I. — Traitement de l'asphyxie
La respiration artificielle à l'aide de la faradisation des nerfs phréniques est en général le mode d'excitation électrique auquel je donne la préférence, dans le traitement de l'asphyxie; mais entre des mains inhabiles ou peu familiarisées avec le manuel opératoire, il ne serait pas sans danger pour le patient, ainsi que je le démontrerai. Dans ces conditions, je conseille, comme le procédé le plus simple dans son application, la faradisation cutanée de la région précordiale, d'après les principes que j'ai exposés en traitant de ce mode de faradisation).
D'ailleurs il est des circonstances dans lesquelles l'excitation électro-cutanée doit être employée concurremment avec la faradisation du diaphragme. Celle-ci en effet est particulièrement indiquée dans les cas où il est urgent de faire pénétrer mécaniquement l'air dans les poumons, en excitant puissamment la contraction du diaphragme ; l'autre devient utile sinon nécessaire, lorsqu'après avoir rétabli la respiration et la circulation cardiaque, et après avoir dissipé la cyanose, le sujet est menacé de retomber dans le coma symptomatique de l'ischiémie cérébrale, due à l'empoisonnement du sang soit par l'oxyde de carbone, soit par l'acide carbonique qui s'accumule dans le sang, si l'état semi-asphyxique a été d'une longue durée. Alors l'excitation électro-cutanée, surtout lorsqu'elle est pratiquée dans une certaine zone de la région précordiale, réagit sur les points des centres nerveux qui président à l'innervation de la respiration et de la circulation cardiaque.
La valeur thérapeutique de ce mode d'électrisalion, dans le traitement de ce genre d'asphyxie, est mise hors de doute dans l'observation suivante.
Observation VI. — Asphyxie par l'oxyde de carbone ; absence de respiration ; battements du cœur très-faibles, perçus seulement par l'auscultation; guérison par la faradisation cutanée de la région précordiale.
Un garçon pâtissier, âgé de 15 ans, d'un caractère bizarre, avait un jour voulu noyer de prétendus chagrins en s'enivrant; il avait eu l'idée, dans
de la poitrine, dans la direction d'une ligne partant du creux de l'estomac pour faire le tour du corps. Les extrémités des fils conducteurs de la pile seraient mis en contact d'une manière intermittente avec l'une des petites blessures, comme il a été indiqué pour les épingles. » [Instructions sur l'asphyxie, in Journal de la Société des naufrages, t. IV, 1840, 2e div. serv. de santé.)
12 8 CI1AP. III. — LES PRINCIPALES METHODES D ELECThISATION.
son délire, d'essayer de s'asphyxier, en s'introduisanl, pendant la nuif,dar.s une sorte de trou situé au-dessus du four de son patron, où il s'étiiit endormi, pendant qu'il cuvait son vin. Le lendemain matin, au moment où l'on allumait le four, ayant aperçu l'un de ses pieds, on le relira, ne donnant aucun signe de vie, de l'endroit où il avait passé la nuit. Habitant la même maison que lui, je pus essayer, quelques minutes après, de le rappeler à la vie par la faradisation. Sa face était cyanosée, il ne respirait plus; une glace placée devant la bouche n'était pas ternie; je ne lui trouvais plus de pouls; je ne sentais plus son cœur battre sous ma main: mais, à l'auscultation , j'entendais de très-faibles claquements valvulaires. Mon appareil d'induction avait été mis en action, pendant que je l'examinais, par M.Duchenne fils qui m'assistait. Je me disposais à pratiquer la respiration artificielle par l'excitation du nerf phrénique, lorsque l'on s'aperçut que les rhéophores avaient été oubliés. Le danger étant trèspressant, j'appliquai immédiatement sur son mamelon gauche l'extrémité inétalliquedel'un des conducteurs du courant induit de mon appareil à son maximum et marchant avec des intermittences rapides, pendant que je promenais l'autre conducteur au niveau de la pointe du cœur. Après quelques secondes, apparurent des mouvements respiratoires faibles et rares, niais qui augmentèrent progressivement de fréquence et d'étendue; le pouls put être perçu, aprèsune minute environ. Bientôt après se peignit sur la face du sujet une légère expression de douleur; après quelques minutes, il fitenlendreun faible gémissement et ngitaun peu ses membres supérieurs, ensuite le Ironc, comme pour se soustraire aux excitateurs placés sur sa poitrine ; puis il poussa un grand cri, en allongeant des coups de pieds aux personnesqui l'entouraient, et il répondit aux questions quilui étaient adressées. Enfin en cinq ou six minutes la respiration et la circulation avaient été rétablies; la coloration de la face était normale et l'intelligence revenue.
On le crut sauvé. Cependant je prescrivis de lui promener des sinapismes sur les membres et sur la région précordiale, en prévenant son patron qu'il était menacé c'e retomber dans le coma, et dans le même état aspbyxique, sous l'influence toxique de l'oxyde de carbone. En effet, quelques minutes après la suspension de la faradisation cutanée, il ne répondait plus aux questions qui lui étaient adressées, sa respiralion se ralentissait; par moments, il semblait oublier de respirer; sa face se décolorait et ses lèvres blêmissaient; puis sa respiration était devenue sterloreuse ; il ne sentait plus les pincements ; en un mot il s'asphyxiait de nouveau. Il fut bien vite tiré de cet état par la faradisation cutanée de la région précordiale, pratiquée cette fois plus légèrement, car il sentait vite et fortement. Elle fut continuée pir M. Duchenne fil?, pendant une dizaine de minutes, jusqu'au rétablissement complet de la respiration, de la circulation et de ses facultés intellectuelles, jusqu'à ce qu'il pût se tenir debout et marcher.
Pour moi, cette guérison n'était qu'apparente, je le fis transporter à l'Hôlel-Uieu dans le service du professeur Trousseau, où je devais le retrouver un peu plus tard. — Prévoyant que l'intoxication par l'oxyde de carbone pouvait encore continuer son action et le faire retomber dans le coma, je lui fis placer des sinapismes sur les jambes et je recommandai,
à la personne qui l'accompagnait de ne pas le laisser s'assoupir. — Une heure après, je le retrouvai dans le service de M. Trousseau (salle Sainte- Jeanne), offrant un élat comateux dans lequel il était retombé, pendant son transport à l'hôpital, malgré les efforts de celui qui l'avait aecompagné et qui n'avait cessé de le souffle'.er, afin de le tenir éveillé. On dut renouveler l'excitation électro-cutanée de la région précordiale, y revenir encore à plusieurs reprises, pendant la journée, et lui promener des sinapismes sur la surface du corps, afin de triompher définitivement, dans la soirée, des restes de l'influence toxique exercée par l'oxyde de carbone, à savoir, une tendance au coma consécutive à l'asphyxie.
En somme on a vu, dans celte observation, un jeune garçon asphyxié par l'oxyde de carbone, dont la respiration ne se faisait plus (on ne sait pas exactement depuis combien de temps), et dont les bruits cardiaques très-affaiblis étaient encore perçus par l'oreille : 1° recouvrer d'abord entièrement en quelques minutes, sous l'influence de l'excitation électro-cutanée précordiale, ses fonctions respiratoires et cardiaques; 2° retomber plusieurs fois dans le même état comateux et asphyxique, peu de temps après la suspension de la faradisation précordiale, qui appliquée à différentes reprises avec persévérance, pepdant toute une journée, a fini par triompher de l'asphyxie.
C'est incontestablement et uniquement à la faradisation cutanée précordiale que 'doit être attribuée la disparition rapide des symptômes graves de l'asphyxie, dans le cas dont je viens d'exposer la relation. La démonstration de cette assertion se trouvant dans la relation du fait, il me semble parfaitement inutile d'insister sur ce point.
Voici maintenant sommairement un autre cas d'asphyxie par l'oxyde de carbone, qui met en relief la puissance thérapeutique de l'excitation réflexe des centres nerveux, par la fadarisation cutanée, en même temps qu'elle démontre la nécessité d'en continuer longtemps l'application, alors même que la respiration est rétablie, sous peine de voir l'asphyxie reparaître et se terminer d'une manière fatale.
Observation VI. — 11 s'agit d'une femme asphyxiée par l'oxyde de carbone, que j'ai observée à l'hôpital de la Charité (service de M. Andial), où elle avait été apportée la veille. J'avais, en assez peu de temps, ramené la respiration et les battemenls du cœur à leur état normal, et fait disparaître le coma. Cette malade avait si bien recouvré son intelligence qu'elle avait pu me donner des renseignements sur ce qui lui était arrivé, etsur tous les simptômes de son asphyxie. On la crut sauvée. Mais, quelques heures plus tard, elle retomba dans la somnolence, et bien qu'on lui eut appliqué des sinapismes et même des vésicatoires, elle succomba la nuit suivante.
luciienne. — 3' édition. 9