I. — PARALYSIE DIPHTHÉRIQUE DU VOILE DU PALAIS ET DES MEMBRES
Si j'avais eu à décrire cette espèce de paralysie, j'aurais facilement démontré qu'elle est parfaitement distincte des autres espèces de paralysies. Il ressort, an effet, de l'ensemble des faits qui ont été publiés, que cette paralysie est rarement limitée au voile du palais ; qu'elle s'étend souvent de ce dernier aux membres, dans lesquels elle affaiblit ou abolit la sensibilité et ensuite la motilité. Quelquefois la sensibilité est seule affectée, et la force musculaire reste normale. En voici un exemple.
Observation CLXXX1. — J'ai observé, en 1859, une anesthésie des extrémités,.survenue consécutivement à une angine couenneuse et à la paralysie du voile du palais, qui avait guéri par la faradisation localisée. Le sujet possédait sa force normale, mais il laissait tomber les objets qu'il tenait à la main, s'il ne les regardait pas, et il ne pouvait marcher daus l'obscurité. 11 avait perdu la sensibilité tactile et la sensibilité musculaire aux mains, aux pieds et aux jambes. La faradisation localisée a triomphé rapidement de la paralysie du voile du palais; mais il n'en a pas été de
(1) Trousseau. Du nasonnement à la suite des angines, et Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu. 4e édition. Paris, 1872.
(2) Maingault. Paralysies du voile du palais et du pharynx, thèse inaugurale, 13 août 1854. De la paralysie diphthérique. Recherches cliniques sur tes causes > la nature et le traitement de cette affection. Paris, 1800, in-8.
même de l'insensibilité des extrémités, qui a résisté plusieurs mois à ce traitement; ce qui m'est arrivé, du reste, dans tous les cas de paralysie diphthérique de la sensibilité des extrémités, liée ou non à la paralysie du mouvement.
Je ne crois pas que les faits analogues à celui que je viens de rapporter soient exceptionnels. Pour les constater, il faut examiner avec soin la force des mouvements partiels, alors on voit que les sujets ne sont pas paralysés du mouvement; qu'ils laissent tomber les objets qu'ils tiennent à la main, qu'ils marchent difficilement seulement, s'ils ne voient pas. Ces faits soùt moins rares qu'on ne l'a cru. Cependant, la sensibilité et la motilité sont en général paralysées à la fois. Dans la plupart des cas que j'ai observés, la paralysie des mouvements n'existait pas au même degré que la paralysie de la sensibilité; ce n'était qu'une diminution de la force musculaire, comme cela a été constaté dans les faits de paralysies diphthériques qui ont été publiés. C'est ce qui pourrait faire douter de l'existence réelle de la paralysie musculaire, et ferait plutôt considérer cette paralysie comme un affaiblissement général, analogue à celui qui est produit par des agents toxiques ; mais celle, opinion ne serait pas soutenable en présence des faits que j'ai recueillis : 1° j'ai en elfet observé que l'un des côtés était un peu plus affaibli, ce qui ne peut être produit que par une paralysie; 2° en outre j'ai communiqué à M. Maingault un cas de paralysie diphthérique limitée à l'un des membres inférieurs. En voici le sommaire :
Observation CLXXXH. — Une petite fille de dix ans, à la suite d'une angine couenneuse grave, est atteinte d'une paralysie du voile du palais, qui guérit rapidement par la faradisation localisée; puis, à quelques jours d'intervalle, elle commence à ressentir des fourmillements, mais ces fourmillements sont limités au pied et à la jambe du côté droit, où l'on constate une insensibilité presque absolue. Cette petite malade éprouve une extrême difficulté à mouvoir ce membre inférieur; elle ne peut s'appuyer sur lui sans qu'il fléchisse; en marchant, son pied, qu'elle ne peut fléchir sur la jambe, butte contre le sol. La contractilité électromusculaire est partout normale. 11 n'existe pas d'atrophie. La faradisation a guéri cette paralysie en quelques semaines.
Ces faits suffisent pour démontrer que la parésie diphthérique des membres est réellement une paralysie.