‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et la thérapeutiqueChapitre 101 sur 400 · ÉLECTRO-PATHOLOGIE DES PARAPLÉGIES SPINALES AIGUES · texte numérisé non relu

ÉLECTRO-PATHOLOGIE DES PARAPLÉGIES SPINALES AIGUES

$S I, — Paraplégies aiguës consécutives aux lésions traumatiques de la partie inférieure de la moelle,

Toutes les paraplégies aiguës, que j'ai eu l’occasion d'observer et qui étaient consécutives aux lésions traumatiques de la partie inférieure de la moelle, qui intéressaient, à des degrés divers, toutes ses parties constituantes et avaient provoqué des phénomènes inflammatoires plus ou moins intenses, ces paraplégies, dis-je, m’ont offert, quant aux troubles de la contractilité volontaire ou électrique et de la nutrition des muscles placés sous la dépendance du point lésé, un ensemble de phénomènes absolument identiques avec ceux qu’on observe dans les lésions traumatiques des nerfs mixtes. Les signes diagnostiques et pronostiques, tirés de l’état dela contractilité et de la sensibilité électro-musculaires sont les mêmes. Ainsi, comme dans la paralysie traumatique des nerfs, ces paraplégies sont d’autant plus rebelles à l’action thérapeutique de la faradisation localisée, et l’atrophie ést d'autant plus grande, que la contractlité et la sensibilité électro-musculaires ont été plus profondément altérées ; dans ces cas, les muscles paralysés, dont la contractilité électrique est peu affaiblie, ne s’atrophient pas ou presque pas, et ils recouvrent promptement leurs mouvements par l’excitation électrique ; ceux, au contraire, qui ont entièrement perdu leur contractilité et leur sensibilité électriques, restent inévitablement paralysés et s’atrophient, quoi que l’on fasse, jusqu’à ce que la lésion de la moelle soit guérie, jusqu’à ce que l’innervation spinale puisse revenir aux muscles. Alors l'intervention de la faradisation localisée devient nécessaire et peut rappeler la nutrition dans les muscles et leur rendre la faculté d’obéir à la volonté.

Ces principes, on le voit, sont absolument les mêmes que ceux qui découlent de mes recherches sur les paralysies consécutives aux lésions traumatiques des nerfs mixtes, et qui viennent d’être exposés (2° partie, chap, I‘).

J’ajouterai seulement que l’absence complète de la contractilité et de la sensibilité électro-musculaires, à laquelle s'ajoute l’anesthésie de la peau, m’a paru être un signe beaucoup plus grave, à la suile de la lésion traumatique intéressant toutes les parties constituantes de la moelle, que consécutivement à la lésion traumatique des troncs nerveux mixtes.

À l'appui des considérations précédentes, je me bornerai à exposer sommairement le fait suivant,

Ogsenvarion LXXVI.— Résumé : Fracture de la colonne vertébrale, vers la partie supérieure de la région dorsale, produite par une chute de 50 pieds de hauteur, chez un sujet âgé de 19 ans; — paralysie complète avec perle de la sensibilité et sans contractions réflexes des muscles paralysés. — Perte de la contractilité électrique de la sensibilité électromusculaire, le sixième jour après l’accident, dans les musclesde la région antérieure et externe de la jambe, et, à un faible degré, dans le droit antérieur et le vaste externe, le ae dans tous les muscles de la cuisse, enfin, quelques jours plus tard, dans les gastroméniens; mort en avril 1854 (32 jours après son entrée à la Charité, salle Sainte-Vierge, n°38). (Voir pour lesdétails, Électrisation localisée, 2° édit., obs. XXX.)

Les signes fournis, chez ce malade, par l’exploration électro-musculaire, m’avaient annoncé une lésion profonde et en masse de la partie inférieure de la moelle épinière. On remarquera que, dés le sixième jour, un certain nombre de muscles avaient perdu complétement leur contractilité et leur sensibilité électriques, que plus tard ces propriétés n’existaient plus dans un très-grand nombre d’autres muscles, et que la sensibilité de la peau était également éteinte, Mon pronostic fut en conséquence très-grave. Les muscles s’atrophièrent, en effet, rapidement; des escharres ne tardèrent pas à se montrer au sacrum et aux talons, et le malade succomba quelques semaines après mon examen, Je n'ai pu malheureusement assister à son aultopsie; mais j'ai appris que la moelle était entièrement ramollie, dans l'étendue de plusieurs pouces, au niveau de la région dorso-lombaire. La pièce anatomique a été montrée à la Ne du professeur Velpeau.

J'ai observé, dans les hôpitaux, plusieurs cas analogues au précédent, et quiise sont terminés par une escharre du sacrum et par une mort plus rapide encore. J'avais prédit cette terminaison fatale, après avoir constaté, du dixième au douzième jour, l’abolition de la contractilité et de la sensibilité électriques dans la plupart des muscles paralysés. Je ne rapporte pas ces faits (dans la crainte de donner trop d'extension à ce paragraphe).

SEL. — Paraplégies aiguës par lésion spontanée-aiguë de la moelle.

Les paraplégies aiguës, produiles par une lésion spontanée et inflammatoire de toutes les parties constituantes de la moelle, quelle qu’en soit la cause (par myélite diffuse, par hémorrhagie, etc), sont caractérisées par les mêmes troubles de la sensibilité et de la contractilité électro-musculaire que les paralysies traumatiques de la moeile.

Je choisirai, comme preuve de. la vérité de cette proposition, le

ART, Il. — PARAPLÉGIES SPINALES AIGUES, 449

plus important des faits cliniques de ce genre que j’ai recueillis : un cas d’hémato-myélie. Il a été relaté avec détails, par M. Le docteur Duriau (1), je n’en donne ici que le sommaire.

OgservarTIoN LXXVIIT. Paraplégie survenue subitement, chez un jeune homme de 26 ans, sans cause appréciable, avec douleurs lombaires et fourmillements dans les extrémités inférieures, avec anesthésie des membres paralysés et paralysie de la vessie et du rectum. — Pronostic très-grave porté, d’après l'abolition de la contractilité et de la sensibilité électro-musculaires (2). — Eschare au niveau du sacrum. — Mort le dix-huitième jour. — Autopsie : Hémorrhagie de la moelle, le neuvième jour, au niveau de la onzième paire, et son ramollissement rougeälre, de la douzième vertébre dorsale à sa partie inférieure, (Voy. pour les détails, Electris. loc., 2° édit., obs. XXXI (2).)

M. Duriau avait eu l’obligeance d'attirer mon attention sur ce malade, dont j'ai exploré, le quatrième jour de sa paralysie, l’état de la contractilité électro-musculaire, en présence de M. Piorry et de ses élèves. L’irritabilité élait à peu près normale ; mais j'ai déclaré, m’appuyant sur l’expérience acquise dans des cas analogues, que, si dans un temps prochain, elle diminuait, elle serait l'indice

(t) Duriau, Union médicale, 17 février 1859, p. 308.

(2) A partir du quatrième jour, j'ai exploré presque chaque jour l'état de la contractilité électro-musculaire que j'ai vu diminuer peu à peu, jusqu’à son abolition le neuvième jour. Alors je ne me suis ile contenté de l’examen à l’aide des réophores humides appliqués sur la peau; j’ai enfoncé plusieurs fois dans les gastrocnémiens des aiguilles que j’ai mises en communication avec mon appareil d'induction, et alors je n’ai pas obtenu plus de contractions que par l’autre procédé. Ce phénomène électro-pathologique de la diminution si rapide de la contractilité électrique dans les muscles innervés par la portion de la moelle où siégeait l’hémorrhagie, s'explique par l’inflammation qui en a été la conséquence. On se rappelle en effet que l'examen microscopique a révélé existence d’un ramollisement rougeâtre de la moelle, de la douzième vertèbre dorsale,à l'extrémité inférieure de la queue de cheval. Ce fait clinique est donc confirmatif de l’opinion de M. Brown-Séquard sur la cause de la diminution rapide de la contractilité électrique consécutivement aux lésions de la moelle épinière de l’homme. On remarquera en outre qu'il est en parfaite concordance avec les phénomènes électro-pathologiques observés cliniquement, à la suite des lésions traumatiques des nerfs mixtes où moteurs, et que la cause de la diminution rapide de la contractilité électrique, dans ces différents cas,est la même : l’irritation ou l’inflammation. Ici donc l’observation clinique paraît être en désaccord avec la physiologie expérimentale qui, à la suite de la section d’un nerf moteur, accuse une persistance plus ou moins prolongée des propriétés électriques des muscles.

M. Charcot, dans ses leçons de la Salpétrière, s’est efforcé de montrer que ce désaccord n’est qu’apparent. Il a faitr emarquer,enñtre autre, que dans leurs expériences faites récemment en Allemagne, MM. Erb (*) et Ziemssen (**), en déterminant l’écrasement des nerfs, provoquaient une névrite plus ou moins intense, très-rapidement suivie de la diminution et de l’abolition de la contractilité faradique des muscles auimés par les nerfs lésés. S'il se fût agi dans ces expériences d’une section compiète des nerfs et non pas d’un écrasement, les résultats obtenus eussent été très-différents. Il faut en effet, suivant M. Charcot, en ce qui concerne les effets produits par les lésions des nerfs sur les muscles, tenir compte dela distinction fondamentale, absolue, entre les effets de l'absence d’action et ceux de l’action morbide (F7).

(*) Deutsches Archi für klinisch. Medizin, 4 Bd, 1868, à 5 Bd, 1869. (**) Idem., 1868.

(**) Mouvement médical. Juin et juillet 1869.

DUCHENNE, — 3° édition. 29

certain d’une lésion anatomique (d’une inflammation de la partie centrale de la région inférieure de la moelle) : que si elle s’éteignait, ainsi que la sensibilité, le pronostic serait grave, et qu’alors il y aurait rapidement gangrène du sacrum, suivie très-probablement d’une mort prochaine. On a vu que mon jugement n’était que trop fondé.

S III. — Procédés à employer dans l’exploration de la contracetilité électro-musculaire, au point de vue du diagnostic. — Examen critique de l’opinion de Marshall-Hall ; mes recherches sur l’état de contractilité électro-musculaire dans les paralysies.

I. Il importe de donner quelques explications sur Ie mode d’exploration électro-musculaire que l’on doit employer, lorsqu'on veut suivre les modifications diverses apportées dans l’état de l’irritabilité électro-musculaire par la lésion anatomique de la moelle ou des nerfs mixtes. Une fausse interprétation des préceptes que j’ai enseignés et pratiqués a rendu nécessaires ces explications.

La faradisation par les rhéophores humides permet de constater la diminution plus ou moins grande de la contractilité électro-musculaire. Lorsque, par ce procédé d’électrisation et avec un appareil d’induction très-puissant, un muscle ne répoud plus d’une manière appréciable à l’excitation électrique, je puis affirmer que son irritabilité est à peu près éteinte. Cependant, pour plus de certitude et surtout si je n’ai à ma disposition que les appareils à faible tension généralement en usage, j'ai recours à l’électropuncture. C'est d’après ces procédés que l'exploration électro-musculaire à été pratiquée, dans les faits que j’ai rapportés.

Qu'on lise, dans la première édition de mon livre, le chapitre intitalé : Recherches sur quelques propriétés musculaires, à l'aide de la faradisation localisée (1); on y verra que l’éleciropuncture a été appliquée dans tous les cas qui y sont relatés. J’ai toujours eu reccuts à ce procédé, quand il a été nécessaire de rechercher exactement si le tissu musculaire était ou non encore contractile; j'en ai fait une règle pour ces cas particuliers. |

De ce que les aiguilles implantées dans un muscle à travers la peau ne s’agilent pas sous l’influence d’un courant électrique trèsfort, je n’ose même pas encore en conclure, d’une manière absolue, que l’irritabilité est complétement éteinte. J’ai écrit en effet (2° édit., page 333 de mon livre), à la suite d’une observation : « Pour être physiquement certain que, chez ce malade, la contractilité électromusculaire était complétement éteinte (ses muscles ne se contrac-

(1) Duchenne (de Boulogne), De l’électrisation localisée. Paris, 1855, p. 402.

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