‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et la thérapeutiqueChapitre 117 sur 400 · Quatrième degré · texte numérisé non relu

Quatrième degré

(*) On voit dans quelques-unes, des fibres normales à stries transversales les traces de fibres” longitudinales. Les autres fibres musculaires, plus où moins décolorées, avaient subi, à divers degrés, la dégénérescence graisseuse. Voici les caractères qui distinguent chacun de ces degrés. — {**) Les stries transversales deviennent moins distinctes ; elles sont fréquemment interrompues, disparaissent d’abord par ci, par là, et finissent par s’effacer complétement. Les fibres longitudinales au contraire deviennent de plus en plus marquées. ;

(***) Fi. 137. Le faisceau musculaire se compose uniquement de fibres longitudinales, les stries transversales ayant complétement disparu. On observe, en dehors de la fibre musculaire, du tissu adipeux, formé de cellules (a) arrondies ou longitudinales, 11 existe, en outre, des goutelettes

faisceaux musculaires appartenant aux fléchisseurs superficiel et profond, et au carré pronateur qui offrait différents degrés de décoloration, depuis le rouge un peu jaunâtre, jusqu'au gris pâle. Tous les muscles de la face palmaire de la main étaient arrivés au dernier degré d’altération de tissu, à l'exception de quelques faisceaux musculaires de l'éminence thénar, qui étaient encore colorés et contractiles. Si je voulais parcourir ici toutes les régions du corps, on verrait qu'à Côté des muscles altérés ou graisseux, il en existait d’autres dont les faisceaux altérés ou graisseux étaient encore intacts, quoique très-atrophiés.

Voici les réflexions dont je fis suivre la relation du fait anatomo-pathologique précédent, dans les précédentes éditions :

«L'examen microscopique des muscles de Lecomte a confirmé un fait d'anatomie pathologique que j'avais annoncé, en 1849, dans mon Mémoire à l’Académie des sciences. — Je m'empresse de déclarer que la découverte de ce fait d'anatomie pathologique appartient en entier à M. Cruveilhier, et je saisis cette occasion de donner quelques explications à ce sujet. Depuis longtemps mes recherches anatomo-pathologiques m'avaient permis d'observer, dans ma pratique privée et dans quelques hôpitaux, un certain nombre d’atrophies musculaires, confondues jusqu’alors avec les paralysies partielles ou générales et qui, pour moi, n'étaient rien moins que des paralysies (1). »

J'avais vu, en effet, dans ces différents cas, les muscles s’alrophier isolément, de la manière la plus irrégulière, et conserver leur contractilité volontaire, jusqu'à ce que l’atrophie fût arrivée à ses dernières limites. La contractilité électro-musculaire elle-même n'avait alors disparu qu'avec la contractilité volontaire. Enfin, j'avais noté la contractilité fibrillaire comme un symptôme assez fréquent et qui annonçait, dès le début, un travail morbide localisé dans les muscles. L'ensemble de tous ces phénomènes me paraissait appartenir à une maladie non encore décrite; ils avaient déjà formé la base de mon travail, Sur ces entrefaites, j'observai dans le service de M. Cruveilhier (Charité, saile Sant-Ferdinand, n°15) un sujet, nommé Legrand, qui me paraissait entrer dans la catégorie de ceux qui avaient présenté cette même affection musculaire,

de graisse (b) déposées dans la fibre musculaire. — Fi6. 138. Les fibres longitudinales ont encore conservé leur contractilité et sont ondulées.

(***) Les fibres longitudinales deviennent moins distinctes ; les molécules de graisse (a), de plus en plus abondantes, les recouvrent presque entièrement dans la figure 140.

(#%*) Fic. 141. Les fibres longitudinales ont disparu. On ne voit que des molécules graisseuses très-serrées et peu distinctes, surtout vers l’axe du faisceau. — Fi. 1#7- La graisse devient plus abondante, plus diffluente, ce qui donne plus de transparence au faisceau musculaire. — Fig. 143. * On n’aperçoit plus de molécules de graisse distinctes ; le faisceau se compose d’une masse amorphe.

Chaque degré de transformation graisseuse correspondait à un degré de.décoloration, ou d'altération, en d’autres termes, de la fibre musculaire,

(1) Duchenne (de Boulogne), Mémoire sur l’anatomie pathologique de l'atrophie musculaire progressive. Paris, 1855 et Elect. ocalisée, p. 508, 1861.

Mais ici plus généralisée, J'en fis faire la remarque à M. Cruveilhier qui, à cette époque, secondant déjà mes recherches, me permit d'explorer, chez ce malade, l’état de la contractilité électro-musculaire. Peu de temps après, Legrand étant mort à la suite d’une variole, M. Cruvyeilhier en fit l’autopsie, et voulut bien m’en communiquer verbalement les résultats : à l'œil nu, «il avait trouvé un grand nombre de muscles entièrement graisseux. »

En somme, après un certain degré d’atrophie (diminution de quantité) des faisceaux musculaires, nous avons vu apparaître dans le cas de Lecomte, des granulations plus ou moins abondantes qui masquaient peu à peu la striation et prenaient de plus en plus les caractères d'éléments graisseux.

C'est la connaissance de ce fait, qui m’a décidé alors à donner à la maladie, qui faisait l’objet de mon Mémoire à l’Institut, la dénomination d’afrophie musculaire, avec transformation graisseuse.

Ce fait anatomo-pathologique re paraît caractériser la forme la plus fréquente de l’atrophie musculaire progressive ; il n’est pas contestable, parce qu’il a été confirmé par des pathologistes dont le nom était une autorité. Le passage suivant démontre qu’il a été constaté par M. Virchow lui-même.

«Une des pièces soumises à notreexamen présente une altération pathologique intéressante, c’est la portion du muscle rouge dont l’un des faisceaux présente l’atrophie graisseuse progressive. Le faisceau dégénéré est plus petit et plus étroit que les autres; des globules graisseux sont inlerposés entre les stries longitudinales (voy. fig. 144). L’atrophie agit sur les muscles en diminuant le diamètre du faisceau primitif. A mesure que cette graisse se développe, la substance contractile diminue de volume ; le pouvoir contractile du muscle devient moins intense à mesure que le | conteuu de ses faisceaux primitifs devient tic. 144. — Un groupe de faisceaux moins abondant, et dans l’atrophie grais- hu Lu seuse, la graisse remplace peu à peu le contenu de la fibre musculaire. Plus il ‘ya de graisse, moins nous trouvons de substance contractile. En un mot, le pouvoir contractile du muscle devient plus faible à mesure que le contenu normal de ses faisceaux primitifs diminue... » (1)

(*) a, aspect normal d’un faisceau primitif frais avec ses stries transversales. — b, faisceau traité par l'acide acétique étendu. Ses noyaux sont devenus très-distincts : dans l’un, se trouvent deux nucléoles, l’autre est entièrement divisé. — €, traité par l'acide acétique concentré, le contenu s'échappe par l'extrémité de l'enveloppe (sarcolemme). — d, Atrophic graisseuse. — Grossissement 100 diamètres.

(1) Virchow, La pathologie cellulaire, etc, Traduit de l'Allemand par P. Picard, p. 47 fecie

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