CI1AP. III. — EXAMEN DES PRINCII'. METHODES D ELECTRISATION
pas en aussi peu de temps que je juge habituellement, dans mes recherches expérimentales, les questions de thérapeutique.
B. Paralysies saturnines. — C'est sur le terrain des paralysies saturnines que les partisans exclusifs des courants continus ont été plus malheureux dans leurs attaques inconsidérées contre la valeur thérapeutique de la faradisation localisée. J'ai certainement traité, par cette méthode d'électrisation, plusieurs centaines de paralysies saturnines, à tous les degrés et plus ou moins étendues ou généralisées; j'en connais pou qui n'aient pas été guéries par elle et cela dans un temps assez court.
A l'occasion du traitement électrique de cette paralysie, Remak aeu la maladresse d'écrire : « L'obligeance de plusieurs de mes confrères me fournit bientôt l'occasion de traiter un certain nombre de malades, et me convainquit pleinement de l'insuffisance du courant induit, dans beaucoup d'états morbides, surtout dans les paj^alysies rhumatismales et saturnines qui, selon M. Duchenne, doivent en être guéries (1). »
A cette attaque de ltemak, j'avais déjà répondu de la manière suivante : «Les faits qui viennent d'être exposés, et qui depuis leur publication, déjà ancienne (dans la première édition de l'électrisation localisée depuis 1835), s'appuient sur de nouveaux faits thérapeutiques que je ne puis plus compter, et sur une vaste expérimentation électro-thérapeutique répétée par de nombreux observateurs, tous ces faits, dis-je, incontestables et publiquement recueillis, permettent d'apprécier, comme elle le mérite, l'assertion étrange et contradictoire de Remak.
« 11 est vrai que cet expérimentateur s'est proposé de préconiser la supériorité thérapeutique du courant continu qu'il dit guérir merveilleusement la paralysie saturnine. Au moment où j'écris ces lignes, j'ai déjà expérimenté ce procédé de galvanisation sur quelques sujets affectés de paralysie. Sur quatre malades, deux se sont fatigués de ce traitement douloureux qui, après trois semaines, n'avait pas encore produit d'amélioration. Un troisième me supplie d'employer la faradisation localisée qu'il a vu appliquer avec succès chez plusieurs de ses camarades. Le quatrième, qui jusqu'à présent n'a pas été plus heureux que les trois autres, veut bien se laisser appliquer encore le courant continu, pendant une quinzaine de jours.
« Certes un tel résultat ne me fera pas chanter les merveilles du courant continu, dans le traitement delà paralysie saturnine. Espérons, toutefois, qu'une expérimentation nouvelle et plus longue réhabilitera la valeur, tant vantée par le guérisseur allemand, du courant continu appliqué au traitement de celte affection (2). »
( J) Remak, loc. cit.,
(2) Duchenne, Electrisation localisée, 2e édition, p. 3:8.
L'assertion étrange de Remak a été reproduite par ses adeptes ; pour le réfuter, j'ai encore fait réunir une série de nouveaux cas de guérisons par la faradisation localisée de paralysies saturnines, de forme et de gravité variées, choisis parmi ceux de ma clinique civile. J'ajouterai qu'après avoir continuéàexpérimenter, dans mon cabinet, la valeur thérapeutique de la galvanisation par la méthode de Remak, appliquée au traitement de cette espèce de paralysie, je l'ai encore trouvée inférieure à celle de la faradisation localisée.
C. Contractilité électro-musculaire. — Les muscles, qui, dans certaines paralysies, ne se contractent plus sous l'influence de la faradisation localisée, peuvent encore êlr'e quelquefois mis en contraction par les intermittences d'un courant voltaïque, lorsqu'eux-mêmes ou leurs nerfs ont été traversés, pendant une ou deux minutes, par un courant continu.
Ce phénomène qui, pour la première fois, a été signalé par Remak (1), dans ces conditions pathologiques, avait été antérieurement découvert expérimentalement chez les animaux, par R. Heidenhain (2), qui observa qu'en soumettant un muscle à des chocs d'induction, ou en le fatiguant par des tiraillements, ou bien en le plongeant dans l'eau chaude (28 à 30° centigr.), ce muscle perdait son excitabilité; que celte propriété (la faculté de se contracter sous l'influence des excitations électriques) lui était rendue, au moyen d'un courant continu, d'une manière plus évidente, en employant un courant ascendant plutôt qu'un courant descendant, d'une pile de Daniell de 25 à 30 éléments.
J'ai essayé, un très-grand nombre de fois, de produire ce phénomène électro-musculaire, dans des paralysies traumaliques des nerfs, dans des paralysies saturnines et dans des paralysies spinales de l'enfance; je ne l'ai obtenu que rarement.
Je signalerai ici la cause d'erreur suivante. Lorsque la contractilité est considérablement affaiblie, il arrive un moment où les muscles ne se contractent plus sous l'influence des intermittences rapides des courants d'induction, tandis qu'ils répondent encore, d'une manière très-appréciable, à des intermittences éloignées (d'une à deux secondes) du même courant d'induction. Or, un grand nombre d'appareils d'induction ne donnant que des intermittences rapides, il a dû arriver qu'en les appliquant à l'exploration de la contractilité électro-musculaire, on a pu croire qu'elle était abolie, alors qu'elle pouvait être encore provoquée par des intermittences du courant d'induction et même du courant galvanique. C'est en procédant de lasorte, sans doute, que les expérimentateurs se sont iaissé tromper par les apparences, et ont pu croire à
(1) Remak, loc. cit., p.
(2) Heidenhain, Physiologische Studien. Berlin, 185G, p. 55-127.
diche^ne. — 3e édition. 13
,94 CHAP. III. -EXAMEN DES PRINCIP. MÉTHODES d'ÉLECTRISATION.
la fréquence du phénomène électro-pathologique dont il est ici
qUOuoi qu'il en soit, j'ai constaté quelquefois, je le répète, que dans les paralysies où des muscles ne répondaient pas à des intermittences rares d'un fort courant d'induction, ces muscles se contractaient plus ou moins sous l'influence des intermittences éloignées d'un fort courant voltaïque, après les avoir fait traverser, pendant 30 à 60 secondes, par un courant continu constant.
De cette action spéciale des courants voltaïques sur 1 irritabilité musculaire, leurs partisans exclusifs ont conclu à leur plus grande puissance thérapeutique dans le traitement des paralysies Mes expériences personnelles viennent de démontrer que ces, prétentions ne sont pas fondées. J'ai vu même un cas de paralysie saturnine — car c'est principalement dans cette espèce de paralysie que j'ai pu faire ces expériences, - où les muscles paralysés ne se contractaient plus que par les intermittences d'un courant voltaïque n'éprouver que peu d'amendements sous l'influence d'un traitement assez prolongé par courants continus labiles et stabiles, et guérir complètement seulement par la faradisalion localisée. ' Bien plus, dans la grande majorité des cas, les paralysies saturnines qui ne se contractaient plus ni par la faradisation, ni par les courants voltaïques intermittents, n'en guérissaient pas moins par le même mode d'électrisation.
Peu importe d'ailleurs, en résumé, que telle espèce d électricité agisse plus énergiquement sur l'excitabilité de l'irritabilité musculaire que telle autre espèce d'électricité, lorsque l'on sait, - ce que i'ai démontré, - que dans des paralysies, les mouvements volontaires ont pu être rétablis par la faradisation localisée, quoique la paralysie de la contractilité électro-musculaire eût persiste. C est cet étrange phénomène qui m'a fait écrire en tête d'un mémoire adressé en 1846 à l'Institut: L'intégrité de la contractilité électro-musculaire n'est pas nécessaire à l'exercice des mouvements volontaires.
D Contractures paralytiques. - C'est surtout au traitement, par le courant continu des contractures secondaires observées dans les hémiplégies consécutives à l'hémorrhagie cérébrale, que Remak a fait l'application de ses idées théoriques sur le phénomène électrophv-iologique qu'il a appelé contractions réflexes galvano-tomques, idées théoriques qui reposent sur des expériences exposées et critiquées précédemment (voy. p. 175-178).
a II a cru en voir la démonstration plus complète dans 1 influence des' courants continus constants sur les contractures paralytiques, pendant leur passage a travers certains troncs nerveux. Voici sommairement un exemple qu'il cite, à tout propos, comme un cas type démontrant la réalité de cette action spéciale du courant continu.
Observation XIII. Une femme âgée de 33 ans était atteinte d'une contracture hémiplégique droite consécutive à une hémorrhagie cérébrale datant de 18 mois (elle était aphasique). Remak fit passer un courant continu de 20 à 30 éléments de Daniel, dans le nerf crural droit, et il vit, après 30 à 40 secondes, les segments de son membre supérieur et les doigts de la main de ce côté qui étaient fortement infléchis, s'étendre complètement; des effets analogues se produisirent dans le membre inférieur en traitant le nerf médian comme le nerf crural (I).
Bien des fois j'ai répété cette expérience de Remak, dans des conditions analogues, sur des sujets de ma clinique; et cependant j'ai vu très-rarement se produire ces prétendues contractions réflexes galvano-toniques, qui, d'après lui, seraient l'indice nécessaire de l'action thérapeutique du courant continu. Voici encore des expériences que je fais publiquement en ce moment.
Observation XIII. — Depuis quelques semaines, je soumets à ces expériences, ou plutôt au traitement par le courant continu, d'après la mé-
tbodepréconiséeparRemak,sivsujetsdemaclinique,quiontétéaffectésde contractures secondaires paralytiques , consécutivement à l'hémorrhagie cérébrale : quatred'entreeux ont une hémiplégiedroite,etsont aphasiques ; chez les deux autres hémiplégiques à gauche, l'intelligence est intacte. Ces contractures paralytiques datent d'une à deux années. Chez tous, j'ai lait passer, dans les nerfs médian et crural du côté paralysé, un courant descendant (centrifuge) d'une manière permanente dans chaque nerf, pendant une à deux minutes ; chaqueséancepour chacun d'eux dura5 à 10 minutes, avec la tension d'un courant de 50 à 100 éléments de ma pile au sulfate de plomb, suivant le degré de tolérance individuelle (car il ne iaut pas l'oublier, cette espèce de galvanisation est douloureuse).- Plusieurs fois, chez l'un de ces sujets, j'ai provoqué des contractions réflexes dans les membres inférieur et supérieur paralysés, en faisant passer un fort courant continu, tantôt dans le médian, tantôt dans le crural. La jambe s'est étendu sur la cuisse, l'avant-bras sur le bras, et en même temps la main s' est ouverte La malade (c'était une femme âgée de 30 ans) m'a fait observer que cela lui . arrivait presque toujours lorsqu'elle bâillait ou éprouvait une émotion surtout le matin en s'éveillant. Chez aucun des autres sujets, je n'ai pu' provoquer de contractions réflexes, quelque variées qu'eussent été l'intensité du courant continu et la durée de son passage dans les nerfs. J'ai remarqué seulement la contraction des muscles animés par le nerf excité Ces individus m'ont déclaré cependant que souvent leurs membres contractures en flexion s'étendaient; que leur main s'ouvrait, lorsqu'ils bâillaient ou éternuaient,ou sous l'influence d'un mouvement fait avec effort.
Admettons que les contractions réflexes signalées par Remak se manifestent ordinairement, sous l'influence des courants continus qui parcourent les troncs nerveux, et recherchons leur signification et leur valeur.
(1) Remak, loc. cit., p. 71.
196 cnAP. m. EXAMEN DES PRINCIP. MÉTHODES d'ÉLECTR.SATION .
Remak voit dans ces phénomènes la preuve du fait électro-physiologique qu'il a cru avoir découvert : la contraction galvanotonique produite par le courant continu constant, et dont ,1 a fait lune des bases fondamentales de sa méthode de galvanisation. Ainsi, dans ses expériences (voy. observ. XIII), l'excitation de fibres sensibles, provoquée par le courant continu du nerf crural ou du nerf sciaUque, serait arrivée jusqu'à l'origine spinale de ces fibres sensibles au niveau de la région lombaire; alors parcouran toute la longueur de la moelle'jusquà l'origine du plexus brachial du même côté, ce courant aurait exercé une action élective sur les fibres motrices qui produisent l'extension des différents segments du membre supérieur et principalement du nerf radial.
Pour tout clinicien, cette expérience ne saurait avoir la signification qui lui a été donnée par Remak. Qui ne sait en effet que, dans les contractures secondaires qui surviennent dans l'hémiplégie svmptomatique de l'hémorrhagie cérébrale, le côté de la moelle qu, innerve les muscles paralysés est d'une excitabilité extrême, et que la moindre impression de cause externe ou périphérique peut produire des contractions spasmodiques tout à fait semblables a celles crue Remak considère comme des contractions réflexes produites spécialement par l'influence des courants continus sur certaines zones nerveuses sensibles?- Qui n'a vu, dans ces contractures paralytiques hémiplégiques, les doigts, la main et l'avant-bras qui restent dans la flexion continue, s'étendre parfois complètement pendant le bâillement, l'éternuement et une impression ou émotion quelconque (vov observ XIII). Quelquefois ce même phénomène se produit pendant un mouvement volontaire du membre inférieur; ainsi j'ai vu alors, chez des hémiplégiques dont les membres supérieurs étaient contractures, tantôt la main s'ouvrir et le bras s'étendre ou tantôt le spasme se montrer au contraire dans les fléchisseurs Quelquefois même j'ai vu, dans ces conditions, lafaradisation localisée, qu e e fût cutanée ou musculaire, provoquer des spasmes analogues, si elle était pratiquée douloureusement.
" En somme, il ressort de l'ensemble des faits exposes ci- dessus, 4° crue dans les conditions morbides dont il vient d'être quest.on, le pouvoir de provoquer des spasmes réflexes dans les antagonistes des muscles contractures et souvent aussi dans ces derniers, est une propriété commune à bien des excitants (une excitation vive et subite de la peau, une émotion, un bâillement, un éternuement et enfin l'excitation produite par le passage du courant continu dans un tronc nerveux, et surtout si l'opération est douloureuse) ; 2 coi séquemment que la dénomination de contractions réflexes galvano-toniques n'a aucune raison d'être.
b. Est-il donc besoin d'ailleurs d'aller chercher une voie aussi
détournée, aussi imaginaire, pour expliquer l'action thérapeutique de la galvanisation réilexe et continue des troncs nerveux, dans le traitement des contractures? L'action paralysante ou hyposthénisante des courants continus descendants sur les troncs nerveux, découverte par Eckhart (1), pouvait bien rendre raison de leur vertu contre les contractures. C'était celte propriété paralysante des courants continus descendants qui avait donné primitivement à Remak la première idée d'en faire l'application, dans ces conditions pathologiques. C'était une idée rationnelle et heureuse, mais son imagination a tout gâté.
Quant à l'influence thérapeutique de ces courants continus contre l'état paralytique qui accompagne ces contractures, elle s'explique par l'excitation réflexe des centres nerveux, produite par ce procédé de galvanisation.
c. Peu importe d'ailleurs ici la théorie thérapeutique de cette méthode de galvanisation, si elle guérit réellement les contractures paralytiques consécutives à l'hémorrhagie cérébrale. Est-il vrai, estpossible qu'elle les guérisse? Voilà ce qu'il me fallait examiner, et ce que j'ai aussi recherché expérimentalement.
Tout le monde sait ou doit savoir aujourd'hui, depuis les belles recherches de MM. Charcot et Bouchard (2), que ces contractures sont symptomatiques du travail inflammatoire de la sclérose secondaire de certains faisceaux nerveux, qui, des couches optiques ou opto-striées, où siège l'hémorrhagie, se continue dans les cordons latéraux du côté opposé, et qui débute à partir du dixième au quinzième jour. Personne assurément n'aura la prétention de guérir une pareille lésion anatomique, surtout lorsqu'elle date de six mois à un an. Si Remak vivait, il regretterait probablement aujourd'hui l'annonce thérapeutique qu'il a formulée d'une manière si absolue, et dont il a fait tant de bruit.
Je n'étonnerai donc personne en disant que, dans les applications que j'ai faites des courants continus au traitement des contractures paralytiques de l'hémiplégie cérébrale, je n'ai obtenu en général aucun résultat appréciable. Je dois ajouter que , dans certaines conditions qui seront spécifiées, quand je traiterai des paralysies cérébrales, ce procédé de galvanisation n'est pas sans danger, et en conséquence que l'on doit être très-circonspect dans son emploi.
(1) Eckhart, Beïlrage zur Anatomie und Physiologie. Gilesen, 1855.
(2) Je dois dire ici que M. Cli. Bouchard, dans son beau mémoire Sur les dégénéru lions secondaires de la moelle épinière (Archives générales de médecine, 18G6 et 1867), a le premier considéré les contractures permanentes consécutives à l'hémorrhagie cérébrale comme symptomatique de la sclérose secondaire de la moelle.
198 CDAP. III. — EXAMEN DES PRINCIP. MÉTHODES D'eLECTRISATION.
J'ai fait une réserve, en écrivant qu'en général je n'ai rien obtenu par le procédé de Remak; en effet, dans quelques cas, j'ai observé, après l'application de ce mode de galvanisation, une diminution des contractures et une amélioration dans la motilité; mais je me bâte d'ajouter que j'en ai quelquefois obtenu autant par la faradisation des antagonistes des muscles contractures. Comment donc expliquer de pareils résultats? Je pourrai risquer aussi ma théorie; mais je déclare d'avance y attacher peu de valeur.
Quoiqu'il en soit, la conclusion générale à tirer de ce qui précède, au point de vue thérapeutique, c'est que les deux méthodes peuvent ou doivent être essayées concurremment ou alternativement, dans le traitement des contractures paralytiques de cause cérébrale. C'est, aujourd'hui du moins, ce que je pratique habituellement.
J'expérimente, depuis quelques mois, l'action hyposthénisante des courants continus sur les troncs nerveux, dans les méningites cérébrospinales ou spinales chroniques. — Je ne suis pas encore en mesure d'exprimeruneopinion sur sa valeur thérapeutique, n'ayant recueilli que deux cas. Je dirai toutefois que je n'ai pas encore obtenu de modification appréciable.
E. Spasmes fonctionnels (crampes des écrivains, etc.). — Tics- Contractures dites rhumatismales. — Contractures' réflexes ascendantes par traumatisme articulaire. — Chorée. — a. Spasme fonctionnel. — Lorsque je traiterai, dans la seconde partie, du spasme fonctionnel, j'aurai à reconnaître que la faradisation localisée m'a paru le plus souvent impuissante contre cette affection nerveuse. On comprend donc que je n'aie pas dû négliger d'expérimenter les courants continus que Remack et quelques-uns deses adeptes disent avoir appliqués avec succès contre la crampe des écrivains. J'ai eufréquemmentl'occasion d'observer cette affection locale clans mon cabinet ; il n'en est pas un seul cas que je n'aie traité par cette méthode de galvanisation tant préconisée par lui. J'ai le regret d'avoir à dire que j'en attends encore une guérison. Je n'ai pas été témoin d'un seul succès obtenu par ceux-là mêmes qui ont préconisé ce traitement; au contraire la plupart des cas de crampes des écrivains, qui, depuis quelques années, se présentent à ma consultation, ont été traités, sans succès, parles courants continus; et le nombre en est grand. Je citerai, comme exemple, un cas très-remarquable qui m'a été adressé parle professeur Germain Sée, en 1869, dans lequel M. Onimus avait appliqué, pendant un mois environ, les courants continus, sans aucun résultat appréciable. (Le malade présentait encore les marques de l'action électrolitique des rhéophores.) Inutile d'ajouter que la faradisation essayée par moi, dans ce cas, a échoué comme le courant continu. Je n'en conseille pas moins cependant l'application au traitement de la crampe des écrivains, et je la continuerai moi-même dans cette
affection, puisque des observateurs consciencieux ont déclaré en avoir obtenu de bons résultats.
b. Tic indolent. — J'ai appliqué le courant continu au traitement de trois cas de tics indolents de la face, dont l'un était récent (datant d'un mois environ) et limité à quelques muscles (le petit zigomatique, l'élévateur commun de l'aile du nez et de la lèvre supérieure et l'orbiculaire des paupières). Ce dernier cas de contracture a diminué graduellement après la troisième séance et a été guéri après une dizaine de séances. J'ai appris que, plusieurs mois après ce traitement, le tic n'avait pas reparu; mais je n'en ai plus eu de nouvelles. Les deux autres cas m'ont paru aggravés par le même traitement.
La faradisation localisée, que j'ai appliquée assez fréquemment dans le tic indolent, a produit quelquefois une amélioration temporaire; mais pas une seule guérison.Conséquemment les courants continus me semblent mériter la préférence dans le traitement du tic indolent.
c. Contractures rhumatismales. — Les contractures locales ou partielles par courants d'air froid (rhumastismales) ou sans cause connue (nerveuses), — les torticolis par contractures du sterno-mastoïdien, du splénius de la portion claviculaire du trapèze, de quelques muscles plus profonds, comme la contracture du rhomboïde guérissent en général par la faradisation à intermittences rapides des antagonistes des muscles contractures.
J'ai voulu rechercher expérimentalement si l'action hyposthénisante des courants continus sur les muscles contractures était préférable à la faradisation des muscles antagonistes. Les courants continus ont produit en général seulement une amélioration; presque toujours j'ai dû en venir à la faradisation des muscles antagonistes atin d'obtenir une gnérison complète.
(/. Contracture réflexe ascendante par traumatisme articulaire. — La contracture réflexe ascendante dans laquelle j'ai étudié comparativement l'action thérapeutique du courant continu et de la faradisation localisée, n'a pas encore été, que je sache du moins, décrite ou signalée par lesauteurs. Cette espèce de contracture survient en général a la suite de violences exercées sur certaines articulations, principalement sur l'articulation du poignet dans une chute faite sur le dos ou sur la paume de la main, violences qui produisent une arthrite plus ou moins intense, ou une simple et courte douleur articulaire. La contracture, qui est apparue quelquefois peu de temps après que l'articulation n'est plus douloureuse et lors même qu'elle paraît entièrement guérie, siège alors dans un plus ou moins grand nombre des muscles moteurs de cette articulation; puis, à la longue, elle s'étend à des muscles moteurs
20 0 Cil A P. III. — EXAMEN DES PRINCIP. MÉTHODES D'ÉLECTIWSATION.
d'autres articulations du membre du môme côté. La douleur, limitée d'abord aux muscles contractures, est modérée ; elle gagne ensuite d'autres muscles, tout en restant plus vive dans ceux qui ont été primitivement affectés ; elle atteint enfin les troncs nerveux qui animent ces muscles et ensuite l'origine du plexus brachial. Souvent même, les contractures ayant disparu, les malades conservent longtemps (quelquefois pendant des années) des douleurs continues vers l'origine des nerfs du membre affecté , douleurs qui semblent symptomatiques d'un état morbide de la moelle, à ce niveau. Enfin la force du membre dans lequel siègent ou ont siégé les contractures est généralement diminuée, ainsi que la sensibilité.
J'ai guéri par la faradisation pratiquée d'une manière douloureuse (avec l'extra-courant et avec des intermittences rapides) plusieurs de ces contractures réflexes ascendantes. J'en rapporterai seulement ici un cas remarquable, en ce sens qu'étant d'une certaine gravité, il s'est montré, pendant plus d'une année, rebelle à des médications variées même à une longue application de courants continus constants, suivant la méthode de Uemak dont la direction a été centrifuge pendant les deux premiers tiers du traitement, et centripète pendant le dernier tiers, et qu'il a été guéri cependant, en quelques séances, par la faradisation, à forte dose et à intermittences rapides, des antagonistes des muscles contractures. Je présente enfin cette observation comme un cas type ou plutôt comme le tableau de cette espèce de contracture.
Observation XIV. — Sommaire. Contracture réflexe d'un grand nombre de muscles moteurs du membre supérieur droit, datant de deux ans, consécutive à une arthrite du poignet de ce côte produite par une chute faite sur le dos de la main droite, rebelle d'abord à des médications variées et à l'application pendant trente séances de courants continus constants {suivant la méthode de Remak), guérie, ensuite en quelques séances, par la faradisation énergique et à intermittences rapides, des antagonistes des muscles contractures. Persistance de douleurs rachidiennes, au niveau de la région ceivico-dorsale.
Mademoiselle X***, de Sainl-Brieux, Agée de 16 ans, née de parents bien portants, d'une bonne constitution, bien réglée depuis l'âge de ]'2 ans, n'a jamais éprouvé de crises ni de troubles hystériques. Elle n'apas eu de maladies sérieuses antérieures.
A onze ans (en 1861), elle a fait une cliute sur le dos de la main droite, à la suite de laquelle elle a accusé une douleur dans l'articulation radiocarpienne avec gonflement et faiblesse des mouvements ; elle a dû alors garder le bras en écharpe pendant deux mois, après lesquels elle n'a conservé qu'un peu de faiblesse dans le membre droit. Lorsqu'elle écrivait, celte faiblesse augmentait rapidement ; les douleurs se faisaient sentir dans le poigoel, revenaient à des intervalles irréguliers et duraient uns à deux heures.
Vers l'âge de 13 ans et demi, après avoir dansé un soir avec beaucoup d'animation (une ronde bretonne), la douleur du poignet droit qui avait été tiraillé un peu violemment, revint avec une telle intensité que tout travail manuel devint impossible. On ne voyait cependant alors ni rougeur ni gonflement du poignet. La douleur persistant, Jobert de Lamballe, consulté deux mois après, conseilla des vésicatoires volants luco dolenti, qui ne produisirent aucun résultat. En décembre 1864, la douleur persistait encore; quoique limitée au poignet, elle empêchait tout mouvement ou tout usage de la main, et occasionnait de l'insomnie. A cette époque, M. Nélaton consulté avait fait appliquer un appareil inamovible eteompressif qui fut renouvelé tous les dix jours, avec frictions à la teinture d'iode.
Cet appareil fut ainsi porté pendant quatre mois, mais sans résultai; la douleur devint au contraire plus forte, et, aprèsdeux mois de son usage, en mars \ 864, une contracture apparut dans les radiaux et les pronateurs du côté malade. — Pendant l'année 186a, d'après les conseils de M. le docteur Regnault de Rennes, on eut recours successivement à six vésicatoires volants, aux bains de mer, à l'application de sable chaud, aux bains aromatiques, enfin à la cautérisation transcurrente, pratiquée sur le membre au niveau des muscles contractures, et tout cela sans modifier ni la douleur ni les contracture?.
En 1866, mademoiselle X*** a été ramenée à M. Nélaton qui me l'a adressée. Alors j'ai constaté les phénomènes suivants : flexion permanente de la main sur l'avant-bras avec pronation; impossibilité de redresser volontairement le* poignet et de mettre la main en supination. Avec des efforts, cependant, je parvins à redresser ce membre, mais en arrachant des cris à la malade ; ensuite, abandonné à lui-même, il revint à sa position première. Usages de la main abolis ; intégrité du mouvement de l'épaule et du coude ; les membres ont conservé leur volume normal ; état général satisfaisant; appétit conservé; pas de lésion dans la circulation; pas de traces d'anémie.
Je conseillai alors l'application des courants continus et un traitement ferrugineux. La première partie de ce traitement fut remise à une époque plus reculée, à cause de l'épidémie de choléra qui sévissait alors à Paris. A peine mademoiselle X*** fut-elle rentrée chez elle que la contracture s'étendit à d'autres muscles; les fléchisseurs des doigts maintenaient la main constamment fermée, au point que les ongles rentraient dans la peau : des douleurs profondes se firent sentir vers l'origine du plexus brachial, descendant jusqu'à la région dorsale ; puis la fièvre survint avec de l'insomnie. Alors, ventouses scarifiées trois ou quatre fois appliquées loco dolenli, ensuite vésicatoires volants sur la même région, sans amélioration aucune.
De retour à Paris le 18 avril 1866, mademoiselle X"** m'a été de nouveau présentée. Je constatai encore, dans le membre supérieur droit, des contractures des fléchisseurs superficiels et profonds des doigts, du biceps brachial et enfin de la plupart des muscles moteurs du bras sur l'épaule. Ces contractures éveillaient des douleurs dans tout le membre et dans la portion cervico-dorsale du rachis, douleurs qui augmentaient dès que
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l'on s'efforçait de vaincre les contractures. La flexion continue des doigts enfonçait les ongles dans la paume de la main qui était enflammée et menacée de s'ulcérer; on éprouvait alors la plus grande difficulté pour étendre les doigts. Le pouce, fortement serré entre les quatre doigts et la paume de la main, était comme atrophié par cette compression continue et s'étendait encore plus difficilement que les autres doigts; le volume du membre contracture était conservé. Le sommeil était interrompu surtout par la douleur rachidienne dorsale ; il n'y avait pas de céphalalgie, ni de fièvre; l'appétit était bon, la menstruation régulière.
Alors le traitement galvanique, par courants continus et réflexes, a été commencé immédiatement. Je me suis servi d'une pile composée de 80 éléments au sulfate de plomb, se graduant de manière à ne donner d'abord que la force de 10, '20, 30 éléments jusqu'au maximum de tolérance, qui était variable suivant les points où étaient placés les rhéophores. Tantôt le rhéophore négatif était placé sur Je trajet du nerf médian, au niveau de la partie inférieure de Pavant-bras, et le réophore positif au niveau du pli du bras ou de la partie moyenne du bras, suris trajetdumême nerf; tantôt la main contracturée était plongée dans une cuvette d'eau mise en communication avec le pôle négatif, tandis que le pôle positif était placé soit à l'origine des nerfs cervicaux et dorsaux, soit sur le plexus brachial, soit enfin sur le trajet des nerfs qui en émanent.
Après dix séances semblables, la malade a pu redresser un peu le poignet, pendant le passage du courant, mais ce pouvoir cessait avec l'opération.A dater de ce moment, la main s'entr'ouvrait progressivement et restait entr'ouverte quelques minutes d'abord, puis, après de nouvelles séances, quelques heures après l'opération. Alors la malade put ouvrir et fermer unpeu sa main à volonté, jusqu'à l'époque de la menstruation qui était arrivée deux jours plus tard et qui avait fait reparaître la contracture des muscles fléchisseurs des doigts aussi complète qu'avant la galvanisation.
Après un repos de six jours, l'application du courant continu fut reprise comme auparavant, et, au bout de trois séances, la contracture du fléchisseur des doigts et du pouce avait disparu. Mais les spasmes persistèrent dans les autres muscles et augmentèrent dans le biceps et môme dans les muscles radiaux, au point que, bien que mademoiselle X*** pût ouvrir et fermer sa main assez librement, celle-ci restait dans la supination et dans l'extension forcée, ce qui en abolissait l'usage.
Le courant continu, employé encore pendant une douzaine de jours, avec un courant ascendant, ne produisait plus d'amélioration dans l'état des contractures.
C'est alors que je voulus essayer, avant de renoncer au traitement électrique, la faradisation localisée à intermittences rapides. Je l'appliquai très-énergiquement sur les antagonistes des muscles contractures, sur le rond pronateur, sur le triceps brachial, sur les inter-osseux et sur les extenseurs des doigts, et à ma grande surprise, en moins de quelques minutes, toutes les contractures avaient complètement disparu. Ce résultat obtenu si rapidement se maintint, et, une demi-heure après, ma de-
moiselle X*** put écrire, en ma présence, et môme faire des gammes sur le piano, ce qui lui avait été impossible depuis plus de deux ans. Pendant une dizaine de jours encore, la faradisalion localisée fut continuée, afin de consolider cette guérison, pour augmenter la force et la sensibilité de la main. Après une dizaine de séances, la force des fléchisseurs des doigts, qui, mesurée à mon dynamomètre, égalait à peine 4 kilos, était montée à 18.
Rentrée chez elle mademoiselle X*** conserva tous les usages de la main et du bras droit, jusqu'au mois de décembre 1 806 ; mais aux premiers grands froids, son avant-bras fut remis en supination par la contracture du court supinateur, la main gardant la liberté de tous ses mouvements. La douleur qui s'étendait de la dernière cervicale à la partie moyenne de la région dorsale redevint plus vive. Des vésicatoires pansés à la morphine, des ventouses sèches, l'opium à l'intérieur furent essayés sans succès.
Le 29 septembre 1867, mademoiselle X*** me fut présentée dans cet état. En quelques séances, je triomphai encore de la contracture du court supinateur parla faradisalion énergique et à intermittences rapides des pronateurs. Je parvins ensuite à diminuer notablement les douleurs spinales par l'excitation électro-cutanée loco dolenli. Depuis lors, les contractures n'ont plus reparu, mais, quelques semaines après, les douleurs rachidiennes sont revenues, plus vives que jamais, avec exacerbation pendant la nuit; elles persistaient encore en 1869, malgré toutes les médications employées.
Me réservant de revenir, dans la seconde partie, sur la question pathologique soulevée par le fait clinique précédent, je me bornerai, pour le moment, à faire remarquer l'enseignement qui en ressort, comme conclusion thérapeutique à en tirer au point de vue de la valeur des courants continus et de la faradisation localisée.
Bien que j'eusse obtenu en général la guérison des contractures rhumatismales par la faradisation énergique et à intermittences rapides de leurs muscles antagonistes, on a vu cependant dans le cas de 'contracture réflexe ascendante pur traumatisme articulaire relaté ci-dessus, que j'ai donné la préférence à la galvanisation réflexe par courant continu ; elle me paraissait ici plus rationnelle. Il était en effet évident pour moi que ces contractures avaient été provoquées par l'irritation articulaire consécutive à la chute faite sur le poignet, et en conséquence qu'elles étaient réflexes. Croyant qu'elles étaient symptomatiques d'un état hypérémique d'un point de la région cervicale de la moelle, correspondant à l'origine du plexus brachial, l'application, sur le membre supérieur, de la galvanisation réflexe par courant continu descendant qui est considéré comme hyposthénisant, me parut parfaitement indiquée, et offrir, dans ce cas rebelle et déjà ancien, plus de chances de succès que la faradi-
204 CHAP. III. — EXAMEN DES l'RINCIP. METHODES D ELECTRISATION.
sation des antagonistes des muscles contractures. Mais on a vu que j'ai été trompé dans mon attente ; que ce traitement appliqué longtem pset suivant les règles prescrites s'est montré impuissant contre celte espèce de contracture; qu'avant d'abandonner l'électrisation, je voulus essayer, quoique le succès ne me parût pas probable, la faradisation des muscles antagonistes ; qu'alors, à ma grande surprise, j'obtins, par ce mode d'électrisation, la guérison de celte contracture avec une grande rapidité.
L'action de ce mode de faradisation des muscles antagonistes a été tellement héroïque dans cette circonstance, que, malgré la persistance des douleurs spinales, elle a triomphé rapidement une seconde fois de la contracture du court supinateur qui était revenue quelques mois après et avait duré plusieurs mois.
Je me réserve de démontrer, que par la suite les douleurs spinales symptomatiques d'un état morbide secondaire de la moelle (sclérose), qui existent aujourd'hui novembre 1869, sont la terminaison habituelle de la contracture réflexe ascendante par traumatisme articulaire, et que leur longue persistance donne à celte maladie une certaine gravité.
e. Chorce. — Observation XV. — J'ai soumis à l'action des courants continus de 30 à 50 éléments de ma pile au sulfate de plomb deux cas de chorce, chez deux jeunes sujets Agés, l'un de 14 ans et l'autre de 16 ans, le courant ayant parcouru les membres agités et la colonne vertébrale, dans une direction tantôt ascendante et tantôt descendante, et chaque séance ayant duré 10 à 15 minutes. Dans l'un de ces cas, les membres supérieurs et l'un des membres inférieurs étaient agités par des contractions musculaires partielles. Il a été guéri en 15 séances, une amélioration progressive ayant été obtenue après quelques séances. — L'autre cas, chez lequel les spasmes musculaires choréiques étaient moins généraux, mais dataient de plus d'une année, n'a éprouvé aucune amélioration par les courants continus, bien qu'ils eussent été appliqués delà même manière.
Os deux faits prouvent et viennent confirmer ce qui était déjà établi par les recherches d'autres expérimentateurs (Remak, Hiffelsheim, Benedikt), que la chorée peut quelquefois, mais non toujours, guérir par le courant continu.
Je ferai remarquer que la faradisation localisée, surtout par action réflexe, compte aussi des guérisons de la chorée; moimême j'en ai obtenu, bien que j'en aie traité un très-pelit nombre. On en a même guéri par l'électricité statique.
Puisque la chorée peut être guérie par tous les modes ou espèces d'électrisation, il importera de rechercher à l'avenir quel est le procédé ou quelle est la méthode d'éleclrisalion (de faradi-
sation ou de galvanisation) qui mérite la préférence dans le traitement de cette affection.
M. Onimns dit que dans le traitement de la chorée « les courants d'induction sont rejetés par tous les médecins qui se sont occupés d' électro-thérapeutique », et alors il indique un traitement par les courants continus, qui, dit-il, lui ont toujours réussi dans cette affection, et qui consiste à faire passer un courant continu ascendant dans les membres ou dans la colonne vertébrale pendant quinze à trente minutes (J).
Ce que je viens de dire de l'influence thérapeutique des courants d'induction, surtout lorsqu'ils sont appliqués par action réflexe dans le traitement de la chorée, prouve que cet observateur s'est trompé en avançant qu'ils sont abandonnés par tous ceux qui s'occupent d'électro thérapie.
Je ne saurais croire qu'il prétende que la méthode de galvanisation par courant continu ascendant, proposée par lui, doive toujours réussir dans le traitement de la chorée, car il ne l'a appliquée que dans quelques cas de chorée. D'ailleurs tout praticien expérimenté sait qu'il faut, pour juger une question de thérapeutique, un plus grand nombre de faits et le contrôle du temps.
Est-il bien démontré, comme l'affirme M. Onimus, que le courant continu ascendant ait sur le courant descendant l'avantage de guérir la chorée ? 11 m'a semblé que la contre-épreuve expérimentale était ici nécessaire. Je viens de la faire; on en va voir le résultat, dans l'observation suivante, exposée en résumé.
Observation XVI. — L'occasion de faire cette contre-épreuve, chez un jeune garçon atteint d'une chorée depuis cinq mois, s'est justement présentée lejouroù la découverte de cette curieuse propriété thérapeutique du courant ascendant était annoncée par M. Onimus, dans la Gazette des hôpitaux. J'ai fait passer le courant descendant continu de 30 éléments de ma pile au sulfate de plomb, pendant o à 6 minutes, dans chacun des membres agités par des contractions choréiques, en plongeant alternativement les mains dans une cuvette remplie d'eau en rapport avec le pôle négatif, et en plaçant l'autre rhéopore (positif) dans un point correspondant à l'origine du plexus brachial. Après la deuxième séance, l'agitation des membres supérieurs avait notablement diminué. Je fis alors passer un courant descendant dans les membres inférieurs et (suivant la direction de la moelle) dans le tronc, qui était le siège de quelques contractions convulsives isolées. A dater de ce moment, l'amélioration a été progressive ; après quatorze séances, le jeune choréique paraissait guéri.
Il est possible et même probable qu'un plus ou moins grand nombre des guérisons de chorée, obtenues par d'autres observa-
(1) Onimus, De l'action des courants continus dans le traitement de la chorée {Gaz. des/iôp., 18 septembre 1809).