (ce que l'avenir jugera), qu'on cherche une autre dénomination ; je fais bon marché de la mienne. Je défends seulement ici le fait physiologique et pathologique que je crois acquis à la science.
Conclusions.
I. Il paraît exister une sorte de sens qui siège dans le muscle, qui sert à l'accomplissement de la contraction musculaire volontaire, et qui, dans l'absence de la vue, éclaire, pour ainsi dire, le cerveau, avant que ce dernier, excité par les ordres de la volonté, provoque la contraction musculaire.
IL 11 ne faut pas confondre la conscience musculaire qui, dans l'acte des mouvements volontaires, semble précéder et déterminer la contraction, avec la sensation qui donne le sentiment de la pesanteur, de la résistance, etc., et qui a été appelée sens musculaire par Ch. Bell, et sensation d'activité musculaire par Gerdy. Cette dernière sensation est le résultat ou le produit de la contraction musculaire; l'observation clinique m'a démontré récemment que celte sensation est un phénomène qui dépend plutôt de la sensibilité articulaire que de la sensibilité musculaire.
(II. La conscience musculaire peut exister indépendamment de la sensation d'activité musculaire.
IV. Elle est nécessaire à la contraction musculaire volontaire et à la cessation de cette contraction . Cependant le sens de la vue est l'auxiliaire de la conscience musculaire qu'il peut suppléer.
V. La perte de la conscience musculaire et du sens de la vue est nécessairement suivie de l'abolition des mouvements volontaires.
ARTICLE III
PARALYSIE DE LA CONTRACT1LITÉ Él.ECTRû-MUSr.lf.AntK, OU INDÉPENDANCE MU- TUELLE DE LA CONTRACTII.ITÉ VOLONTAIRE ET DE LA CONTRACTILITÉ ÉLECTRO- MUSCULAIRE.
Il est aujourd'hui avéré qu'un muscle peut ne plus se contracter,
794 CnAP. XIII. — PARALYSIE DE QUELQUES PROPRIÉTÉS MUSCUL.
d'une manière appréciable, par l'excitation électrique, quoiqu'il se contracte sous l'influence de la volonté et que sa force paraisse normale. Il existe donc une paralysie de la coniractilité électromusculaire; c'est un fait démontré par les expériences électropathologiques exposées précédemment. Il me semble aussi acquis à la science, parce qu'il a été confirmé par d'autres observateurs, et même par un observateur qui s'était imposé la tâche de contredire mes recherches, dans ce qu'elles ont de plus incontestable ou bien d'en combattre les déductions que j'ai essayé d'en tirer. « Dans certaines paralysies, dit-il, rien n'est plus vrai; le mouvement volontaire reparaît avant que l'électricité décèle un changement notable dans l'état de l'irritabilité (I).» Je me bornerai dans cet article à reproduire ici textuellement un extrait de l'article que j'ai publié sur ce sujet dans les premières éditions (pp. 402, 18oo et 329, 1861). On verra que je n'ai rien exagéré et que j'ai exposé les faits tels qu'ils se sont présentés à mon observation.
L'irritabilité (2) n'est pas nécessaire a la motilité, tel est le titre d'un mémoire adressé par moi à l'Académie des sciences en 1846.
Si l'on se rappelle les grandes et savantes discussions soulevées par l'irritabilité hallérienne, qu'on a cru jusqu'à présent inséparable de la vie, la proposition écrite en tôle de cet article doit exciter l'incrédulité.
Personne, en effet, n'avait songé à contester le rôle important qu'HalIer a assigné à l'irritabilité. S'il est vrai que les physiologistes se soient divisés sur le siège de cette propriété, et qu'ils se soient engagés, à ce sujet, dans de vives et interminables discussions, d'un autre côté, ils se sont tous tellement bien accordés sur l'importance de l'irritabilité pour les fonctions musculaires, qu'il n'est venu à la pensée d'aucun d'eux de douter de l'union intime de la coniractilité électrique et de la coniractilité volontaire.
Aujourd'hui, cependant, m'appuyant sur des faits nouveaux et nombreux, constatés publiquement dans les services cliniques des hôpitaux, souvent en présence des hommes les plus éminents, je persiste h dire que l'intégrité de la coniractilité électro-musculaire ri 'est pas nécessaire à l'exercice des mouvements colon/aires.
Voici dans quelles circonstances on observe les phénomènes desquels j'ai déduit la proposition que je viens de formuler.
Certaines paralysies sont caractérisées par la perle de la coniractilité électro-musculaire; parmi elles, je citerai la paralysie saturnine, la paralysie consécutive aux lésions trauniatiques des nerfs,
(1) Landry, Traité complet des paralysies, p. 231.
(2) Est-il besoin de dire qu'il s'agit ici de la contractilité provoquée artificiellement, et surtout de la contractilité électro-musculaire.
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la paralysie de la septième paire et la paralysie générale spinale.
Au début de mes recherches, je m'attendais à voir, dans ces cas, reparaître parallèlement la contraclilité volontaire et la contraclilité électro-musculaire, sous l'inlluence du traitement; il n'est pas un physiologiste qui admette la possibilité du contraire. Cependant j'ai constamment vu la contraclilité électrique rester longtemps dans le môme état, c'est-à-dire abolie ou très-notablement affaiblie, alors que les muscles avaient recouvré leurs mouvements volontaires.
Je ne fatiguerai pas le lecteur de la relation de tous ces faits observés en trop grand nombre (plus d'une centaine) pour trouver place dans cette note, et dans lesquels j'ai répété mes expériences publiques à satiété. Néanmoins je ne puis me dispenser d'en exposer quelques exemples, afin qu'il soit bien convaincu de la rigueur de mes déductions, et pour qu'il puisse en contrôler lui-même l'exactitude, dans des cas analogues. Comme exemples et à l'appui de la proposition qui découle de mes recherches et de mes expériences électro-cliniques, à savoir, qu'il existe une paralysie de la contractilité électro-musculaire, indépendante de la contraclilité volontaire, ou, en d'autres termes, qu'au point de vue physiologique, la contractilité électro-musculaire peut être éteinte et la contractilité volontaire s'exercer normalement, comme exemples, dis-je, j'ai relaté des faits cliniques dans la seconde édition (1), qui datent de mes premières recherches (de 1847 et 1848). Voici les sommaires de deux de ces cas; je ne produirai ensuite que les réflexions dont je les ai fait suivre.
Observation CLIX. — Pastoli, peintre en bâtiments, âgé de 21 ans, entré à l'hôpital de la Charité en 1847 (service du professeur Bouillaud). — Paralysie saturnine des avant-bras. — Absence complète de la contractilité électrique, appréciable mê me par l'électro-puncture, dans les muscles paralyses. — Retour des mouvements volontaires par la furadisalion localisée, et persistance de l'abolition de la contractilité électro-musculaire.
Observation CLX. — Guillemard, 24 ans, exposé par sa profession à l'intoxication saturnine, entré à l' Hôtel-Dieu (service clinique de Chomel) en mars 1848. — Paralysie saturnine avec absence de la contractilité électrique même par l'électro-puncture. — Retour de la contractilité volontaire par la faradisation musculaire et de quelques contractions fibrillaires provoquées par l'électro-puncture.
En voyant chez le sujet de l'observation CLIX les muscles autrefois atrophiés présenter à mon examen un développement considérable, et se contracter avec force sous l'influence de la volonté, on ne les aurait pas soupçonné atteints d'une grave lésion vitale, privés de leur irritabilité électrique.
(I) Duchenne (de Boulogne), Èlect. loc, obs. LX et LXI, 1861.