CHAPITRE VI
De 1852 à 1861, j'avais recueilli 13 cas d’une affection paralylique (2) qui, sans cause connue, envahit successivement les muscles de la langue, ceux du voile du palais et l’orbiculaire des lèvres; qui produit conséquemment des troubles progressifs dans l'articulation des mots et dans la déglutition, qui, à une période avancée, se complique de troubles dans la respiration; dans laquelle entin les sujets succombent ou à l'impossibilité de s’alimenter, ou pendant une syncope. | |
Dans tous ces cas, la maladie a débuté, a marché et s’est terminée de la même manière. Ses symptômes ne m'ont pas permis de la confondre avec toute autre affection. A l’ensemble de ses caractères, je n’ai pu méconnaître une maladie distincte de toutes les autres: affections musculaires; conséquemment elle me paraît devoir être classée dans le cadre nosologique, et mériter, à ce titre, une description particulière qui sera le sujet de ce chapitre.
Les malades chez lesqueis j’ai observé l’espèce de paralysie que j'ai à décrire, appartenant à la pratique civile, il n’a pas été possible d'obtenir l’autopsie de ceux qui ont succombé, C’est pourquoi je ne puis offrir à mes lecteurs qu’une étude clinique, qui cependant est bien suffisante, comme j'espère le démontrer, pour en établir le diagnostic différentiel (3).
M. Dumesnil, chef des travaux anatomiques à l’école de médecine de Rouen, a publié, en 1860, un fait clinique qui a beaucoup d’analogie avec ceux qui font la base de ce travail. Ce fait est complexe. La paralysie de la langue, du voile du palais et de la face, était en effet associée à l’atrophie musculaire progressive; et cependant
(1j Lorsque j'ai décrit pour la première fois, en 1868, cette maladie nouvelle, je l'ai appelée paralysie musculaire progressive de la langue, du voile du palais et des lèvres (Noy. Arch. gén. de méd. 1863, n°S de septembre et octobre). Mais cette dénomination étant un peu longue, je l'ai remplacée par celle de paralysie glossolabio-laryngée qui a été proposée par le professeur Trousseau.
(2) Aujourd’hui j'en ai recueilli 39 cas, au moins, dont plusieurs sont encore en traitement. Les nouveaux faits cliniques que j'ai observés, ont confirmé l’exactitude de ma première description; c’est pourqnoi je la reproduirai à peu près telle qu’elle a été publiée dans la précédente édition, me réservant seulement d’y ajouter quelques notes. On verra ainsi que les diverses descriptions qui en ont été faites, depuis lors, n’ont rien ajouté à la symptomatologie de cette maladie.
(3) Plusieurs nécropsies avec examen histologique de la moelle ont été faites depuis la publication de mon mémoire sur la paralysie glosso-labio-laryngée; elles ont jeté un grand jour sur l’anatomie pathologique et sur la physiologie pathologique de cette maladie. Aussi pourrais-je bientôt exposer mon opinion sur l’état actuel de ces questions.