‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et à la thérapeutique par courants induits et par courants galvaniques interrompus et continusChapitre 74 sur 505 · III. — NERFS AGISSANT DIRECTEMENT SUR LA NUTRITION DES TISSUS · texte numérisé non relu

III. — NERFS AGISSANT DIRECTEMENT SUR LA NUTRITION DES TISSUS

L'augmentation de l'activité des circulations locales ne saurait suffire à l'explication de certains états pathologiques. Celte idée a germé dans quelques esprits, avant d'être réalisée, en partie du moins, par l'anatomie pathologique.

A. Théorie de M. Brown-Séquard ; opinion de M. Virchow. — M. Brown-Séquard le premier a formulé le plus nettement cette importante vue de l'esprit, dans des leçons qui ont été publiées d'abord en 1858 (1), et qui ont été reproduites en 1860 (2).

« Le système nerveux, dit-il, détermine une augmentation de l'attraction exercée sur le sang par les tissus vivants ; et, dans ce cas, le phénomène est accompagné d'une dilatation des vaisseaux sanguins. Le système nerveux agit alors directement et primitivement sur le parenchyme des tissus »... Ailleurs, il écrit encore : «Le simple fait d'une augmentation ou d'une diminution dans la quantité du sang qui passe par une partie, dans un espace de temps donné, suffit assurément pour expliquer les changements physiologiques et quelques-unes des modifications morbides qu'on observe habituellement dans la sécrétion et la nutrition ; mais quelques autres états pathologiques semblent exiger, pour leur production , quelque chose de plus qu'un simple changement dans la quantité du sang.

« Une inflammation, par exemple, ne peut être expliquée par une modification de cette espèce ; car nous voyons qu'après la section du sympathique cervical, une augmentation considérable de sang se produit dans l'œil, dans l'oreille, etc., et dure plusieurs mois et plusieurs semaines, sans provoquer d'inflammation. 11 est vrai

(1) Brown-Séquard, Système nerveux centrât. Philadelphie, 1860, p. 172.

que ce travail morbide (l'inflammation) se développe beaucoup plus facilement dans ces parties que dans d'autres; mais, je le répète, il ne se manifeste pas spontanément, comme conséquence pure et simple de l'augmentation dans la quantité du sang. Il nous faut donc admettre que, lorsqu'une influence nerveuse agit sur certains tissus pour produire V inflammation, la cause principale de ce processus morbide n'est point dans V augmentation de la quantité de sang mais bien dans les modifications que subissent les tissus qui produisent une plus grande attraction de sang artériel (1). »

B. A peu près vers la même époque, Virchow enseignait aussi que les modifications de la nutrition ne dépendent pas directement de la quantité plus ou moins grande de sang qui circule dans une partie. Mais, s'appuyant sur les expériences de Cl. Bernard, qui montrent que la seclion du grand sympathique ne peut produire autre chose qu'une augmentation delà circulation et de la calorificalion locales, sans participation de la cellule au travail morbide sans inflammation, il s'en est fait un argument contre ceux (les névristes) qui placent la nutrition sous la dépendance de l'innervation, soutenant que les propriétés des cellules elles-mêmes sont la cause essentielle des phénomènes nutritifs.

« L'augmentation dans la nutrition des parties, dit-il, doit bien plutôt être attribuée à certains états des tissus (irritation), états qui ont le pouvoir de modifier les affinités des tissus pour les divers principes du sang, ou bien à la présence, dans le sang, de substances particulières (substances spécifiques) possédant une attraction toute spéciale pour certaines parties du corps (2). »

On sait qu'un pathologiste distingué, M. Spiess, a soutenu, contrairement à M. Virchow, que la nutrition est toujours sous la dépendance de l'innervation (3).

Quanta moi, j'ai vu tant de fois des altérations de nutrition périphériques survenir consécutivement à des lésions de certains points des centres nerveux ou des nerfs, qu'il m'a été impossible de méconnaître alors l'influence que l'innervation exerce sur la nutrition. C'est en faisant allusion à la difficulté d'expliquer ces altérations de nutrition consécutives aux lésions nerveuses, qu'il m'est arrivé de dire : si les nerfs trophiques n'existaient pas, il faudrait les inventer.

C. Nerfs trophiques de Samuel. — Telles étaient les idées théoriques, professées, en 1858, par MM. Brown-Séquard et Virchow, sur l'influence du système nerveux, dans la production des phéno-

(1) Brown-Séquard, toc. cit. Philadelphie, 1860.

(2) Virchow, la Pathologie cellulaire, etc. Sixième leçon, 3 mars 185S. 3e édition. Paris, 18G8.

(3, Spiess, Palhologische Physiologie. Frankfurt-am-Mayn, 1S57. 2 vol. duchenn'e. — 3e rdïtiôn. ; i

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