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dénomination fatale d’atrophie musculaire progressive. Telle était du moins l'opinion que je formulais en 1848 (1). J'avais porté ce pronostic désespérant, en m’appuyant alors principalement sur l’histoire d’un malade (capilaine au long cours) dont il a été question dans la première édition de ce livre. Get homme avait la conviction que sa maladie devait le conduire au tombeau, et il faisait entendre ces tristes paroles, qui sont restées gravées dans ma mémoire : « Le jour où j'ai vu, me disait-il, un commencement d’amaigrissement dans une partie de mon corps, J'ai compris que j'étais perdu, car trois membres de ma famille (un frère et deux oncles maternels) avaient succombé à une maladie qui a commencé et marché comme la mienne. J’ai encore deux frères qui s’attendent au même sort. C'est une maladie de famille ! » Ses pressentiments n'étaient que irop fondés; quelques jours plus tard, en effet, il mourait asphyxié, faute de muscles respirateurs. À côté de ce fait, j'en pourrais placer bien d’autres tout aussi désespérants, que j'ai observés depuis lors et qui semblaient devoir faire renoncer à toute tentative électro-thérapeutique. Mais, heureusement, les faits cliniques nombreux que j'ai recueillis, depuis 1849, me permeltent d'affirmer comme je l'ai dit, ci-dessus, que la faradisation localisée peut quelquefois rappeler la nutrition dans les muscles déjà arrivés à un degré d’atrophie irès-avancé, pourvu qu’ils ne soient pas encore altérés dans leur texture. Ici je rappellerai exemple d’un nommé Bonnard, que j'ai cité plusieurs fois et représenté dans les figures 118, 119.
Ce fait clinique suffirait pour démontrer la puissance et la nécessité de l'intervention de la faradisation localisée dans le traitement de l’atrophie musculaire progressive, On voyait, en effet, qu’à l'époque où Bonnard étaitvenu réclamermes soins, sa maladie availenvahi un grand nombre de ses muscles ; qu’elle avait déjà déiruit ou atrophié les uns à des degrés variables, et qu’elle provoquait, chez les autres, encore très-développés, des contractions fibrillaires incessantes, On ne peut, certes, nier que cette atrophie était en grande voie de généralisation, J'avoue que, lorsque j'observai ce malade pour la première fois, je le croyais d'autant plus prochainement voué à une mort prochaine, que son diaphragme était lui-même atteint. Après ce muscle, me disais-Je, viendra sans doute le tour des intercostaux (on sait qu’en outre, la plupart des muscles du tronc avaient cessé d’existet), et alors l’asphyxie sera inévitable. Tout cela me paraissait fatalement écrit, Je commençai donc, sans le moindre espoir, le traitement faradique ; cependant les résultats en ont été des plus
(1) Duchenne, De l’atrophie musculaire avec transformation graisseuse. Mémoire présenté à l’Institut,
satisfaisants. Ainsi, arrêt de la marche envahissante de cette atrophie; rétablissement des fonctions du diaphragme, de la nutrition et de la force dans un muscle {le biceps brachial) essentiel à l’usage du membre supérieur; disparilion des contractions fibrillaires dans les muscles déjà atteints par la maladie; enfin persistance de la guérison depuis bien des années, malgré la reprise des travaux manuels: tels ont été les résultats incontestables du traitement par la faradisation localisée, dans le cas dont il vient d’être question.
Il ne faudrait pas en conclure que les malades dont l’atrophie musculaire progressive est arrêtée, dans sa marche envahissante, et dont les muscles atrophiés se sont développés sous l'influence de la faradisation localisée, peuvent toujours s’exposer impunément aux causes occasionnelles qui avaient favorisé le développement de leur atrophie, et principalement à la fatigue musculaire. J’ai démontré, en traitant de l’étiologie, que l’action musculaire exagérée et surtout la contraction continue sont les principales causes occasionnelles de l’atrophie musculaire progressive.
La déduction la plus importante à en tirer, au point de vue thérapeutique, c’est qu'il est prudent de conseiller au malade dont on a eu le bonheur d’améliorer l’état, de renoncer à l'exercice de sa profession, lorsque son influence fâcheuse a été bien établie. Maïs l’ouvrier qui n’a d’autres ressources que son état ne peut pas toujours suivre ces sages conseils, bien qu’il en comprenne le plus souvent l'importance. Pressé par la nécessité, sitôt qu’il se sent la force de reprendre son travail, il abandonne son traitement, sans en attendre la fin. Telle est la raison principale des rechutes trop fréquentes dont nos malheureux malades sont alteints, et de la difficulté d'obtenir leur guérison complète. C’est ce qui est arrivé, chez un nommé Gaulard, dont j'ai rapporté l’observation dans la précédente édition (1), comme un exemple remarquable de guérison par la faradisation localisée, et de rechute occasionnée par les fatigues musculaires, inséparables de son état de porteur à la Halle. L'attitude vicieuse de son corps pendant la station debout consécutivement à l’atrophie des sacro-spinaux est représentée dans la figure 116.
J'ai démontré, on se le rappelle, que l’atrophie musculaire progressive n’est point une paralysie; et puis, en traitant de la dénomination de celte espèce morbide (2), il est ressorti des faits et des considérations exposées que l’appeler paralysie atrophique, ce n’est pas seulement donner une idée complétement inexacte sur sa nature, sur ses symptômes réels, mais que l’on s’expose à laisser Je médecin dans une fausse sécurité sur l’état des muscles menacés
(1) Ducheuñe (de Boulogüe), Électrisat, local. obs. CG, p. 455, 1861. (2) Duchenne, loc. cit, p. 826, 232,
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alors dans leur existence, et à n‘attirer son altention sur cette ma ladie qu’à une époque où il ne reste plus aucune chance de succès 4 l'intervention thérapeutique. En effet, la croyance que la paralysie est le symptôme primitif, comme le lui rappellerait sans cesse cette fausse appellation de paralysie atrophique, le conduirait naturellement à ne diriger le traitement que sur les muscles dont les fonctions seraient affaiblies, c’est-à-dire, alors que ces muscles seraient déjà arrivés aux dernières limites d’atrophie ou d’altéralion de tissu. Si, au contraire, le médecin est prévenu que, chez le malade qui vient réclamer ses soins, seulement avec l'espoir de recouvrer l'usage perdu où compromis de quelques muscles, les autres muscles dont les mouvements et la force paraissent intacts, sont tout autant menacés, dans leur existence, dès qu'ils ont subi un commencement d’atrophie et qu'ils sont en même temps agités de contractions fibrillaires, il n’attendra certainement pas, pour agir, que ces muscles ne remplissent plus ieurs fonctions, en d’autres termes, qu'ils soient atteints dans leur texture, Alors il lui sera possible, en intervenant à temps, d'arrêter la marche envahissante de celte maladie, ainsi que j'en ai rapporté plusieurs exemples,
Je professe depuis longtemps que la faradisation localisée, convenablement appliquée, refait — que l’on veuille bien me passer cette expresion —- de la fibre, dans l’atrophie musculaire; rien n’est plus évident. Ne résulte-t-il pas, en effet, de l’examen microscopique, que, dans cette maladie, la quantité des fibres diminue dans les muscles qui s’atrophient, c’est-à-dire qu’un grand nombre d’entre elles disparaissent alors complétement? Si donc un muscle atrophié a augmenté de volume par la faradisation localisée, on peut dire rigoureusement, que celle-ci augmente le nombre des fibres dont il se compose, en d’aulres termes, qu’elle en a refait de toutes pièces. Or, c’est ce qui est produit assez fréquemment, par l’application de la faradisation localisée au traitement de l’atrophie musculaire progressive,
Jusqu'à présent je n’ai pas vu, dans celle affection, la nutrilion musculaire se manifester dans les points où l'absence de contraction éleciro-musculaire accusait la destruction du tissu musculaire; mais partout où j'ai rencontré quelques faisceaux contractiles, fréquemment ils sont devenus, pour ainsi dire, le noyau ou le centre d’autres faisceaux musculaires dont le volume a augmenté trés-notablement, el dont la puissance s’est aussi accrue proportionnellement par la faradisation localisée. La question de thérapeutique est intimement liée à la question de pronostic; que l’on me permette donc d’y revenir, Les faits rapportés dans ce travail, et qui établissent de la manière la plus évidente que la marche envahissante de l’alrophie musculaire progressive peut être arrêtée,
et que l’on reproduit même de la fibre musculaire dans les muscles qui en ont déjà perdu une grande partie, ces faits, dis-je, ont modifié, j'espère, de la manière la plus heureuse le pronostic de celte maladie, qu’on avait trop de tendance à melire en parallèle avec la paralysie générale progressive, au point de vue de l’incurabilité. Toutefois, en pareil cas, le médecin apportera beaucoup de réserve dans son pronostic, en se rappelant ces histoires si tristes, exposées au commencement de ce travail, et dans lesquelles il semble que l’atrophie musculaire progressive, quoi qu’on ait fait, marche toujours vers une terminaison fatale,
B. Conditions anatomiques centrales qui permettent à la faradisation localisée d'exercer une influence thérapeutique favorable sur l'atroplue musculaire. — L'examen microscopique de coupes transversales de moelles provenant desujetsatteints d’atrophie musculaire consécutive à la lésion des cornes antérieures de la moelle (dans la paralysie spinale antérieure aiguë ou subaiguë, ou dans l’atrophie musculaire progressive) montre que les cellules antérieures sont lésées à des degrés divers; l’altération des muscles est alors en raison directe du degré de la lésion cellulaire. 11 est évident que, dans les cas d’atrophie progressive, où toutes les cellules antérieures sont enliérement atrophiées et dans lesquels le tissu musculaire devra tôt ou tard être profondément altéré, on ne peut rien attendre de la faradisation musculaire, Mais il n’en est plus ainsi, dans d’autres circonstances, et souvent, lorsqu'un travail forcé ou exigeant des contraclions musculaires trop continues pendant des mois et des années, à été la cause occasionnelle d’atrophies musculaires progressives. Mes observations m'ont porté à croire que, sans cette cause occasion nelle, l’atrophie musculaire ne se serait pas manifestée. C’est lors: que la faradisation musculaire localisée, favorisée par le repos, a pu rappeler la nutrition dans des muscles atrophiés, on arrêter la marche et l'extension de cetle maladie, c'est dans ces cas, dis-je, que très-probablement peu de cellules étaient profondément atrophiées et qu’elles étaient, pour la plupart, légèrement altérées,
Tant que j'ai cru à l’origine périphérique de l’atrophie musculaire progressive, l'application thérapeutique de la faradisation localisée m'a paru le traitement le plus rationnel, parce qu’elle réveille les circulations locales et restaure la nutrition des muscles, là où l'altération de tissu n’est pas trop avancée. Je pensais conséquemment qu’elle pouvait arrêter ainsi la marche envahissante de l’atrophie et son extension de la périphérie au centre. Mais sachant aujourd’hui que l’atrophie des cellules antérieures de la moelle est la lésion originelle fondamentale de l’atrophie musculaire progres: sive; on conçoit que la faradisation localisée des muscles ne