CI1AP. III. — EXAMEN DES PRINCIP. MÉTHODES D'ÉLECTRISATION
Cel appareil enfin devient, au besoin, commutateur ou renverseur des pôles. Il suffit pour cela de changer les manettes de côté, les rhéophores restant en place sur l'organe soumis à l'excitation du courant. Dans toutes les manœuvres des manettes, les contacts sont disposés de manière à éviter les intermittences du courant.
Graduation des courants galvaniques. — La possibilité d'augmenter ou de diminuer à volonté et rapidement, et sans produire de solution, le courant de dix en dix, d'une pile composée d'un grand nombre d'éléments, peut être considérée comme une graduation de sa force électro-motrice. C'est ce que l'on obtient, on vient de le voir, avec l'instrument ci-dessus décrit. (Voy. fig. 40).
Mais il importe aussi souvent de diminuer graduellement, à volonté, l'action calorifique et éleclrolitique de la pile, le nombre de ses éléments restant le môme. Pour cela, je fais traverser à son courant une couche liquide plus ou moins grande, contenue dans un tube en verre, que j'ai appelé tube modérateur et qui sera décrit par la suite. Le liquide, qui doit être de l'eau distillée, lorsque le tube modérateur est appliqué à la graduation des courants d'induction et surtout du courant induit, est remplacé alors par une eau saturée de sel marin, lorsqu'il doit servir à graduer les courants voltaïques dont la tension, comparativement au courant induit, est faible, lors même que la pile contient un grand nombre d'éléments.
A l'aide du voltamètre, j'ai constaté que l'action électrolitique de la pile diminuait proportionnellement à la hauteur de la colonne humide à traverser ; j'ai observé aussi que la sensation de brûlure diminuait alors proportionnellement, au niveau des points de contact des rhéophores avec la peau.
La résistance opposée au passage du courant de la pile parie liquide du tube modérateur diminue également la force électromotrice, mais beaucoup moins que son action électrolitique; conséquemment j'ai appliqué ce mode de graduation de la pile à son électricité de quantité.
Intermittences, dans la galvanisation musculaire localisée par courants interrompus. — Les intermittences de la galvanisation musculaire localisée par courants interrompus, peuvent se pratiquer en soulevant, à des intervalles plus ou moins éloignés, l'un ou les deux rhéophores humides, appliqués sur la peau. C'est le procédé employé généralement.
Mais j'ai préféré me servir des rhéotomes que j'applique ordinairement à la faradisalion musculaire, et sur lesquels je reviendrai, lorsque je décrirai mes appareils d'induction.
Voulant étudier la valeur comparative de la faradisalion localisée et la galvanisation localisée par courants interrompus, je devais me placer, autant que possible, dans des conditions identiques, c'est-
à-dire, pour ce qui a trait aux intermittences, les pratiquer dans la galvanisation musculaire localisée, sans changer les rhéophores de place, et avec des instruments semblables.
a. Pédale rhéotome. — Habituellement je ferme et ouvre le circuit du courant de la pile avec une pédale rhéotome qui me laisse les mains libres, pour le maniement des rhéophores. D'ailleurs je conseille à ceux qui font, comme moi, un usage journalier de la pile, soit pour son application aux appareils d'induction, soit pour son application physiologique ou thérapeutique par courants interrompus ou par courants continus, d'employer la pédale rhéotome, afin de ne pas être exposé, par distraction ou par un accident quelconque, à laisser son circuit longtemps fermé, pendant une nuit entière, par exemple. — Cet accident, qui m'était arrivé trop souvent jadis, ne s'est plus reproduit, depuis que je suis obligé de mettre le pied sur la pédale, pour fermer le circuit de la pile.
b. Roues rhéotomes. — J'aifaitenoutreusage de rhéotomesqui m'ont permis de pratiquer la galvanisation localisée avec des intermittences à peu près égales en vitesse à celles du trembleur des appareils d'induction. (Ces appareils sont munis de plusieurs roues à dents plus ou moins rapprochées, contre lesquelles on fait frotter un ressort, de manière à obtenir soit deux, soit quatre intermittences, ou à les produire avec une rapidité extrême.) A l'époque de mes premières recherches, j'avais fait construire plusieurs rhéotomes qui remplissaient ces conditions et qui étaient mis en action, les uns par la main, les autres par des mouvements d'horlogerie. (Je n'en expose pas ici la description, parce qu'ils ne valent pas mieux que ceux qui les ont précédés.) Ces rhéotomes m'ont servi et me servent encore pour certaines applications électro-physiologiques ou thérapeutiques. — Je fais habituellement usage de la roue rhéotome appelée distributeur de rentrée ou de la sortie du courant, et qui est représentée dans la figure 33 et décrite page 115.
B. Distinction à établir entre les différentes méthodes de galvanisation. — Ayant réuni, dans mon cabinet et sous ma main, les appareils ou instruments qui servent à l'application de toutes les méthodes ou de tous les modes d'électrisation, rien ne m'a été plus facile que ce genre de recherches comparatives. Elles ont été faites principalement sur des sujets qui se sont présentés à ma clinique civile, atteints de paralysies atrophiques, traumatiques, saturnines, rhumatismales, spinales de l'enfance, de contractures ou spasmes divers, de chorée et d'ataxie locomotrice.
11 faut avant tout que l'on sached'abord que bon nombre de ces affections sontamendées ouguériespardesexcitations électriques, quelles qu'elles soient, parles courants voltaïques plus ou moins intermit-
188 CHAP. III. — EXAMENDES rRINCII'. MÉTHODES D'ÉLECTRISATION.
tenls ou continus permanents et même par l'électricité statique, comme par les courants d'induction. C'est ce qui explique l'admiration que chaque spécialiste a professée, de tout temps, pour le genre ou mode d'électrisation qu'il a appliquée exclusivement sans connaître ou sans avoir appliqué comparativement les autres.
J'ai vu cependant des paralysies, des névralgies, des névroses, etc., d'un pronostic léger, en raison de la facilité avec laquelle elles guérissent habituellement par les courants d'induction, résister à l'action des courants voliaïques intermittents ou continus.
Je ne me bornerai pas à ces généralités; je vais dire en quelques mots quels sont les divers modes de galvanisation que j'ai appliqués à ces recherches électro-thérapeutiques, et quelles déductions il m'a été possible d'en tirer.
Les distinctions que j'ai établies entre ces divers modes me semblent pouvoir servir de base à une bonne méthode de galvanisation. Je divise en effet la galvanisation musculaire 1° en galvanisation localisée — qui consiste, on le sait, à promener les rhéophores humides de la pile sur tous les points correspondants aux masses des muscles, loin de leurs nerfs ou des troncs nerveux, dont les procédés et le mode d'action physiologique ont été exposés antérieurement (Voy. chap. III, art. il, p. 111) — par courants intermittents et par courants continus; 2° en galvanisation par action réflexe.
On sentira l'importance de cette division fondamentale, si l'on se rappelle les principes électro-physiologiques qui distinguent l'électrisation musculairedirectelocaliséeet l'électrisation musculaire par action réflexe, etqui ontété exposés précédemment (chap. III, art. h). Dans le premier mode, en effet, tous ies éléments anatomiques de l'organe électrisé sont excités périphériquement, ainsi que son innervation locale, ou, en d'autres termes, sa circulation locale et sa nutrition; dans le second, des points des centres nerveux sont principalement et irrégulièrement excités par l'électrisation de certaines zones reflexogènes. Tout le monde comprendra que ces principes sont parfaitement applicables à la galvanisation musculaire localisée et à la galvanisation musculaire par action réflexe.
III. — RÉSULTATS DE MES RECHERCHES SUR L'APPLICATION THÉRAPEUTIQUE DE LA GALVANSATION MUSCULAIRE LOCALISÉE, DIRECTE PARCOURANTS INTERMITTENTS.
A. La galvanisation musculaire localisée se pratique exactement de la même manière que la faradisation musculaire localisée. Les mêmes préceptes exposés dans le chapitre II, les mêmes rhéophores lui sont applicables.
Je rappellerai néanmoins que, différemment de la faradisation mus-
calaire localisée, la galvanisation intermittente ne peut exciter la contraction musculaire, sans exercer en môme temps sur la peau une action calorifique et électrolitique, et cela d'autant plus fortemenlque les rhéophores restent plus longtemps en contact avec le môme point de la surface cutanée. C'est pourquoi j'ai eu soin de changer les rhéophores de place après chaque intermittence, en les promenant sur les points correspondants aux masses musculaires à galvaniser. De cette façon l'excitation cutanée est beaucoup moindre.
B. Il importe de signaler ici les effets différentiels des intermittences des courants d'induction, qui paraissent rendre difficile leur étude comparative avec la galvanisation par courants interrompus ; et je dirai comment j'ai résolu celte difficulté. On sait, en effet, que chaque intermittence du courant galvanique provoque une contraction musculaire, à la fermeture et à l'ouverture du circuit, moins fortement à la première qu'à la seconde, sans cependant changer la direction du courant; d'autre part, on se rappelle que le contraire n'a lieu, pour les courants d'induction, qu'à la fermeture et à l'ouverture du circuit; qu'ils se dirigent en sens inverse, et produisent une action électro- physiologique essentiellement différente, au point de vue de l'influence de la direction des courants; qu'il paraît en conséquence difficile, sinon impossible de comparer les courants galvaniques interrompus dont la direction est toujours ou centrifuge ou centripète, aux courants d'induction, qui, avec les rhéotomes usuels ou avec leurs trembleurs, ne peuvent produire que des alternatives voltianes.
C'est dans le but de recueillir seulement l'entrée ou la sortie du courant induit, de manière à faire passer, à volonté, à travers les organes un courant centrifuge ou centripète, que j'ai fait construire le rhéolome distributeur de l'entrée et de la sortie du courant d'induction qui a été décrit précédemment (voy. fig. 33, p. 115).
La faradisation par courants centrifuges ou par courants centripètes, que j'ai pu pratiquer à l'aide de ce rhéotome, m'a permis d'observer sur des grenouilles et des lapins des phénomènes analogues à ceux que l'on obtient expérimentalement, sous l'influence de la direction des courants galvaniques; mais je dois dire, ici, que, dans le traitement des paralysies, elle ne m'a offert, au point de vue de son action sur la motililé, sur la sensibilité et sur la nutrition, aucune différence appréciable avec la faradisation pratiquée par les rhéotomes ordinaires. J'en puis donc conclure que la faradisation musculaire, avec ou sans alternatives voltianes, est parfaitement comparable à la galvanisation musculaire avec intermittences.
C. J'ai dit précédemment (chap. I) qu'entre la fermeture et l'ouverture d'un circuit galvanique, le courant, qui est alors continu, provoque des contractions fibrillaires oscillatoires. C'est encore un
190 C11AP. III. — EXAMEN DES PttïNCIP. METHODES D ELECTRISATION.
caractère qui distingue les intermittences du courant galvanique de celles du courant d'induction. Aussi, lorsque j'ai eu à établir une comparaison entre l'action thérapeutique des unes et des autres, ai-je toujours eu la précaution de diminuer considérablement, pendant les intermittences du courant galvanique, la durée de l'action intermédiaire entre l'entrée et la sortie du courant, au point de l'annuler presque entièrement. Dans ce but, je me suis servi d'un rhéotome dont les dents offrent une petite surface de contact, de telle sorte que chaque intermittence fût nécessairement très-courte, quelque lentement que tournât la roue dentée.
Toutes les précautions indiquées dans ce sous-paragraphe étant donc prises, il m'a été possible d'établir une comparaison entre l'action thérapeutique de la galvanisation localisée intermittente et la faradisation musculaire localisée dans le traitement des paralysies.
D. Eh bien! lorsque, dans toutes les conditions précédentes, la puissance électro-motrice de la pile a été assez grande, la galvanisation musculaire localisée a donné à peu près les mêmes résultats thérapeutiques que la faradisation.
Cependant, à mérite égal, je lui ai encore préféré la faradisation musculaire localisée, qui, exerçant la même influence thérapeutique, au point de vue des circulations locales et de la nutrition, n'avait aucun de ses inconvénients (action électrolitique, excitation de la peau inséparable de l'excitation musculaire, excitation trop vive de la rétine) et offrait l'avantage d'agir vivement, selon les indications à remplir, sur la sensibilité musculaire avec l'extra-courant et sur la sensibilité cutanée avec le courant induit, en vertu des propriétés spéciales de ces courants. Si, outre ces raisons, l'on considère que les appareils d'induction sont peu volumineux, d'un transport et d'une application faciles et qu'ils sont peu dispendieux, on comprendra que j'aie conseillé l'emploi de la faradisation musculaire de préférence à la galvanisation musculaire localisée intermittente, qui exige des piles volumineuses, applicables seulement, en général, dans le cabinet des spécialistes.
IV. RÉSULTATS DE MES RECHERCHES SUR L'APPLICATION THÉRAPEUTIQUE DE LA GAL- VANISATION RÉFLEXE PAR COURANTS CONTINUS, MÊLÉS D'INTERMITTENCES FAIBLES (COLl-
rants labiles) comparativement a la faradisation localisée.
Je vais passer, aussi rapidement que possible, en revue quelquesunes des principales maladies ou affections musculaires, dans lesquelles j'ai étudié expérimentalement l'action thérapeutique des courants continus par la méthode de Remak, comparativement à la faradisation localisée, — me réservant toutefois d'y revenir, avec plus de détails, dans la deuxième partie.
ART. IV. — VALEUR TUERAl'EUT. DE LA GALVANISATION. 19 1
A. Paralysies atropliiques consécutives aux lésions traumatiques des nerfs. — Plus de vingt années de recherches électro-thérapeutiques, faites publiquement sur une grande échelle, dans nos hôpitaux de Paris et dans ma clinique civile, contrôlées et confirmées par un grand nombre d'observateurs en Europe et en Amérique, avaient établi, d'une manière incontestable, la valeur thérapeutique de l'é- Iccti isation localisée, par la faradisation ou par la galvanisation à courants interrompus et surtout parla première, dans le traitement des paralysies alrophiques. Les faits et les considérations exposés dans ce chapitre (art. m) ne peuvent avoir laissé aucun doute, sur ce point, dans l'esprit de mes lecteurs.
Cependant, en présence des prétentions des promoteurs de la méthode de galvanisation de Remak et surtout après les assertions de jeunes savants, qui, je regrette d'avoir à le dire, interprétant d'une manière étrange des expériences laites sur des rats, des lapins, sont venus annoncer à l'Académie des sciences et à d'autres corps savants que les courants d'induction paralysent l'innervation, ce qui conduit à considérer comme non avenus ces résultats thérapeutiques, j'ai voulu rechercher, dans ma clinique civile, si du moins les résultats de l'expérimentation pouvaient expliquer, sinon légitimer, jusqu'à un certain point, une telle aberration. Dans ce but, j'ai appliqué les courants continus mêlés d'intermittences exactement, selon la m'élhode de Remak, au traitement de paralysies atrcphiques consécutives à des lésions traumatiques des nerfs, dont avaient été atteints des sujets de ma clinique civile.
Eh bien ! je déclare que les résultats de ces recherches expérimentales ont été loin de répondre aux prétentions de Remak et de son école. L'amélioration, dans les cas de quelque gravité, s'est fait longtemps attendre; en outre je n'ai pu, en général, atteindre la guérison complète que par l'électiïsation localisée, c'est-à-dire après avoir excité périphériquement tous les points des muscles paralysés (fibres musculaires, nerfs et vaisseaux) en promenant sur tous les points de leur surface les rhéophores de mon appareil d'induction.
On conçoit néanmoins que la combinaison de ces deux méthodes d'éleclrisation puisse produire quelquefois une guérison plus rapide, lorsque la paralysie atrophique est symptomatique d'une lésion spinale, car, dans la méthode de Remak, l'action réflexe stimule le centre spinal en même temps que les ramifications nerveuses motrices et sensibles, et celles qui président aux circulations locales, sont excitées périphériquement par l'électrisation localisée.
Depuis plusieurs mois, j'expérimente ces deux méthodes combinées, particulièrement dans la paralysie spinale de l'enfance; mais je ne saurais me prononcer encore sur leur valeur réelle. Ce n'es