PROTHÈSE PHYSIOLOGIQUE DES MUSCLES MOTEURS DU RACHIS
La prothèse physiologique du rachis ne peut être bien comprise et rationnellement appliquée, sans la notion de l'action individuelle et des fonctions des muscles qui le mettent en mouvement; sans avoir établi préalablement le diagnostic exact des affections diverses dont ces muscles peuvent être atteints; sans connaître enfin le mécanisme des courbures normales ou pathologiques du rachis.
Les recherches que j'ai faites sur ces points de physiologie et de pathologie musculaire n'ont pu paraître dans les précédentes éditions, parce qu'elles n'étaient pas assez avancées pour être livrées à la publicité. Je vais essayer de remplir autant que possible celte lacune, en exposant le résumé de ces recherches qui d'ailleurs ont été publiées, en 1868, dans mon traité de Physiologie des mouvements, etc . , auquel je renvoie pour de plus longs développements.
J'ajouterai que ces notions physiologiques et que la connaissance du mécanisme des déviations et des déformations de la colonne vertébrale, consécutives aux paralysies ou contractures de ses muscles moteurs, sont utiles à la pratique de certains exercices gymnastiques qui doivent être associés à la prothèse physiologique, dans le traitement des déviations rachidiennes.
§ I. — Elude des mouvements physiologiques du rachis, à l'aide de l'expérimentation électro-physiologique et de l'observation clinique.
Voici le résumé de ces recherches que j'ai développées ailleurs (1).
1. Les faisceaux que fournissent le sacro-lombaire et le long dorsal, et qui s'attachent supérieurement aux quatre ou cinq dernières côtes et aux apophyses transverses des vertèbres lombaires,
(I) Duchenne, Physiologie des mouvements, etc., 1808, 2- partie, chap. H, p. TOI.
1078 CHAI'. WIll. — PROTHÈSE MUSCULAIRE PHYSIOLOGIQUE.
exercent sur ces vertèbres une action identique ; ils leur impriment un mouvement oblique d'extension et de flexion latérale de leur côté, en d'autres termes, ils sont extenseurs fléchisseurs et latéraux des vertèbres lombaires et des vertèbres dorsales inférieures ; ils constituent physiologiquement un seul muscle que l'on peut désigner sous le nom de spinal lombaire superficiel. Par leur action combinée, de iliaque côté, ils produisent l'extension directe des vertèbres lombaires et des dernières dorsales.
II. Des anatomisles (l)iemerbroeek et Winslow) avaient établi que l'on avait confondu, sous le nom de sacro-lombaire et de long dorsal, quatre muscles parfaitement distincts anatomiquernent.
L'expérimentation électrique montre que ces muscles qui forment le plan superficiel des muscles spinaux, doivent être divisés pbysiologiquement en muscles spinaux lombaires superficiels, et en muscles spinaux dorsaux superficiels, parce qu'on peut les faire contracter indépendamment les uns des autres, parce que dans certaines attitudes du tronçon les voit se contracter naturellement d'une manière indépendante, en produisant des courbures lombaires et dorsales en sens contraire (une fausse scoliose physiologique), parce qu'enfin l'observation clinique offre de fréquents exemples d'atrophies localisées bilatéralement ou unilatéralement, soit dans les spinaux lombaires, soit dans les spinaux dorsaux. Sans celte indépendance mutuelle des spinaux lombaires et des spinaux dorsaux la courbure. en S de la scoliose ne saurait se produire.
III. Contrairement à l'opinion des anatomisles, en général, aucun des faisceaux du sacro-lombaire ou du long dorsal n'exerce sur les vertèbres une action rotatrice appréciable, lorsqu'elles se trouvent dans leur altitude normale, au repos musculaire.
IV. Les rotateurs essentiels des vertèbres sont les Iransversaires épineux, que j'appellerai, pour les distinguer des précédents, spinaux profonds. Us exercent faiblement l'extension, lorsqu'ils agissent unilatéralement, et ne deviennent puissants extenseurs que lorsqu'ils se contractent synergiquemenl, de chaque côté.
V. Le degré d'inclinaison du bassin et, conséquemment de la courbure lombo-sacrée, dépend de l'équilibre existant entre la force des muscles extenseurs des vertèbres lombaires et des dernières dorsales et entre celle des muscles qui les fléchissent.
Celle assertion repose principalement sur les fails cliniques suivants :
1° Lorsque les fléchisseurs des vertèbres lombaires (les muscles de l'abdomen) sont frappés d'atrophie, le bassin s'infléchit en avant, pendanl la station et la marche, afin de faire porter tout le poids du tronc par les extenseurs des vertèbres lombaires (les spinaux lombaires) qui, pour ramener la ligne de gravité du tronc dans la