ART. II. — PARALYSIE DES NERFS MOTEURS DE LOEIL
Observation CLXXVIII. — En 1800, j'ai vu en consultation avec Trousseau un prince Russe, atteint depuis huit ans d'une ataxie progressive parfaitement caractérisée, et dont la vue était encore excellente dans chaque œil, bien qu'il eût présenté, au début de cette maladie, une paralysie de la troisième paire droite, dont il avait été, disait-il, guéri depuis six ans par deGraefe. Son strabisme, quand il existait, n'était pas compliqué d'amblyopie.
Observation CfXXIX. — M. le professeur G. Sée m'a fait appeler, en 1860, chez un sujet affecté depuis six ans d'une ataxie musculaire progressive à sa troisième période, et qui, au début, avait eu une paralysie de la troisième paire, dont il avait été, disait-il, guéri après six mois de traitement. Il lui était resté seulement un peu de faiblesse dans l'élévation de la paupière supérieure. Mais il n'avait jamais eu d'amblyopie, et sa vue était encore très-bonne au moment où j'étais appelé à lui donner des soins.
Aujourd'hui que l'on sait que les noyaux et les filets originels des nerfs moteurs de l'œil remontent assez haut dans la protubérance où ces derniers s'entrecroisent, qui pourrait assurer qu'une paralysie bien localisée dans un de ces nerfs, et simple en apparence, n'est pas le début d'une paralysie qui plus tard s'étendra aux membres, soit du même côté, soit du côté opposé (paralysie alterne)? Ainsi par exemple, j'ai rapporté précédemment un cas de paralysie alterne (Obs. CLXX), ayant débuté par la paralysie de la cinquième paire et qui avait atteint la septième et ensuite la sixième paire.
En résumé, les faits et les considérations que je viens d'exposer démontrent qu'il est difficile, pour ne pas dire impossible, de distinguer la paralysie simple ou parfaitement locale des nerfs moteurs de l'œil de celle qui est symptomatique d'une autre affection musculaire grave.
A. — La faradisalion localisée est quelquefois contre-indiquée dans le traitement des paralysies des nerfs moteurs de l'œil, bien qu'elle puisse être aussi, dans certains cas, d'une utilité incontestable.
Il est évident que personne ne la conseillera, lorsque l'on aura quelque raison pour attribuer la paralysie à un travail hypérémique, ou à un ramollissement ou à une hémorrhagie siégeant dans un point de la protubérance.
Si la paralysie est présumée ou reconnue de cause syphilitique, c'est-à-dire produite par une compression exercée sur le nerf par une exostose ou par une tumeur gommeuse, etc., c'est la médication spécifique qui, avant tout, est indiquée. Des guérisons ducheisne. — 3° édition. 56
de certaines paralysies syphilitiques, par l'iodure de potassium seul ou associé à des préparations mercurielles, ont été publiés par les journaux de médecine. M. J.-Ch. Beyran a rapporté six cas de guérison de paralysie syphilitique de la sixième paire par l'iodure de potassium (1). Mais il peut arriver que le traitement spécifique soit insuffisant; qu'il faille recourir alors à la faradisation pour obtenir la guérison, ainsi que j'ai eu l'occasion de l'observer, entre autres, chez un malade qui me fut adressé en 1856 par Gibert, médecin des hôpitaux. Alors la paralysie est analogue à une paralysie traumalique de,s nerfs, dans laquelle on voit, après la lésion de ces nerfs par compression, par contusion, et lorsque celle-ci n'existe plus, la paralysie persister cependant, et guérir ensuite par la faradisation localisée.
Dans un bon nombre de cas j'ai obtenu, par la faradisation localisée et en quinze à vingt séances, la guérison de paralysies des nerfs moteurs de l'œil dont la cause était restée inconnue et qui me paraissait simple. Je n'en fais pas la relation, parce que je suis forcé de me resserrer, pour que mon livre ne soit pas trop volumineux. J'en rapporterai seulement brièvement une qui m'a été présentée par Paul Dubois.
Observation CLXXX. — Une demoiselle âgée de vingt-quatre ans, d'une bonne santé habituelle, ayant seulement des migraines depuis plusieurs années, avait été atteinte tout à coup, sans cause appréciable, d'une diplopie d'abord légère, et qui avait augmenté graduellement pendant quelques jours. En même temps son œil se tournait en dedans, sans qu'il lui fût possible de le mouvoir en dehors. Des sangsues appliquées à la tempe et derrière l'oreille du côté paralysé, des vésicatoires promenés sur ces mêmes régions, des purgatifs, enfin le sulfate de strychnine par la méthode endermique furent employés successivement, sans produire aucune modification dans l'état de la paralysie. Trois mois après le début de cette paralysie, la famille se décida à la conduire à Paris, où M. Dubois consulté d'abord me fit appeler à lui donner des soins. Je constatai alors une paralysie de la sixième paire, et nous arrêtâmes, M. Dubois et moi, que la faradisation localisée serait immédiatement appliquée. Les résultats de ce traitement furent immédiats, et progressifs : en une vingtaine de séances, la guérison fut complète; elle s'est maintenue jusqu'à ce jour.
C'est incontestablement à la faradisation localisée que l'on doit attribuer la guérison de cette paralysie, comme dans toutes les paralysies des nerfs moteurs de l'œil où je l'ai vue agir de la même manière. Mais pourrais-je affirmer que cette guérison est définitive;
(1) Beyran, Note sur la paralysie syphilitique de la iixième paire. (Union médicale, 7 et 21 juillet ISCO.)
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que tout est fini ; que celle guérison n'a pas été un phénomène initial el symptomatique d'une autre affection musculaire et surtout de l'ataxie locomotrice progressive? Les faits cliniques que j'ai exposés dans ce livre ne me permettent plus d'en répondre.
B. — Quelques mots seulement sur le procédé opératoire. Une petite tige métallique (d'argent ou de maillechorl) longue de o à 6 centimètres, d'un demi-millimèlre de diamètre, isolée par une couche de gulta-percha ou de gomme laque jusqu'à un centimètre de ses extrémités, dont l'une est terminée par une olive d'un millimètre de diamètre, destinée à être introduite sous l'une ou l'autre paupière, et l'autre par un bouton à vis qui est mis en communication avec l'un des électrodes de l'appareil. Tel est le rhéophore dont je me suis toujours servi pour la faradisation localisée des muscles moteurs de l'œil (1). Le contact du bord libre des paupières avec tout corps étranger est tellement sensible, qu'il en provoque presque toujours des spasmes. Pour éviter ce contact avec le rhéophore, il suffit d'écarter la paupière du globe oculaire, en tirant sur la peau qui la recouvre et que l'on pince entre le pouce et l'index, puis d'introduire, sous la paupière ainsi soulevée et dont on évite de toucher le bord, l'extrémité olivaire du rhéophore, la concavité de ce dernier regardant le globe de l'œil. Alors on place ce rhéophore dans la direction du muscle à exciter en l'appuyant sur la surface de ce dernier. Je préviens l'opérateur que les commissures des paupières sont très-sensibles au moindre contact, et que l'on doit éviter d'introduire le rhéophore par les angles interne et externe de l'œil, lorsque l'on veut porter le rhéophore, sur les muscler droit interne ou droit externe. Le rhéophore, ainsi introduit sous la partie moyenne de la paupière, peut arriver jusqu'aux muscles,, quand il est dirigé obliquement d'avant en arrière, soit en dedans, soit en dehors. L'excitabilité de la région sur laquelle on opère coiumande la plus grande circonspection. Ainsi l'intensité du courant faible d'abord est augmentée graduellement et sans aller jusqu'à provoquer de la douleur; les intermittences du courant doivent être éloignées chacune d'une demi-seconde. Enfin le courant de la première hélice mérite la préférence, en raison de son action excitante sur la rétine.