‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et à la thérapeutique par courants induits et par courants galvaniques interrompus et continusChapitre 98 sur 505 · CCAP. IV. — DES APPAREILS ÉLECTRO-MÉDICAUX · texte numérisé non relu

CCAP. IV. — DES APPAREILS ÉLECTRO-MÉDICAUX

spéciales de cette rapidité des intermittences rapides, l'énergique influence qu'elles exercent sur la sensibilité, me les ont faitadopter, comme moyen précieux, dans l'étude de certains phénomènes électro-physiologiques et pour le traitement de certaines lésions dynamiques. Mais le mécanisme qui les produit ne saurait toujours remplacer la roue ou la pédale, car elles peuvent occasionner, dans quelques cas, des accidents d'une certaine gravité. Je pense donc qu'un appareil doit être muni d'une pédale et d'un trembleur.

Les trembleurs, — j'en" ai étudié de toutes les formes, — se dérangent si souvent, s'arrêtent si capricieusement, pour ainsi dire, qu'il faudrait renoncer à les appliquer aux appareils d'induction, si l'on n'y portait remède. Ainsi, il m'est souvent arrivé, avec certains appareils, de ne pouvoir faire une expérience ou une application thérapeutique, à cause de l'arrêt, de l'irrégularité ou d'un caprice de leur trembleur, caprice dont je ne trouvais pas toujours immédiatement la cause.

En augmentant la puissance d'aimantation du fer doux de la bobine et de la plaque de fer mobile qui exécute les intermittences, en rendant plus facile et plus simple le jeu du trembleur, au moyen de la force combinée de son ressort et du poids de son fer doux mobile, j'ai si bien régularisé son action, qu'il ne m'a jamais fait défaut, dans mes appareils, pourvu que la force de sa pile fût suffisante.

On peut faire des trembleurs avec ou sans vibrations. (Les trembleurs à vibrations sont ceux qui, entre chaque intermittence, sont agités par plusieurs ressauts ou rebondissements très-rapides qui rendent la faradisalion très-désagréable.)

La sensation plus douloureuse occasionnée par le trembleur à vibrations rend plus difficiles certaines expériences électro-musculaires, même lorsqu'on agit à un degré modéré. Cependant le trembleur à vibrations peut être très-utile dans les cas où il est indiqué d'exciter très-vivement la sensibilité et la nutrition.

J'ai imaginé un trembleur dont les battements sont ralentis ou accélérés à volonté : ainsi, il peut ne donner que quatre intermittences par seconde, ou bien produire un nombre incalculable d'intermittences dans le même espace de temps, en passant par tous les degrés de vitesse intermédiaires. J'ai adapté ce trembleur à mon appareil découvert (fig. 49).

La figure 50 représente le plan antérieur de cet appareil où se trouve le trembleur à intermittences lentes ou rapides, dont voici le mécanisme. L'une des extrémités du fil de la première hélice communique, l'une avec le bouton E, l'autre extrémité avec la vis C; la pièce mobile de cuivre A, qui est repoussée par un ressort placé au devant d'elle contre la vis C, communique avec le bouton F.

Fig. 50.— Plan antérieur de l'appareil découvert représenté dans la figure 43.

On comprend qu'à l'instant où les boutons E et F sont mis en rapport avec les pôles d'une pile, le courant passe dans le fil de la première hélice, et aimante le fer doux central de celle-ci, qui attire le fer doux mobile G. Ce fer doux entraîne avec lui la pièce mobile de cuivre A qui était appliquée contre la vis C. Il en résulte une solution de continuité, et conséquemment la cessation de l'aimantation et le retour de la pièce A contre la vis C. Alors le courant passe de nouveau dans l'hélice, produit les phénomènes ci-dessus décrits, et ainsi de suite.

Jusqu'à présent, on le voit, ce trembleur diffère peu de celui de l'appareil représenté dans la figure 44. Mais voici les modifications qui l'en distinguent. Le fer doux mobile G (fig. 50) est assez éloigné du fer doux placé au centre de l'hélice pour avoir une course beaucoup plus grande à parcourir, lorsqu'il est attiré par l'aimant temporaire de la première hélice. Dans cet état, il ne bat que quatre fois par seconde. Mais, en tournant graduellement de droite à gauche la vis C, l'étendue de la course du fer doux mobile G diminue de plus en plus; conséquemment la rapidité du trembleur va progressivement, au gré de l'opérateur qui peut, par ce moyen simple, régler la marche du trembleur, selon les effets qu'il désire obtenir. Pour que l'action magnétique pût s'exercer avec assez de force à une telle dislance entre l'aimant temporaire de l'hélice et le fer doux mobile G, il m'a fallu augmenter la masse de ce dernier. C'est ce que j'ai obtenu en articulant le fer doux mobile G avec un barreau de fer doux de 14 centimètres de longueur, et qui s'étend sur la face supérieure de la bobine, comme on peut le voir dans la figure 48. L'aimantation de la plaque mobile G par l'influence du fer de l'hélice augmente alors considérablement, comme si elle faisait corps avec le barreau sur lequel elle est articulée. Lorsque la vis C est serrée, le ressort qui repousse la pièce A contre cette vis C, est assez tendu pour que les intermittences se fassent sans vibrations. Mais lorsque l'on relâche ce ressort, en détournant la vis C, chaque battement ou intermittence est suivie de vibrations dont j'ai exposé plus haut l'action spéciale sur la sensibilité. Ces vibrations sont telles au maximum de relâchement du ressort de la pièce A, que les intermittences les plus rares du trembleur (quatre intermit-

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tences par seconde) produisent des contractions musculaires douloureuses, quoique éloignées. Cesintermitlenceséloignées, maisàvibrations, sont très-utiles, lorsqu'il est indiqué d'agir à la fois sur la contraclilité, la sensibilité ou la nutrition des muscles, et alors que les intermittences rapides ne peuvent être supportées par les malades. Ainsi, lorsque les intermittences rapides produisent des crampes et ne peuvent être appliquées, je les remplace par les intermittences éloignées à vibrations qui, sans offrir cet inconvénient, agissent encore avec assez d'énergie sur la sensibilité et la nutrition.

Ces intermittences rares à vibrations sont contre-indiquées dans les cas où il est dangereux de surexciter la sensibilité. En conséquence, l'appareil pourvu d'un trembleur qui les produit, doit avoir en outre un rhéotome qui donne des intermittences éloignées sans vibrations.

M. F. P. Le Roux, professeur agrégé des sciences physiques, a fait ressortir, dans une excellente thèse, l'importance de cette étude sur les trembleurs avec ou sans vibrations, dans certaines conditions ; on y verra que les phénomènes électro-physiologiques produits parles trembleurs, et que je viens de faire connaître, concordent, dans l'ordre physique, avec ses expériences personnelles.

<( La nécessité, dit-il, de disposer d'une façon absolue du nombre des interruptions a été bien sentie par M. Duchenne, qui a eu soin de munir son appareil volta-faradique d'un trembleur dont les battements peuvent être ralentis ou accélérés à volonté; ainsi il peut ne donner que quatre intermittences par seconde, ou bien en produire un nombre extrêmement considérable dans le même temps, en passant par tous les degrés de vitesse intermédiaires.

« M. Duchenne établit une distinction entre les trembleurs avec ou sans vibrations. Les trembleurs à vibrations sont ceux qui, entre chaque intermittence, sont agités par plusieurs ressauts et rebondissements très-rapides qui rendent l'électrisation très-désagréable. Sauf certains cas particuliers, on doit éviter les dispositions de trembleurs donnant lieu à ces effets, car elles rendent plus difficiles certaines expériences électro-musculaires.

« On sait que les secousses électriques très-rapprochées déterminent au lieu de commotions isolées un état tétanique; des vibrations se produisant dans le trembleur donnent donc lieu en réalité à des séries plus ou moins courtes et plus ou moins espacées de convulsions tétaniques.

«Des faits d'ordre purement physique, que j'ai observés, viennent à l'appui de ceux d'ordre physiologique cités par M. Duchenne. J'ai eu en effet l'occasion de reconnaître que la manière dont s'opère la rupture de l'extra-courant peut donner lieu à une division de l'étincelle induite dont le fait suivant pourra donner une idée.

Dans des expériences relatives à la vitesse du son (I) je me servais comme moyen chronoscopique de la (race laissée sur une plaque d'argent iodurée par une étincelle d'induction provenant d'une bobine de Ruhmkorff. L'interruption du courant inducteur était produite mécaniquement; or, dans certaines circonstances, au lieu d'une trace unique, j'ai observé jusqu'à 15 traces correspondant à autant de petites étincelles dans lesquelles s'était subdivisée une seule décharge. On pouvait les distinguer les unes des autres, parce que la plaque était animée d'un mouvement rapide, et que les petites étincelles, étant successives, laissaient leur trace en des points différents; or ces quinze traces étaient réparties sur une longueur de 1 millimètre, correspondant à un temps notablement inférieur à 500M de seconde. Ces étincelles étaient d'ailleurs certainement successives, car elles s'alignaient toutes dans le sens du mouvement de la plaque.

« Il n'y a pas lieu de croire que chacune de ces étincelles partielles correspondît à une vibration produite dans l'interrupteur, mais il est manifeste que, suivant la loi du mouvement de l'interruption, la décharge induite, qui se manifeste le plus ordinairement par une seule étincelle, peut se diviser en un certain nombre de décharges partielles. Ces phénomènes ont été observés avec une bobine de Ruhmkorff de moyen modèle (2). »

Dans les trembleurs, la pointe de la vis est platinée et se trouve en contact avec une plaque également platinée, soudée à la pièce qui bat contre elle, afin que l'oxydation nuise le moins possible au contact parfait de ces conducteurs : mais le platine, brûlé par l'étincelle électrique, s'oxyde à la longue, quoi qu'on fasse ; l'oxyde déposé sur les surfaces platinées s'oppose au passage du courant, d'où résulte un affaiblissement de la puissance de l'appareil ; alors le jeu du trembleur, ou se ralentit, ou s'arrête tout à fait. J'ai remédié à ce défaut en augmentant l'épaisseur de la plaque de platine et en la rendant mobile, de sorte que, lorsqu'après quelques mois d'un travail de plusieurs heures par jour, elle a été oxydée dans un point, on peut la déplacer un peu à droite ou à gaucbe. Il faut aussi avoir soin de frotter de temps à autre, sur du drap ou du linge, l'extrémité platinée de la vis du trembleur, aûn d'en enlever l'oxyde. Enfin, pour diminuer l'oxydation du platine, j'ai augmenté la surface de l'extrémité du trembleur ; je lui ai donné 2 à 3 millimètres de diamètre transversal.

(1) Le Roux, Détermination expérimentale de la vitesse de propagation d'un ébranlement sonore dans un tuyau cylindrique [Annales de chimie et de physique, 4e série, tome XII, page 345).

(2) F. P. Le Roux, de l'Induction et des appareils électro-médicaux, p. 46. Thèse présentée à C École supérieure de pharmacie pour l'agrégation des sciences physiques. Paris, 1869.

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G. —Pile.

Au début de mes recherches et jusqu'en 1858, la pile de Bunsen avait été la source initiale de mon appareil volta-faradique, parce qu'à la puissance elle joignait une constance suffisante. Je l'avais seulement convertie en pile plate, afin de la mettre dans un tiroir; et, au lieu de plonger le charbon dans l'acide azotique, j'avais versé cet acide sur sa surface, jusqu'à ce qu'il en fût pénétré par endosmose, et je le plaçai dans un bac de zinc qui contenait une certaine quantité d'une solution de sel marin, n'ayant pour diaphragme qu'une couche très-mince du liquide salin , ce qui diminuait considérablement la résistance de la pile et augmentait proportionnellement sa puissance.

Cette pile était parfaitement en rapport avec la force de mon appareil primitif. Mais depuis que j'ai dû doubler au moins la longueur des hélices et de leurs fils, elle est devenue insuffisante et ne peut développer toute la puissance que possède l'appareil. J'ai donc cherché à obtenir de la pile beaucoup plus de tension. Pour cela, j'ai diminué de moitié la surface de l'élément, et mon appareil a été alimenté par une pile composée de trois et môme de quatre éléments semblables.

Les inconvénients dus à l'emploi de l'acide azotique, c'est-à-dire le dégagement inévitable de gaz nitreux, qui est une cause de détérioration rapide des diverses pièces de l'appareil, m'avaient fait remplacer l'acide azotique par l'acide sulfurique, et depuis un an je me servais de celte nouvelle pile, lorsque M. Marié-Davy fit connaître sa pile au bisulfate de mercure, qu'avec quelques modifications j'adaptai à mes appareils. C'est à cette source d'électricité que je donne depuis six ans la préférence pour mes appareils portatifs. J'en ai fait la description précédemment (page 235). Celte pile humide offre l'avantage de pouvoir être transportée sans que l'on ait à craindre de renverser le liquide. 11 suffit pour cela de mettre un morceau de caoutchouc durci entre le drap et le zinc, essuyé avec soin, dans l'intervalle ries applications, et, lorsque l'on veut remettre la pile en action, de verser sur le drap un peu d'eau et d'enlever les plaques de caoutchouc. Le môme bisulfate de mercure peut servir pendant quinze jours à trois semaines.

Les pièces de communication du système d'induction avec le charbon, composées autrefois d'une lame de cuivre platinée dans leur point de contact avec le charbon se détruisaient assez rapidement par l'oxydation ; je les ai remplacées aujourd'hui par des fils de platine. Ces pièces de communication sont donc inaltérables. Les deux ou trois petits éléments qui font corps avec mon appareil volta-électrique me permettent d'avoir, au lit du malade, une force d'induction

toujours suffisante ; mais l'induction de mon appareil n'est pas, pour ainsi dire, saturée par ces trois éléments, car j'obtiens de lui une bien plus grande force avec les quinze à vingt éléments au bisulfate de plomb que je lui adapte dans mon cabinet.

Quoique M. Marié-Davy ait conseillé de n'employer que le protosulfate, je me sers cependant du bisulfate, afin d'en obtenir plus de puissance. Je n'ai employé le protosulfate, comme je l'ai dit, que lorsque je me servais de cette pile composée de 30 à 100 éléments pour l'application des courants continus.

Fabrication des charbons plats. — Après de nombreux essais sur la qualité de la houille grasse et du coke, sur les proportions de leur mélange, sur la manière de tasser ces mélanges dans les moules, sur la forme de ces derniers, et enfin sur leur degré de cuisson nécessaire, je suis parvenu à faire fabriquer des charbons plats, durs et sans fissures. La fabrication de ces charbons étant difficile et dispendieuse, j'avais songé à les remplacer par des charbons sciés dans le coke qui provient des usines à gaz.

Le coke qui tapisse la paroi interne des cornues des usines à gaz hydrogène est formé, on le sait, par la matière bitumineuse connue sous le nom de pétrole. Cette matière se carbonise et se dépose couche par couche sur la face interne des cornues dans lesquelles on distille la houille grasse. Elle y forme à la longue une croûte épaisse dont il faut'les débarrasser de temps en temps. Malheureusement les charbons formés avec le coke des appareils à distillation du gaz hydrogène, qui sont excellents quand ils plongent dans l'acide nitrique, et qui, étant très-purs et ne contenant pas de matière terreuse comme les piles de Bunsen, paraissent augmenter la puissance des piles, conviennent moins au système que j'ai adopté pour mes appareils ; car, en quelques minutes (deux ou trois), le courant qu'ils fournissent s'affaiblit de plus des trois quarts, à peu près, quand il est fermé. On observe alors ce singulier phénomène gui se produit dans les piles composées de zinc et de cuivre, de recouvrer son intensité première en peu de temps, quand le courant est ouvert. J'ai attribué cet affaiblissement rapide à la densité extrême de ce coke dont les interstices sont obstrués par les sels dus à l'action chimique de la pile, sels qui se dissolvent rapidement, lorsque le courant reste ouvert assez longtemps. Les charbons que j'ai fait fabriquer, sans être trop mous, — ce qui les rendrait peu durables, — sont cependant assez durs. Ce n'est qu'à la longue (après cinq à six mois d'un usage fréquent) que les sels résultant de l'action chimique intérieure de la pile se déposent dans ses interstices et en diminuent la puissance en s'opposant au passage du courant. Il est important d'en être prévenu, car la puissance de l'appareil diminue considérablement.

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