‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et à la thérapeutique par courants induits et par courants galvaniques interrompus et continusChapitre 63 sur 505 · CHAP. III. — EXAMEN DES PRINCIPALES MÉTHODES D ÉLECTR · texte numérisé non relu

CHAP. III. — EXAMEN DES PRINCIPALES MÉTHODES D ÉLECTR

Si dans ce dernier cas, la faradisation cutanée précordiale avait pu être continuée, comme chez le sujet de l'observation V, la malade eut été probablement sauvée. De ce fait corroboré par d'autres que j'ai recueillis depuis lors, j'ai donc conclu que les sujets asphyxiés par l'oxyde de carbone et chez lesquels on venait de faire disparaître toutes traces d'asphyxie, étaient menacés, pendant un certain temps, de retomber dans le coma et de s'asphyxier de nouveau; qu'il fallait en conséquence continuer les excitations périphériques longtemps encore après les avoir rappelés à la vie, et appliquer la faradisation cutanée sur la région précordiale, sitôt que la tendance au sommeil ou plutôt au coma tendait à reparaître. C'est à l'observation de ces préceptes que le jeune sujet asphyxié dont il a été question dans l'observation V, a dû la vie.

Il importe d'ajouter que ce danger qui menace les sujets dont il vient d'êtrequestion de retomber dans le coma, et conséquemment dans un état asphyxique, est le résultat de l'empoisonnement du sang par l'acide carbonique, produit par l'asphyxie elle-même ; que ce danger est d'autant plus grand que l'état asphyxique antérieur a duré plus longtemps. Cette circonstance aggrave singulièrement l'asphyxie, quelle qu'en soit la cause. A l'appui de cette thèse, je pourrais tirer bien des exemples de ma propre pratique; je n'en vais citer qu'un sommairement.

Observation! VII. — J'ai été appelé il y a quelques années, par Trousseau et Chailly, à combattre, à l'aide de l'électrisation, l'asphyxie chez un nouveau-né. A sa naissance, il ne donnait aucun signe de vie (le travail de l'accouchement ayant été long et laborieux), et il avait été ranimé immédiatement au moyen de la respiration artificielle, faite bouche à bouche par Chailly ; mais, quelque prolongée et renouvelée qu'eût été la respiration artificielle et malgré des frictions excitantes, il était resté dans un élat de semi-asphyxie, de 2 heures à 8 heures du matin. Lorsque j'arrivai prés de lui, il ne respirait plus depuis une minute environ. Je promenai alors les rhéophores métalliques de mon appareil d'induction sur la région précordiale, et, après 5 à 6 secondes, je vis apparaître des mouvements respiratoires, faibles d'abord, puis de plus en plus développés ; ensuite il fit entendre, pour la première fois, les cris du nouveauné, enfin sous l'influence de sa respiralion large, la cyanose asphyxique eut bientôt disparu. A ce moment, nous le crûmes sauvé. — Rien ne saurait rendre l'étonnemenl et surtout la joie de la famille, en présence de ce résultat. C'était le premier-né des petits-fils de l'un des rois de la finance. — Mais, dix minutes après, il retomba dans le coma; la respiration devint de plus en plus rare ; ses lèvres redevinrent bleuâtres; en un mot, l'asphyxie reparut. J'en triomphai de nouveau par le procédé d'électrisation précédent, auquel je joignis la respiralion artificielle par la faradisation des nerfs phréniques, pratiquée pendant cinq à six secondes. Dix minutes après environ, nouvelle rechute suivie d'un nouveau succès de la

ART. II. — VALEUR DE L ÉLECTRISAT10N PAR ACTION RÉFLEXE. 1 3 l

faradisation cutanée, mais, celte fui-, beaucoup plus long à obtenir. Enfin un quart d'heure après l'asphyxie reprit définitivement le dessus, et l'enfant succomba.

II. — Traitement de désordres fonctionnels graves de la circulation cardiaque et

DE LA RESPIRATION, SYMPTOMATIQUES D'UNE LÉSION NERVEUSE DYNAMIQUE CENTR\LE.

L'excitation par action réflexe du bulbe, à l'aide de la faradisation cutanée de certaines zones du thorax, peut modifier ou guérir : 1° des troubles graves de la circulation cardiaque, symptomatiques d'un état paralytique du nerf vague, produisant des syncopes quelquefois mortelles, par arrêt du cœur ; 2° des désordre de la respiration, par exemple, la parésie ou la paralysie des muscles expiraleurs ou muscles bronchiques de Reissessen (la paralysie du poumon); 3° l'apnée simple ou l'apnée comateuse, qui produisent consécutivement une accumulation d'écume bronchique et l'asphyxie.

A. — Le fait clinique suivant est la preuve des deux premières assertions.

Observation VIII. — Désordres graves de l'innervation cardiaque et de l'exviration par intoxication diphtérique.

Sommaire. — Angine couenneuse envahissant une vaste sur face, chez une dame âgée de 21 ans ; intoxication diphthérique produisant, le i 6e jour, une paralysie du pharynx et du voile du palais, et vers le 27e jour, après une fausse couche de 3 mois et demi, d'autres phénomènes paralytiques, symptomatiques d'une lésion du bulbe, à savoir: 1° troubles graves de la circulation cardiaque, propres à la paralysie du nerf vague, et qui ont été dissipés par la faradisation cutanée légère de la région précordiale ; 2° deux jours après, diplopie temporaire (pendant une heure), suivie immédiatement de la paralysie hémiplégique de la sensibilité et de la motilité du côté gauche, qui a été guérie en une heure par la faradisation cutanée des régions envahies par la paralysie ; 3° deux à trois heures après, retour des troubles fonctionnels graves de la circulation cardiaque, guéris de nouveau après deux jours de faradisation cutanée, pratiquée jour et nuit à des intervalles assez rapproches sur la région précordiale 4° troubles fonctionnels graves de la respiration, symptomatiques de la paralysie des muscles expirateurs intrinsèques (muscles bronchiques d<- Reissesse?i), en d'autres termes, de la paralysie du poumon, dissipée momentanément (pendant une demi-heure à une heure) et à différentes reprises par la faradisation cutanée de la face dorsale du thorax; 5° enfin formation d'écume bronchique par faiblesse ou paralysie de l'expiration ; mort le 38e jour, à 2 heures du matin.

Madame X***, âgée de 2 1 ans, enceinte de 3 mois, avait été atteinte, le 22 lévrier 1869, d'une angine couenneuse, consécutivement à un refroidissement. Il me paraît superflu d'exposer les symptômes de cette angine qui, soignée par MM. Barth,Ricord,H.RogeretDescroi

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zilles chargé spécialement de rester jour et nuit près de la malade, a suivi une marche régulière, jusqu'au moment de la convalescence où, le 10 mars, était survenue une paralysie du pharynx et du voile du palais. U en était résulté que l'alimentation était difficile et ne pouvait se faire qu'avec des liquides, des potages ou des bouillies. Néanmoins madame X***commençait à recouvrer ses forces, et l'on croyait que la convalescence était franche, lorsque, dans la journée du 21 mars, de fortes douleurs utérines annoncèrent un avortement prochain. Bien que le travail de l'accouchement eût été régulier et n'eût pas provoqué d'hémorrhagie, il fut suivi de troubles de la circulation cardiaque et de la respiration, d'une extrême gravité. MM. Barth, Ricord, H. Roger, Campbell et Descroizilles, qui avaient dû passer la nuit près de la malade, et avaient combattu avec succès, à l'aide d'excitants diffusibles, un état syncopal qui avait mis plusieurs fois sa vie en danger, n'avaient pu cependant triompher des désordres circulatoires et respiratoires les plus graves.

Le lendemain matin, le 22 mars, mes honorables confrères songèrent à faire appel à l'électrisation et me demandèrent : 1° si dans ce cas l'application de ce traitement offrait quelque chance de succès; 2° à quel procédé il fallait recourir alors pour en diriger l'action thérapeutique sur les fonctions ou sur les points du centre nerveux atteints par l'intoxication diphtérique; 3° comment, par la faradisation ou la galvanisation, nous pourrions combattre la syncope ou l'asphyxie qui étaient imminentes.

Avant de répondre à ces questions, j'examinai la malade. Voici les principaux phénomènes morbides que je constatai alors : face extrêmement j aie, lèvres décolorées, léger refroidissement du nez et des extrémités; anxiété précordiale avecétouffemenl; respiration un peu haletante bien que le rhythme des mouvements respiratoires fût normal, et qu'il n'y eût ni paralysie du diaphragne, ni emphysème, ni râles; petitesse et fréquence extrême du pouls (136 à 140 pulsations), avec une irrégularité et des intermittences telles qu'il arrivait souvent que six à huit pulsations manquaient successivement; à l'auscultation du cœur, impossibilité de reconnaître le rhythme de ses claquements valvulaires; je n'entendais qu'une succession de petits bruits sourds, inégaux, les plus désordonnés; pas d'augmentation de température annonçant un état fébril. Il existait en outre une paralysie du voile du palais et du pharynx bien antérieure aux accidents graves pour lesquels j'avais été appelé à intervenir.

Je reconnus, dans l'ensemble de ces troubles fonctionnels cardiaques et respiratoires, les phénomènes caractéristiques d'un état paralytique des pneumogastriques. J'admis donc que, chez notre malade, l'intoxication diphtérique exerçait une influence mor-

bide sur le point du centre nerveux (du 4e ventricule) qui préside à l'innervation du cœur.

Alors, dans cette hypothèse, quelle pouvait être l'action thérapeutique de la faradisation? L'excitation du nerf phrénique, dans ce cas où le diaphragme n'était pas paralysé, où il n'y avait pas de signes d'asphyxie, ne me semblait pas devoir exercer une aclion favorable sur les troubles de la circulation cardiaque et sur les étouffements. Celle du pneunogaslrique et du laryngé supérieur, dans le point où ces nerfs se trouvent en rapport avec les parois latérales du pharynx, pouvait, il est vrai, modifier heureusement l'innervation du cœur et des poumons, mais la faradisation de ces nerfs, d'une exécution facile (voy. p. 95), est extrêmement dangereuse, car elle peut produire, à une dose même faible, l'arrêt du cœur et de la respiration. Il n'y fallait donc pas songer.

Cependant comme il était urgent d'agir, je voulus essayer de modifier l'état morbide du centre nerveux qui donne origine aux nerfs du cœur et du poumon, par l'excitation électro-cutanée de la région en rapport avec ce centre nerveux.

Mais ne se pouvait-il pas que l'intoxication diphtérique, en modifiant l'état dynamique de madame X***, l'eût rendue très-sensible à l'excitation électrique? N'était-ce pas m'exposer aussi, en agissant un peu trop fortement, à produire l'arrêt du cœur?

C'est après avoir bien pesé la valeur de toutes ces considérations, que je pratiquai la faradisation cutanée, à l'aide de la main électrique (voy. ce procédé, p. 87), sur la région précordiale, principalement au niveau de la pointe du cœur, ayant soin de commencer par une dose excessivement faible; et puis, j'augmentai graduellement l'intensité du courant d'induction, dont les intermittences étaient rapides, jusqu'à provoquera la peau un picottement léger. Nous avons eu la satisfaction de voir alors nos prévisions se réaliser; car, après quelques minutes et pendant le passage du courant, le pouls, a diminué de fréquence, s'est régularisé et développé; enfin, l'anxiété précordiale et les étouflemenls ont disparu. Plusieurs fois cependant, dans la journée, j'ai dû revenir à la faradisation cutanée précordiale, afin de chasser définitivement la perturbation diphthérique de l'innervation du cœur, qui avait montré quelque tendance à revenir.

Pour ne rien oublier, je dirai ici que, concurremment avec la faradisation précordiale, on a employé et continué, pendant tout le cours du traitement, des excitants diffusibles à l'intérieur et des excitations périphériques (qui isolées avaient échoué contre les troubles graves de l'innervation du cœur), l'oxygène fréquemment aspiré, enfin les toniques et l'alimentation que la paralysie du voile du palais et la dysphagie rendaient difficile.

Les jours suivants, aucun de ces désordres cardiaques et respira-

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