ART. II. — PARALYSIE DU LARYNX (APHONIE NERVEUSE
Mais, dans ces cas, la laryngite, quelque légère qu'elle fût, aurait été caractérisée par les symptômes qui lui sont propres (douleurs, picotements dans cette région, toux) : son début eût été graduel ; l'action de parler eût été pénible ou douloureuse. Gomme mademoiselle A... se plaignait surtout d'une difficulté pour avaler, ne se pourrait-il pas que cela tînt à l'inflammation de la muqueuse pbaryngienne, et que l'irritation se fût propagée par contiguité au nerf laryngé inférieur ? Il me paraît difficile de ne pas rattacher à la pharyngite qui a marqué le début de la maladie, cette aphonie qu'on ne saurait attribuer à une autre cause.
Quelle que soit la valeur de l'explication que je viens de donner, l'action thérapeutique de la faradisation localisée est ici des plus évidentes, car elle a été employée seule. (Mademoiselle A..., fatiguée de l'inutilité des autres remèdes, s'était refusée à l'emploi de tout autre moyen.) Lfi supériorité de cette médication ressort d'autant mieux, que l'aphonie avait résisté jusqu'alors à différents traitements (antiphlogistiques, révulsifs, cautérisation du larynx) dirigés avec une grande habileté.
Deux modes d'excitation ont été appliqués chez mademoiselle A... : l'excitation électro-musculaire et l'excitation électro-cutanée de la région malade. Le muscle crico-aryténoïdien est le seul muscle sur lequel la faradisation ait agi directement. Les autres muscles du larynx ont pu recevoir la stimulation, mais d'une manière moins certaine. C'est pourquoi j'avais proposé à mademoiselle A... d'introduire dans le pharynx le rhéophore pharyngien par le procédé décrit page 93, et qui aurait été, je n'en doute pas, suivi d'un résultat plus prompt. Mais je ne pus vaincre la répugnance qu'elle éprouvait pour l'emploi de ce moyen. Alors, ainsi que je l'ai dit, je joignis à la faradisation musculaire l'excitation électro-cutanée, pratiquée au niveau de l'espace erico-thyroïdien. Est-ce à ce dernier mode d'excitation ou à la faradisation musculaire, ou est-ce à leur coopération qu'il faut attribuer la guérison de l'aphonie ? C'est assurément ce qui ne peut être décidé.
Lorsque le procédé de faradisation appliqué chez mademoiselle A... ne donne pas de résultat, il faut alors recourir à une excitation pins directe et plus sûre des muscles qui président à laphonation, comme je le fis avec succès .dans un cas d'aphonie rebelle depuis plusieurs années, et dont je vais rapporter l'analyse.
Observation CLXXXV. — En 1852, M. Chomel m'adressa une dame qui depuis deux ans et demi, était affectée d'une aphonie que rien n'avait pu améliorer, bien qu'on eût employé, comme dans le cas précédent, des médications très-variées (vésicatoires, gargarismes alumineux, cautérisation par le nitrate d'argent) : tout avait échoué. Cette malade était allée
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prendre alors les eaux du Mont-Dore deux années de suite, sans en éprouver la moindre modification dans l'état de son aphonie; seulement sa sanlé générale s'était améliorée. En raison de celte persistance de l'aphonie et de la constitution délicate de la malade, plusieurs médecins avaient paru craindre que cette aphonie ne fût symptomatique d'une affection tuberculeuse ; mais M. Chomel n'ayant trouvé à la percussion et à l'auscultation aucun des signes de cette maladie, porta un diagnostic différent et rapporta cette affection à une paralysie simple des muscles du larynx de nature inconnue. Celle dame n'avait jamais éprouvé de troubles hystériques; mais d'un tempérament très-nerveux, elle avait toujours été très-excitable, et était sujette à des douleurs, de sorte qu'il était rationnel de rapporter son aphonie à une influence purement nerveuse. Je dois dire encore, pour mieux juslilier cette opinion, que l'aphonie avait apparu subitement, et qu'elle n'avait été accompagnée ni de pharyngite ni de laryngite. Ce diagnostic porté par M. Chomel fut complètement justifié parle résullatde la faradisatien localisée. Voici comment elle futappliquée : jecommençai par l'excitation éleclro-cutanée et musculaire pratiquée de la même manière que dans le cas précédent. Mais n'en ayant rien obtenu en quatre séances, je me décidai à localiser directement l'excitation électrique dans le nerf laryngé inférieur et dans les muscles du larynx (voyez pour la description de ce procédé, page 93). Immédiatement après cette opération, la malade, quijusque-là avait parlé à voix basse, fit entendre quelques i-ons faibles de temps en temps. Le lendemain la même opération produisit un effet analogue ; la phonation fut plus complète et dura plus longtemps. Enfin, après trois ou quatre séances, la voix était par moments normale. Ea malade fut forcée malheureusementde quitter Paris, mais quinzejours après je reçus de son mari une lettre dans laquelle il m'annonçait la guérison de sa femme. Cette lettre a été communiquée à M. Chomel, qui a vu, dans cette guérison, la démonstration de l'exactitude de son diagnostic.
Je pourais joindre aux deux exemples précédents de guérison de l'aphonie paralytique par la faradisation localisée plusieurs faits dans lesquels on verrait l'altération du timbre et une diminution de la force de la voix, survenues chez des personnes obligées de parler en public à haute voix ou de crier, comme pour le commandement, guéries ou améliorées parla même médication.
Je pourrais même rapporter des faits dans lesquels j'ai vu, chez des chanteurs, et entre autres chez une cantatrice célèbre, madame U..., la voix dont le timbre était altéré ou qui avait perdu de son étendue depuis assez longtemps, revenir à son état normal, sous l'influence de la faradisation.
J'ai voulu seulement mettre hors de doute l'efficacité de la faradisation localisée dans le traitement de l'aphonie ou d'une altération quelconque de la voix indépendante d'une lésion organique ou symptomatique d'une autre maladie ; je crois ce but atteint par la relation des faits précédents.
Je dois me hâter de dire que, d'après mes expériences, il en est malheureusement de l'aphonie comme de bien d'autres affections nerveuses paralytiques dans lesquelles on voit la faradisation localisée tantôt guérir, tantôt échouer sans que l'on puisse en dire ou en prévoir la raison. Cette incertitude diminue aux yeux du vulgaire la valeur d'un agent thérapeutique.
Puis-je dire au moins dans quelle proportion on peut obtenir ces guérisons? On conçoit que, pour une pareille statistique, il me faudrait avoir recueilli un plus grand nombre de faits; et puis je ne me trouve pas dans des conditions favorables à la solution d'une question de statistique. On enseigne en effet généralement, à tort selon moi, que l'on ne doit recourir à l'électricité que lorsque tous les autres moyens ont échoué, et il en résulte que je ne puis expérimenter que dans les plus mauvais cas, c'est-à-dire dans les plus rebelles. Il faudrait, pour être juste envers la médication électrique, et pour que l'on pût faire un parallèle entre elle et les autres médications, qu'elle fût appliquée plus tôt et non comme dernière ressource ; les malades y trouveraient probablement leur profit. A mérite égal, tout le monde préférera cette application aux vésicatoires et à la cautérisation du larynx. Toutefois il semble ressortir des faits que j'ai observés, que le traitement de l'aphonie consécutive à la paralysie simple des muscles du larynx guérit mieux parla faradisation localisée que par les autres médications, puisqu'on vient de voir triompher cette méthode dans deux des cas où ces dernières avaient échoué. En conséquence, si on l'employait plus tôt, alors qu'il n'existe pas de contre-indication, on épargnerait aux malades une perle de temps et des souffrances inutiles : on augmenterait enfin les chances de guérison; car, en reculant trop l'emploi d'un bon moyen, on peut rendre la guérison impossible.
Ce n'est pas à dire pour cela que l'on doive appliquer exclusivement la faradisation localisée au traitement de l'aphonie nerveuse ; je crois au contraire qu'on fera bien d'employer concurremment d'autres médications. Far ce moyen, on arrivera plus tôt et plus sûrement au but. Le concours d'une autre médication devient même nécessaire, lorsqu'il y a lieu de soupçonner que l'aphonie se trouve liée à l'existence d'une autre affection spéciale.
ARTICLE III
PARALYSIE ET CONTRACTURE DU DIAPHRAGME. § I. — Faits physiologiques fondamentaux.
Avant d'entrer dans l'élude pathologique qui fait le sujet de cet article, il me parait utile de rappeler, sous forme de propositions,
les faits physiologiques fondamentaux qui peuvent être considérés comme les conclusions que j'ai tirées de mes recherches électrophysiologiques sur les mouvements de la respiration. Ces propositions ont été démontrées par des expériences électro-musculaires faites sur l'homme et les animaux et par de nombreux faits cliniques. Le lecteur trouvera l'exposition de toutes ces recherches dans mon livre sur la physiologie des mouvements (1). La connaissance des faits physiologiques qui en sont ressortis aidera à comprendre le mécanisme des troubles fonctionnels et des déformations du tronc que l'on observe dans la paralysie ou dans l'atrophie du diaphragme. Elle servira à expliquer les désordres occasionnés par les paralysies des autres muscles respirateurs, dont j'ai rapporté des exemples dans ce livre, et qu'il importe de distinguer de ceux de la paralysie du diaphragme avec lesquels on les pourrait confondre.