ART. V. — EFFETS GENERAUX DE LA FARADISATION LOCALISEE
lorsqu'un nouveau courant vient encore les désunir. Telle est la série des phénomènes physiques qui se produisent plus ou moins fréquemment chez l'homme, suivant la rapidité et la fréquence des intermittences du courant d'induction ou galvanique dirigé sur ses organes. Eh bien ! ces modifications apportées dans l'état naturel de l'électricité dont est pénétré le corps de l'homme ne produisent, en général, aucun effet dynamique appréciable. Mais il faut que l'on sache que, dans certaines conditions nerveuses, difficiles à analyser ou à expliquer, l'homme ne peut éprouver impunément ces changements apportés dans l'état de son électricité naturelle. Il se développe alors chez lui, sous l'influence, sans aucun doute, d'une excitation réflexe des centres nerveux, des phénomènes généraux qui, s'ils necontre-indiquent pas l'emploi delà faradisation, préviennent du moins qu'il faut alors être circonspect dans son application. On sait, en effet, que certaines personnes sont très-sensibles aux influences électriques de l'atmosphère. Je connais une dame qui, pendant l'orage, est frappée, durant quelques heures, d'impotence musculaire. De même j'ai vu des sujets qui, sous l'influence de la faradisation, éprouvaient des troubles nerveux singuliers. Ces effets généraux n'étaient pas le produit de l'excitation directe des organes; ils paraissaient déterminés par la modification occasionnée dans l'état électrique du corps. Ainsi, la faradisation occasionnait des éblouissements, un sentiment de défaillance, un engourdissement général, alors même que l'opération, pratiquée très-faiblement, n'avait produit aucune sensation locale.
Observation IV. — J'ai publié dans les éditions précédentes (1) l'observation détaillée d'une jeune fille, qui, à la suite d'un grand saisissement, avait perdu tout à coup, depuis plusieurs mois, du côté gauche, toute espèce de sensibilité de la peau, des muscles, des nerfs, des os, de la vue, de l'odorat et de l'ouïe. De plus les muscles fléchisseurs de sa main gauche étaient contractures. Elle ne sentait pas localement la faradisation musculaire ou cutanée pratiquée de ce côté, quelle que fût l'intensité du courant: mais, à l'instant où la faradisation était appliquée, quelle que fût la région excitée, elle était prise de vertiges, d'éblouissements et de vomissements. En même temps, elle ressentait, loin du point excité, une douleur très-vive dans le côté gauche du thorax, au-dessous du sein. Du côté droit (côté sain), ces mêmes excitations électro-cutanées ou musculaires, normalement perçues, ne provoquaient aucun des troubles ci-dessus mentionnés.
Il est bien difficile de trouver la clef des singuliers phénomènes observés dans ce cas. La théorie des recompositions électriques locales ne leur est certainement pas applicable, car, du côté gauche, la malade était privée de sensibilité dans les points sur les-
(1) Duchenne, Elecirisation localisée, 1855, p. "8 et suiv., et 18G1, p. 100.
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quels j'agissais, et elle n'éprouvait aucun des effets physiologiques ordinaires des recompositions électriques opérées, dans la peau, les muscles, etc. On ne peut les expliquer que par l'action réflexe d'un point important des centres nerveux, sous l'influence de l'excitation périphérique de certaines zones, bien que les organes excités fussent frappés d'insensibilité.
Une extrême excitabilité réflexe de certains centres nerveux du cœur ou des organes respiratoires peut également se développer sous l'influence de certains états pathologiques. La faradisalion devient alors une arme à deux tranchants. Cependant, en agissant avec circonspection, on saura toujours alors éviter tout danger. On pourra même, dans certaines circonstances, en tirer un heureux parti en entretenant ou en régularisant les fonctions essentielles à la vie, celles du cœur et de la respiration. J'aurai l'occasion d'en rapporter un exemple remarquable, où l'on verra une excitation électro-cutanée légère pratiquée avec la main sur la région précordiale, prolonger pendant plusieurs jours la vie d'une malade qui, dans la convalescence d'une angine couenneuse et sous l'influence d'une intoxication diphtéritique, se trouvait dans un état d'excitabilité extrême, tombait dans des syncopes graves, et était incessamment menacée d'arrêt du cœur.
Les désordres nerveux généraux dont il vient d'être question se produisent quelquefois alors même que le sujet est dans son état normal. Ainsi, je pourrais citer l'exemple d'un de mes confrères, qui ne peut s'exposer à l'électrisation, sans éprouver des vertiges et des éblouissements, quelque faibles que soient les phénomènes électro-physiologiques provoqués chez lui. Je ne saurais dire quelles sont les causes de l'idiosyncrasie qui prédispose à cette extrême sensibilité aux influences électriques.
Des faits exposés ci-dessus, je déduis les propositions suivantes:
d° Les changements apportés dans l'état de l'électricité naturelle dont le corps de l'homme est pénétré peuvent produire, indépendamment des phénomènes électro-physiologiques locaux, dus à la faradisation localisée , des effets généraux d'un ordre particulier.
2°. Le plus ordinairement ces effets généraux ne sont pas appréciables. Ils ne se manifestent que dans certaines conditions pathologiques ou idiosyncrasiques rares, mais dont la cause est souvent inconnue.
3° Ces effets généraux, dont les principaux sont des étourdissements, des éblouissements, des nausées, des vomissements, et des troubles de la circulation et de la respiration, rendent difficile l'application de l'électrisation même localisée ; quelquefois ils en contre-indiquent l'emploi.