ART. IV, § II. — PATHOG. ET PROTH. DES COURBURES DU BACIIIS
force naturelle de ces muscles, ou encore d'un affaiblissement des muscles opposés par une paralysie ou une autre cause (i).
Mais Morgagni est resté dans ie doute, car il ne comprenait pas le mécanisme de la formation de plusieurs courbures opposées. «On ne voit pas, dît-il, comment la paralysie alterne. » En effet, l'on croyait, d;après des anatomistes, que le long dorsal exerçait une action rotatrice sur les vertèbres lombaires et sur les dernières dorsales. Or, comme celte action rotatrice a lieu en sens contraire des transversaires épineux de ces vertèbres, il était rationnel d'en conclure que, par la contraction synergique et unilatérale de tous ces muscles ou faisceaux musculaires, les actions rotatrices antagonistes étaient nécessairement neutralisées.
Aussi avait-on essayé d'expliquer toujours cette rotation des vertèbres, dans la scoliose, autrement que par l'action musculaire, par un excès de pression exercée sur l'un des côtés des vertèbres. Plusieurs théories avaient été proposées, à l'appui de cette opinion, entre autres, celle de Swagerman, médecin hollandais qui, selon A. Roy (2), professait, en 1767, que les apophyses articulaires ne permettant pas aux corps vertébraux de s'incliner directement les uns vers les autres, dans les fortes courbures, obligent les vertèbres à tourner les unes sur les autres, et celle de Pravaz, qui croyait expliquer celle rotation des vertèbres par la direction naturelle des facettes des apophyses articulaires (3).
Ces théories sont loin d'être satisfaisantes; il me suffira de faire remarquer, avec M. Bouvier, que les vertèbres peuvent être inclinées directement sur le côté, sans tourner le moins du monde autour de leur axe. M. Bouvier, après avoir posé cette question demande : «Comment, l'excès de pression sur un des côtés des vertèbres les fait-il tourner autour de leur axe vertical? Il faudrait un Euclide pour résoudre complètement ce problème de mécanique.» (4) D'ailleurs, j'ai rapporté (5) un cas d'inclinaison latérale directe, dans la région lombaire du rachis, qui a existé d'une manière continue, pendant huit mois, sous l'influence de la contraction du carré des lombes, et peut-être des inter-transversaires lombaires, sansavoir encore produit la rolalion des vertèbres lombaires.
Les faits mis en lumière par mes expériences électro-physiologiques ont permis d'expliquer, à l'aide de l'action musculaire, la rotation des vertèbres et la déformation consécutive des vertèbres qui produit la scoliose paralytique (6),
(1) Voir, pour la question historique de l'étiologie de la scoliose, Bouvier, p. i7i,
(2j Roy, De scoliosi. Leide, p. G6.
(3) Pravaz, Des déviations de la colonne vertébrale. 1827, p. 96.
(i) Bouvier, loc. cit., p. 397.
(5) Voy. Duclienue (de Boulogne), Pfiysioloqie des mouvements , p. 751.
(6) Ducheune (de Boulogne), ibid., p. 740.
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Us rendent raison de la formation des courbures de la scoliose lombaire paralytique, dans lesquelles la convexité et la face antérieure des vertèbres sont tournées du côté opposé aux muscles contractures.
Quant à l'existence des deux courbures opposées qui embarrassaient tant Morgagni, le mécanisme de leur formation est devenu facile à expliquer pour moi, depuis que l'observation clinique m'a démontré que les spinaux lombaires et les spinaux dorsaux peuvent être atrophiés ou paralysés isolément, et qu'ils se contractent indépendamment les uns des autres. On conçoit en effet que, consécutivement à la paralysie ou à l'atrophie des spinaux lombaires d'un côté, les vertèbres lombaires et les dernières dorsales ayant été infléchies latéralement par les spinaux lombaires du côté sain, une courbure de compensation puisse être produite par la contraction des spinaux dorsaux du côté opposé. On se rappelle, du reste, que j'ai obtenu ces courbures en sens contraire du rachis, dans mes expériences électro-physiologiques. Ces incurvations , comme je l'ai dit, sont très-peu prononcées, lorsqu'elles sont uniquement dues à l'action musculaire; mais celle-ci étant continue dans la scoliose alrophique ou paralytique, les vertèbres se déforment progressivement, dans le sens de l'incurvation et de la rotation des deux portions du rachis; c'est ce qui explique l'augmentation progressive de cette scoliose.
Est-il besoin de dire que la scoliose paralytique ne peut avoir lieu, lorsque l'atrophie ou la paralysie des muscles spinaux atteint, et du même côté à la fois, la portion lombaire et la portion dorsale du rachis? J'ai vu, dans ce cas, se former une longue courbure latérale lombo-dorsale.
Étant établi que la scoliose paralytique siège, à son origine, unilatéralement dans les muscles extenseurs de la région lombaire, on est conduit rationnellement à diriger sur eux toutes les ressources de la thérapeutique.
La faradisation associée au besoin à la galvanisation par courants continus des muscles extenseurs des vertèbres lombaires, avec le concours de la gymnastique rationnelle, de la prothèse physiologique du Ironc (d'un corset spécial à forces élastiques que je décrirai bientôt), m'a donné des résultats incontestables, dans une période peu avancée de la scoliose.
En général, j'ai localisé l'excitation électrique dans les masses musculaires correspondantes à la convexité de la courbure lombaire, principalement dans le sacro-spinal et le carré des lombes, avec le courant de la deuxième hélice d'une intensité modérée, et avec intermittences éloignées d'une seconde, les séances durant chacune 8 à 10 minutes ont été renouvelées de deux en deux jours.
Les exercices gymnastiques ont consisté à mettre principalement
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en action les muscles qui exercent la flexion du tronc en dehors et en arrière, et à imprimer en môme temps un mouvement de rotation aux vertèbres lombaires dans le sens opposé à celui qui est produit par la scoliose.
On sait que, dans la première période de la scoliose, l'omoplate correspondante à la convexité de la courbure dorsale (par compensation) est plus saillante que celle du côté opposé et que la direction de son bord spinal est changée (voy. fig. 249). Quelques pathologisles ont attribué cette déformation de l'épaule, les uns à la paralysie du grand dentelé, d'autres à la contracture du rhomboïde. J'ai entendu soutenir cette opinion par M. Eulemburg en 1860, au congrès des naturalistes de Carlsrhue. Lorsque j'ai traité de leur diagnostic différentiel, j'ai démontré le peu de fondement de cette hypothèse. Il est donc inutile de compliquer le traitement de la scoliose simple ou sans complications, par celui qu'il convient d'appliquer à la paralysie du grand dentelé ou à la contracture du rhomboïde.
B. Traitement mécanique. — Arrivons maintenant à l'application de moyens mécaniques propres à redresser la courbure latérale de la scoliose.
1° Il en est un bien simple que je vais indiquer et qui n'exige l'emploi d'aucun appareil prothétique. On sait que l'habitude de se tenir hanche, qui produit une inclinaison latérale du bassin, peut être l'une des causes occasionnelles de la scoliose. On peut agir de même sur le bassin, mais en sens contraire de l'inclinaison qui a produit ou favorisé le développement de la scoliose, en faisant asseoir le sujet sur un siège dont une moitié est plus élevée que l'autre. On conçoit que la fesse opposée à la courbure latérale lombaire reposant sur la moitié la plus haute du siège, la région lombaire du rachis s'incline nécessairement de son côté; en d'autres termes, la courbure lombaire de la scoliose est alors remplacée par une inclinaison latérale artificielle opposée. J'ai employé avec avantage ce moyen mécanique, plus puissant que les meilleurs corsets orthopédiques, pendant tout le temps que le sujet reste assis; il m'a paru très-utile dans le traitement de la scoliose.
2° Voulant appliquer à la prothèse de la scoliose les données physiologiques qui découlent de mes recherches, j'ai imaginé le corset à forces élastiques représenté dans la fig. 2 49 et qui exerce une pression latérale en sens inverse sur les convexités lombaire et dorsale.
Il se compose : i° d'un corset divisé en deux parties réunies par une bande de caoutchouc d'un travers de doigt de hauteur et placé au niveau de l'union de la courbure lombaire avec la courbure dorsale; 2° d'une ceinture A reposant sur le bassin et par-dessus le corset; 3° de deux tuteurs métalliques D, F, fixés inférieurement à la ceinture A , de manière à être incliné à volonté latéralement et supé-