‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et à la thérapeutique par courants induits et par courants galvaniques interrompus et continusChapitre 317 sur 505 · CHAP. XIII. — PARALYSIE DE QUELQUES PROPRIÉTÉS MUSCUL · texte numérisé non relu

CHAP. XIII. — PARALYSIE DE QUELQUES PROPRIÉTÉS MUSCUL

ment, sans l'aide de la vue, puisque le rétablissement de cette faculté a été parfaitement limité à chacun des muscles qui avaient reçu cette excitation directement, il est permis d'en conclure que cette espèce de faculté motrice, indépendante de la vue, siège dans les muscles, à moinsque l'onnediseque l'excitation faradique, quoique localisée dans le muscle, a exercé, par l'intermédiaire de son nerf propre, une action sur un point du centre nerveux qui envoie le mouvement à ce muscle. Mais de ces deux hypothèses la première me paraît la plus vraisemblable.

On a remarqué que la faradisation musculaire a rétabli à la fois et la sensibilité musculaire et l'aptitude motrice indépendante de la vue. Il semblerait alors rationnel, au premier abord, d'en conclure que la sensibilité musculaire (ou sens musculaire de Ch. Bell) et que l'aptitude que possède le muscle à se contracter volontairement et indépendamment de la vue (la conscience musculaire), sont absolument identiques, et que la paralysie de la seconde est seulement un degré plus avancé de la première. C'est une objection qui m'a été faite. Il me sera facile de démontrer qu'elle n'estque spécieuse. On n'a pasoublié, enetfet, que des sujets privés complètement de sensibilité (ni le feu, ni la faradisation, niles coups, ni les mouvements les plus violents, imprimés à leurs membres, ne provoquaient la moindre sensation, et s'ils avaient alors les yeux fermés, ils ne percevaient pas les violences exercées sur ces membres), que ces sujets, dis-je, pouvaient cependant exécuter, même avec force, toute espèce de mouvements dans l'obscurité. Ils avaient seulement perdu alors toute espèce de sensibilité (la sensibilité musculaire, articulaire et cutanée.) Cotiséquemment si leurs membres venaient ensuite à être frappés de paralysie absolue, par le seul fait de la suspension de la vue, il serait irrationnel, pour ne pas dire absurde, de l'attribuera un plus haut degré de paralysie de la sensibilité musculaire.

On doit donc seulement conclure de ce qui précède que la faradisation musculaire qui a modifié l'état de la paralysie de la sensibilité des muscles et des articulations, a modifié en même temps l'état paralytique de l'espèce d'aptilude motrice que j'ai appelée conscience musculaire.

Quelle critique acerbe m'a déjà value celle dernière dénomination ! Examinons donc si elle était nécessaire et si elle est juste.

1° A tout phénomène nouveau ou inconnu dans la science, il faut une dénomination nouvelle. Sinon, comment le désigner, dans le discours ou dans le langage, autrement que par une définition ou une circonlocution ?

Or, le phénomène physiologique et pathologique qui fait l'objet de ce paragraphe est incontestable. Il a déjà subi l'épreuve du temps et de l'observation clinique, car, depuis la publication de mon pre-

mier travail sur cette question (depuis 1856), des faits nouveaux sont venus corroborer mes premières observations. L'un d'eux a été recueilli à l'hôpital de la Charité; je l'ai publié en 1859(1). Un second cas, recueilli à FHôtel-Dieu, service de Jobert (de Lamballe), a fait le sujet d'une note intéressante publiée par M. le docteur Martin Magron (2), qui l'a interprété, au point de vue physiologique, dans un sens favorable à l'existence réelle de cette propriété musculaire (dont il a critiqué, peut-être avec raison, je l'avoue, la dénomination que je lui ai donnée).

Non-seulement ce phénomène est incontestable, mais il est nouveau dans la science. Ce fait est reconnu par tout le monde, même par Landry qui a le plus vivement combattu les déductions que j'en ai tirées (3).

Le phénomène physiologique et pathologique dont je défends l'existence étant incontestable et nouveau dans la science, il lui fallait une dénomination distinctive.

2° La dénomination que j'ai choisie (conscience musculaire) estelle juste? La meilleure est, à mon sens, toujours attaquable, et je pressentais quej'allais prêter le flanc à la critique en donnant un nom au phénomène musculaire dont je venais de découvrir l'existence. Comme il a été attaqué, je dois dire pourquoi je l'ai adopté, bien que je sois prêt à en faire le sacrifice, si l'on en trouve un autre qui soit plus juste.

Donner le nom de sens musculaire de Ch. Bell ou de sentiment

(1) Duchenne, Mém. sur Vataxie locomotrice progressive [Archives générales de médecine, 1859).

(2) Gazette médicale, 1859.

(3) Voici en quels termes il a reconnu l'existence réelle du phénomène dont il est question : « Il paraîtrait même que dans certains cas ils (les malades dont j'ai rapporté les observations) perdent la faculté de se mouvoir, lorsqu'on les prive de la vue... C'est à M. Duchenne [de Boulogne) qu'est due la découverte de cette particularité intéressante. Je n'ai pas eu l'occasion d'observer ce fait aussi nettement que M. Duchenne. Il est cependant impossible de le nier, en présence des détails si précis fournis par cet observateur. » (Moniteur des hôpitaux, 1858, p. 1198.)

Depuis la relation des faits cliniques dont il a été question dans cet article (obs. CLVIII), j'en ai rencontré plusieurs autres analogues dans ma pratique civile et dans les hôpitaux. Je ne mentionnerai que ces derniers, parce qu'ayant été observés publiquement dans des services très-fréquentés, ils offrent un caractère d'authenticité désirable. J'en ai vu deux cas dans le service de M. le professeur Lasègue, qui ea a fait le sujet d'une note fort intéressante (*). J'en ai observé aussi plusieurs cas types à l'hôpital du Midi, en 1870, chez lesquels, ayant répété les expériences qui ont été relatées dans l'observation CLI1I, nous avons rencontré les phénomènes qui caractérisent l'abolition de l'aptitude motrice indépendante de la vue. Dans l'une de ses leçons cliniques à l'hôpital de Lourcine, M. Fournier a fait constater par ses nombreux élèves, chez trois femmes de son service, ces singuliers troubles fonctionnels. L'une de ces malades, S. D., âgée de 17 ans, est encore couchée aun° 18 de la salle St-Clément, où elle est entrée en septembre 1871. (Service de M. Dumont Pallier.)

(*) O.h. Lasègue, De l'anesthésie et de Vataxie hystérique (Arch. gén. de Méd., avril, 1864 p. 334, 402).

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