‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et à la thérapeutique par courants induits et par courants galvaniques interrompus et continusChapitre 67 sur 505 · CDAP. III. — EXAMEN DES PRINCIPALES MÉTHODES D ELECTR · texte numérisé non relu

CDAP. III. — EXAMEN DES PRINCIPALES MÉTHODES D ELECTR

exemples. Le nouveau fait que je viens de rapporter en est la preuve. B. J'arrive maintenant a l'action thérapeutique de l'excitation du bulbe, par action réflexe, à l'aide de la faradisation cutanée de la région précordiale, dans une espèce d'apnée, névrose caractérisée par l'absence du besoin de respirer, qui rend les mouvements respiratoires plus rares ou les suspend, pendant un certain temps. Je vais exposer, comme exemple, un cas de névrose dans lequel j'ai observé ce singulier trouble fonctionnel, et que j'ai guéri par la faradisation cutanée pré-cordiale et par la faradisation du diaphragme.

Observation XI. — Névrose caractérisée par une espèce d'apnée. — Guérisun par la faradisation cutanée de la réyion précordiale et par la faradisation du nerf pb.rénique. — Il s'agit d'un jeune homme de 17 ans, d'un tempérament nerveux, chez lequel il se développa, à la suite d'une maladie de poitrine (pneumonie?), un trouble singulier des fonctions respiratoires. Par intervalles, ce jeune homme cessait de respirer pendant 30 à 60 secondes, sans qu'il en éprouvât la moindre gène, el cependant o:i voyait survenir a;ors une cyanose légère des lèvres et de la face; puis, après cet arrêt momentané, survenait une inspiration profonde, suspirieuse, bruvante, telle qu'il serait difficile de 1 imiter en faisant intentionnellement un soupir exagéré, et celte inspiration singulière, comme spasmodicue, se répétait ordinairement plusieurs fois de suite. Dans le début de la maladie, ces espèces d'accès ne revenaient que cinq ou six fuis par jour; mais ils allèrent se rapprochant jusqu'à devenir presque continuels, et, chose îemarquable! ils s'exagéraient principalement quand le malade venait à s'en préoccuper et que son attention était fixée sur sa respiration ; alors les soupirs se succédaient sans relâche. Ces accidents duraient depuis six semaines, sans altérer toutefois la santé générale, quand le malade ma fut adressé par mon ami, M. Barlhez. Je pensai qu'il s'agissait là d'une névrose consislant en une abolition passagère du besoin instinctif de la respiration. Dans cette hypothèse, les soupirs qui suivaient la période d'apnée, ne devaient être que la satisfaction du besoin instinctif de respirer, celui-ci ne se faisant sentir, que lorsque le défaut d'hématose arrivait jusqu'à la cyanose ; mais, à côté de cela, il y avait un spasme du diaphragme se traduisant par les soupirs et par le soulèvement de l'épigastre et des hypochondres, qui se reproduisaient, au souvenir de ces accidents,oudèsquele malade y pensait, il semblait donc qu'il y eût, dans ces singuliers accès, deux temps caractérisés, l'un par l'apnéeet la cyanose, le second par une contraction convulsive des inspirateurs et surtout du diaphragme.

L'excitation du diaphragme par la faradisation, pratiquée chaque jour, pendant cinq à dix minutes, et avec des intermittences éloignées, avait d'abord pour résultat immédiat d'exagérer le trouble fonctionnel ; mai? quelque temps après les soupirs devenaient plus rares. Cette excitation d.i diaphragme n'ayant produit qu'une amélioration légère, j'y joignis la faradisation cutanée de la région précordiale. A dater de ce moment, les troubles de la respiration diminuèrent rapidement. Au bout d'un mois de ce traitement, le malade fut complètement guér\

L'espèce d'affaiblissement de l'incitabilité nerveuse in.spiratoire, qui caractérise la névrose dont on vient de lire l'observation, nous inquiétait, M. Barthez et moi; elle nous paraissait, en effet, symptomatique d'un état morbide d'un point central important du bulbe. Nous ne nous dissimulions pas que si cet état s'aggravait, l'asphyxie pouvait en être la conséquence. Pénétré de celle idée, et ne croyant pas que ces troubles fonctionnels étaient produits par une lésion organique du bulbe, j'ai eu recours à la faradisation de la zone cutanée précordiale réflexogène du pneumo-gastrique, qui, on vient de le voir, a été couronnée d'un plein succès.

C'est aussi à ce mode d'excitation électro-cutanée que j'ai eu recours, toutes les fois que je me suis trouvé en présence de malades dont l'incitabilité nerveuse respiratoire avait été, sous des influences diverses, affaiblie ou paralysée au point de produire l'apnée, c'està-dire, au point de ralentir considérablement ou d'abolir temporairement les mouvements respiratoires, et de conduire ainsi à l'asphyxie.

ARTICLE III

§ I. — Exposition, sommaire de» faits cliniques qui prouvent que la faradisation localisée a une grande valeur thérapeutique dans le traitement des paralysies atrophiq ues.

Voulant faire prévaloir l'emploi thérapeutique des courants continus constants, Remak avait accusé les courants induits d'exercer une action paralytique sur les nerfs (1).

En présence des faits acquis à l'électro-thérapie par une longue expérimentation clinique, faits reconnus exacts en Europe et même en Amérique par un grand nombre d'observateurs, oser dire .que les courants d'induction exercent uneaction paralytique sur les nerfs, me paraissait blesser tellement la vérité, que je n'ai pas jugé nécessaire de combattre l'étrange assertion de Remak. Je comptais que la simple observation clinique en ferait promptement justice.

Mais je n'ai pu garder plus longlemps le silence, lorsque récemment encore j'ai vu des jeunes savants s'étayant par des nouvelles expériences faites sur des rats et des lapins, soutenir encore, comme Remak, que les courants induits paralysent les nerfs et qu'ils font disparaître, au bout de fort peu de temps, toutes leurs manifestations vitales (2).

(1) Remak, Galvanothe'rapie, etc., traduit de l'allemand en français par le docteur A. Morpain. Paris, 18G0, valeur anti-puralytique des courants induits, p. 447.

(2) Onimus et Legros, de l'influence des courants électriques sur la nutrition

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L'observation clinique — je le répète — proteste contre une telle assertion. Voici dans quels termes j'ai rappelé sommairement (1) les fails que ces observateurs ont la prétention de renverser.

a En 1852, j'ai rapporté (2) quelques cas de paralysies atrophiques, consécutives à des lésions traumatiques de nerfs mixtes, qui dataient de plusieurs années, et dans lesquels les membres paralysés étaient tellement atrophiés que les muscles, qui ne répondaient plus à l'excitation électrique, paraissaient entièrement détruits. La température de ces membres était abaissée; les veines cutanées étaient très-petites, la peau décolorée, terreuse et souvent violacée. Eh bien ! sous l'influence de la faradisation musculaire directe, appliquée d'après certaines règles que j'ai exposées ailleurs (3), j'ai vu dans tous ces cas : 1° la température des membres augmenter assez rapidement, 2° les veines cutanées grossir et la peau reprendre sa coloration normale, 3° les muscles augmenter progressivement de volume et recouvrer leur force tonique, leur sensibilité, leur contraclililé volontaire et beaucoup plus tard leur contraclilité électrique.

«Depuis 1852, une foule d'observateurs, en Europe, ont contrôlé et confirmé expérimentalement ces résultats électro-thérapeutiques; ils ont consigné leurs recherches sur ce sujet dans de nombreuses publications. — Je signalerai, comme l'une des plus importantes, celle de M. R. Philippeaux, de Lyon. — En Amérique, la faradisation musculaire directe a été appliquée assez récemment, dans les hôpitaux de Philadelphie, au traitement des paralysies traumatiques, par des chirurgiens chargés spécialement par M. Hammond, chirurgien en chef de l'armée des États du Nord, du service des blessés, dans la dernière guerre civile des États-Unis. Voici dans quels termes les résultats thérapeutiques de cette méthode d'élecirisation localisée ont été jugés par ces chirurgiens distingués. « Le seul grand moyen, disent-ils, dans le traitement des paralysies par défaut d'innervation, est la faradisation (par la

méthode de M. Duchenne) La plupart de nos cas étaient des

blessures anciennes, quand ils se sont présentés à nous. Nous pou-

(Gazette des hôpitaux, 19 janvier 1SG9). — MM. Onimus et Legros avaient, antérieument adressé à l'Académie des Sciences une note sur cette même question.

(1) Duchenne (de Boulogne), de la paralysie musculaire pseudo-hyper trophique. (Arch. gêner, de Médecine, janvier 1808.)

(2) Duchenne (de Boulogne), De l'application de la faradisation localisée au diagnostic, au pronostic et au traitement des paralysies consécutives aux lésions des ■nerfs mixtes; mémoire couronné par la Société de médecine de Gand, au concours de 1852. {Annales de la Société de méd. de Gand.)

(3) Duchenne (de Boulogne), Èlectrisation localisée, lre édition. Paris, 1855, et 2e édit., 1861.

vons assurer qu'elle (la faradisation localisée) a été dans nos mains delà dernière utilité (almost value). Dans quelques cas, elle a, en une seule séance, rétabli les mouvements dans des parties qui en étaient privéesdepuis longtemps; dans d'autres, quelques séances ont restauré plus ou moins le mouvement dans un membre entier, et nous avons vu bien peu de cas dans lesquels il n'y ait pas eu une meilleure nutrition, plus de sensibilité et de force, lorsque nous avons pu continuer la faradisation assez longtemps. En un mot, nous ne pouvons répéter avec trop d'insistance qu'avant de l'avoir employée, aucun membre, quelque paralysé qu'il soit, ne doit être abandonné par le chirurgien, comme incurable (1). »

J'aurais pu citer, comme exemples, d'autres espèces de paralysies dans lesquelles la lésion de la nutrition est également profonde, et dont triomphe souvent la faradisation localisée. D'ailleurs les faits cliniques qui prouvent incontestablement l'heureuse, j'oserai même dire, — à cause des assertions contraires, — la merveilleuse influence de la faradisation localisée sur la nutrition des muscles en même temps que sur leur motilité, seront exposés dans les chapitres qui traitent spécialement de l'application de cette méthode d'électrisation aux paralysies traumatiques des nerfs, aux paralysies consécutives aux myélites de l'adulte et de l'adolescence, aux paralysies saturnines, rhumatismales (on verra même qu'appliquée au traitement des paralysies atrophiques graisseuses — spinales — de l'enfance), la faradisation localisée agit non-seulement sur la nutrition des muscles, mais aussi sur celle du membre entier où elle empêche l'arrêt de développement des os.

§ II. Examen critique des expériences électro-physioloo-iques qui ont servi «le base aux attaques récentes dirigées contre la valeur thérapeutique de la faradisation localisée. — Leur inexactitude.

Lorsque, pendant plus de vingt ans, j'ai obtenu de tels résultats de l'application de l'électrisation localisée, ou lo^que je les ai vus confirmés en Europe et en Amérique par une foule d'observateurs les plus autorisés, on voudrait me persuader, en m'objectant des déductions tirées de quelques expériences faites sur des lapins, que je me suis fait illusion.

Autant que personne, j'admire la médecine expérimentale; sans faire reposer sur elle exclusivement tout l'avenir de la thérapeutique, j'ai toujours professé qu'elle est destinée à l'éclairer et à la contrôler. Mais si, contre toute logique, elle devait nous conduire à

(1) S. Weir Mitcliell, George R. Morehouse, and William W. Keen, Guhs'jo Wonnds and other injuries of nerves. Pliiladelpliia, 185S.

uicHtNNE. — 3e édition. 10

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