J 4 0 CI1AP. III. — EXAMEN DES PRINCIPALES METHODES D ÉLECTR
par des physiologistes qui n'avaient sur ce point d'autre expérience pratique que celle que l'on peut tirer de l'expérimentation faite sur des rats ou sur des lapins, et dont ils venaient de saisir l'Académie des sciences et la Société de chirurgie (voir plus loin), je m'étais disposé, on le sait, à faire passer le courant, chez madame X, de la bouche à l'anus. Mais lorsque je reconnus son extrême excitabilité, je me suis bien gardé de lui appliquer un tel procédé d'électrisation par action réflexe de la moelle et du bulbe, procédé infiniment plus puissant que la faradisation cutanée précordiale très-faible qui a été mise en usage. Admettons môme que, dans ce cas, il eût pu être sans danger, tout le monde comprendra qu'un procédé dans lequel l'un des rhéophores doit être placé dans la bouche et l'autre dans l'anus, serait devenu insupportable, car il eût été nécessaire de le réappliquer à chaque instant, pendant plusieurs jours. Il aurait donc toujours fallu en venir à la faradisation cutanée précordiale.
d. Le fait clinique exposé ci-dessus et les considérations qui viennent à sa suite montrent qu'il importe, dans cette période de l'intoxication diphthérique, de diagnostiquer exactement l'espèce de paralysie symptomatique d'un étal morbide du bulbe, puisqu'il en résulte une indication thérapeutique spéciale. On a vu, en effet, que les troubles de la circulation cardiaque devaient être combattus par la faradisation de la zone cutanée précordiale, réflexogène de l'origine des pneumo-gastriques, et la paralysie des expirateurs intrinsèques (les muscles bronchiques de Reissessen) par la faradisation d'une zone cutanée de la face postérieure du thorax, réflexogène de l'origine des nerfs qui les animent.
J'ai observé, en septembre 1869, dans la pratique civile, avec MM. Millard et Aug. Ollivier, un nouveau cas d'intoxication diphthérique, qui est venu confirmer la vérité de cette assertion et montrer son importance.
Observation IX. — Sans entrer ici dans les détails de cette observation, je dirai seulement qu'il s'agit d'un père qui paraît avoir contracté une angine couenneuse, en embrassant sur la bouche son entant qui allait succomber à celte maladie. Après avoir traversé la période de formation des fausses membranes qui avaient mis sa vie en danger, en obstruant ses brouebes, et alors qu'il était entré en convalescence, le malade a été atteint, vers le vingt-cinquième jour, de quelques accidenls paralytiques qui signalent l'invasion de la période d'intoxication diphthérique (paralysie du voile du palais, du pharynx, dinlopie, hémiplégie légère de la cinquième et de la septième paire, de l'hypoglosse et du laryngé inférieur), lorsque, tout à coup (vers le vingt-huitième jour), les muscles expirateurs intrinsèques ont été frappés de paralysie. En môme temps il s'est produit une quantité considérable de mucosités qui, obstruant les
ART. II. — VALEUR DE L ELECïRISATION PAR ACTION RÉFLEXE. 141
bronches et ne pouvant être expulsées, devenaient une cause d'asphyxie. Cette paralysie survenue sans fièvre, nous a fait craindre une mort rapide. Cette fois encore l'excitation électro-cutanée de la région postérieure du thorax rétablit rapidement la force de l'expiration et fit expulser immédiatement les mucosités bronchiques. Elle dut être continuée plusieurs jours pour triompher complètement de la paralysie du poumon. Le malade est aujourd'hui hors de danger, bien qu'il soit encore en traitement pour d'autres accidents (un affaiblissement de la sensibilité des mains et des pieds avec une parésie des membres). Cette importante observation sera probablement publiée d;;ns tous ses détails par M. Millard.
Si dans les deux cas précédents, j'avais rencontré une paralysie au diaphragme, j'aurais pratiqué la faradisation cutanée de la base du thorax, bien qu'il ne me soit pas démontré que cette zone cutanée soit rétlexogène de l'origine du nerf phrénique. Ce doute est né de l'insuccès de l'excitation de cette région, dans un cas de paralysie du diaphragme par intoxication dipthérique, où la faradisation du nerf phrénique seule a pu guérir celte paralysie.
Observation X. — Une petite fille âgée de 4 mois, demeurant rue de Lille, avait eu la diarrhée pendant quelques jours, et il lui était survenu dans le voisinage de l'ombilic une ulcération assez large, qui s'était recouverte de fausses membranes. Bien que celle enfant n'eût eu ni croup, ni angine, >la nature diphtérique de ces fausses membranes ne parut pas douteuse à MM. Barlhez et Trousseau. A quelques jours de là, la peiite fille fut atteinte d'nne paralysie généralisée qui dura à peine quarante-huit heures, et qui fut suivie d'une apbouie complète, avec difficulté extrême de la déglutition et de la respiration. L'enfant, sitôt qu'elle tétait, était prise de toux et de suffocation. C'est dans ces circonstances graves que j'ai été appelé à intervenir. Je constatai alors, en outre des symptômes exposés ci-dessus, une paralysie du diaphragme (les signes de cette paralysie seront exposés parla suite). Après avoir pratiqué l'excitation éleclro cutanée de la base du thorax, sans aucun résultat appréciable, je faradisai les nerfs phréniques, et bientôt la respiration diaphragmatique se fit normalement. La paralysie revint à plusieurs reprises, mais la réapplicalion de la faradisation des phréniques en triompha bientôt. Après la faradisation du voile du palais, du pharynx et de la face antérieure du cou, au niveau du larynx, l'enfant téta mieux et la voix revint un peu ; enfin, il fut complètement guéri en quelques séances.
Avant d'abandonner ce sujet, je ferai remarquer que, dans l'histoire de la diphtérie, ces espèces de paralysies de la période d'intoxication n'ont pas élé analysées ou bien ont échappées à l'observation. 11 suffira j'espère, qu'elles aient élé signalées pour qu'à l'avenir on en constate plus souvent l'exislence. Je ne les crois pas extrêmement rare, car depuis peu de temps que mon attention est fixée sur ce point, j'ai eu l'occasion d'en rencontrer plusieurs