CHAP. IV. — DES APPAREILS ÉLECTRO-MÉDICAUX
Cette combinaison de l'action du graduateur et du modérateur m'a même permis de mesurer le degré d'excitabilité de chacun des muscles de la grenouille.
E. — Rhéomètre magnétique.
Le cylindre graduateur divise en doses exactes le courant de la première hélice et le courant de la deuxième hélice; mais il ne mesure pas l'intensité du courant initial, intensité variable pour une foule de causes, et qui en conséquence produit inévitablement des irrégularités dans la puissance de l'induction. Vouloir donc doser l'électricité seulement à l'aide du graduateur me paraît tout aussi absurde que de peser les médicaments avec une balance qui serait juste, mais dont les poids seraient faux.
J'ai employé un procédé très-simple pour mesurer la force du courant initial. Ce procédé fait connaître en môme temps la puissance de l'aimantation du fer doux de la bobine centrale; j'en ai donné déjà la description et la théorie. C'est sur l'action exercée par cette aimantation sur l'aiguille aimantée, qu'est fondé le rhéomètre que j'ai appelé magnétique. En effet, le fer doux est aimanté différemment à ses extrémités, suivant la direction du courant. Supposons que l'extrémité du fer doux aimanté la plus rapprochée du rhéomètre se trouve être le pôle boréal : l'aiguille, disposée comme je l'ai indiqué plus haut, sera déviée du méridien magnetique parla force attractive de l'aimant sur son extrémité australe, et comme la force de l'aimantation du fer doux est en raison directe de l'intensité du courant initial, le degré de la déviation de l'aiguille indiquera à la fois la force de l'aimantation de l'appareil et l'intensité du courant de la pile.
Le rhéomètre magnétique me sert à mesurer et à conserver à peu près au même degré de puissance le courant initial. (J'ai dit que les causes d'affaiblissement du courant des piles sont si nombreuses qu'aucun de ces appareils ne mérite, à coup sûr, d'une manière absolue, le nom de pile à courant constant.) En somme, ce rhéomètre sert non-seulement à connaître la force du courant initial, mais aussi à la régler, de manière h opérer toujours dans les mômes conlitions. L'aotion combinée du rhéomètre et du graduateur permet de doser avec précision l'excitation électrique. La simple énonciation de celte proposition me paraît suffisante; je ne pense pas qu'il faille entrer dans de nouveaux développements pour démontrer que, si le graduateur seul ne mesure rien exactement, au point de vue de l'application à la médecine, il présente, en combinant son action avec celle du rhéomètre magnétique, toutes les condi-
ART. II. — GRAND APPAREIL VOLTA-FARADIQUE DE l'aUTEUR. 2 47
tions de précision et d'exactilude nécessaires à l'étude de l'art de formuler les doses électro-physiologiques et thérapeutiques.
F. — Pédalo rhéotome et trembleur.
Pendant la faradisalion, les intermittences doivent être rares ou fréquentes, lentes ou rapides, selon les indications physiologiques ou thérapeutiques, ainsi que je l'ai prouvé au commencement de ce chapitre. Tout appareil qui ne peut remplir ces conditions est incomplet et môme dangereux. C'est dans le but de répondre à ces indications diverses que j'ai adapté à' mon appareil deux systèmes de rhéotomes : une pédale et un trembleur. (J'ai décrit aussi précédemment [page 115, fig. 33], un rhéotome que j'ai fait construire dans le but d'éviter les alternatives vollianes du courant induit, et de donner au courant une direction centripète ou centrifuge.
a. Pédale. — Avec la pédale (Y, fig. 45) l'opérateur obtient à volonté des intermittences plus ou moins rapprochées.
Je me suis longtemps servi, pour produire à volonté des intermittences plus ou moins lentes, d'une roue dentée adaptée à l'appareil (voy. D, fig. 44) ; mais la mise en action de cette roue me privait de la main qui devait faire manœuvrer le graduateur, le modérateur, les commutateurs des hélices, des pôles, etc. C'est pourquoi j'ai depuis plusieurs années préféré la pédale à cette roue dentée, qui d'ailleurs compliquait la fabrication de l'appareil, ou qui était quelquefois une cause de détérioration.
J'estime peu, en généra], les systèmes d'intermittence qui ne sont pas réglés selon les besoins de l'expérimentation ou de la thérapeutique. J'ai reconstruit plusieurs petits appareils rhéotomes, dont le moteur était un mouvement d'horlogerie qui produisait des intermittences plus ou moins rapides pendant un temps assez long. L'expérience m'a bien vite appris que ces mouvements mécaniques ne pouvaient pas remplacer ceux qui sont mus par la volonté du médecin ; malgré la commodité de leur emploi, j'en suis revenu à la roue dentée, et postérieurement à la pédale.
Je dirai cependant que je me sers quelquefois avec avantage (dans les applications où il faut de la précision) d'une pendule électrique à laquelle j'ai fait adapter un rhéotome qui me donne exactement, à volonté, un, ou deux, ou trois, ou quatre intermittences par seconde (1). b. Trembleur. — Quelque rapprochées que puissent être les intermittences d'une roue dentée ou d'une pédale, elles ne peuvent jamais atteindre la rapidité du trembleur, rapidité telle que la contraction musculaire qu'elle pcoduit paraît être continue. Les propriétés
(1) Ce rhéotome, adapté à une pendule électrique avec aiguille à secondes, a été construit par M. A. Mathieu, mécanicien.