ART. 1, S VI. — SYMPTÔMES
localiser dans les muscles qui président aux mêmes fonctions : dans ceux qui commandent larticulation des mots et la déglutition ? C’est pourquoi, lorsque la maladie est arrivée à son entier développement, le sujet n’émet plus que des sons inarticulés, et, quand il veut avaler, les liquides et même le bol alimentaire repassent par les lèvres et par les narines (1).
S V. Paralysie des muscles bronchiques (expirateurs intrinsèques) de Heissessen et du pneumogastrique.
Des troubles de la respiration s'ajoutent aux symptômes que je viens de décrire : ce sont des étouffementsqui reviennent par accès, et d'autant plus fréquemment, que la maladie approche davantage de sa fo. Ilssont provoqués souvent par les mouvements, surtout par la marche ; mais ils arrivent également sans cause connue. Ils ont lieu le jour comme la nuit. Témoin de plusieurs de ces accès, j'ai constaté par l’auscultation qu'il n'existe alors aucun trouble apparent, au premier abord, dans le mécanisme de la respiration; en outre, il n’y a ni paralysie, ni contracture du diaphragme. Cependant ces étouffements sont compliqués quelquefois de syncopes qui s’aggravent, dans la période ultime, et peuvent faire périr le malade.
Trois des derniers cas que j'ai observés, dans le cours de l’année 1859, se sont terminés de cette manière. Je vais rapporter briévement l’observation de l’un deux. On y retrouvera, outre la série des symptômes décrits dans ce paragraphe, le mode de terminaison dont il vient d’être ici question.
OBservarTion XCIX. — J'ai été appelé, en 1859, à donner des soins, concurremment avec MM. Chassaignac, Nélaton, Rostan, et Trousseau, médecins consultants, à M. P..., fabricant, âgé de quarante-cinq ans, demeurant rue de Charonne. Les troubles fonctionnels dont il était atteint, parfaitement localisés dans les muscles moteurs de la langue, dans quelques
muscles de la face et du voile du palais, avaient, dès le début, marché progressivement, malgré une médicalion très-active, comme dans le cas dont j'ai exposé la relation ci-dessus (obs. XOVII). [ls avaient présenté
(1) Je signalcrai, en outre, la paralysie des ptérygoidiens. On constate ce fait. en engageant les sujets à imprimer à leur mâchoire inférieure les mouvements de diduction qu’ils ne peuvent plus exécuter, à une période avancée de cette maladie. J'avais négligé de rechercher ce fait, lorsque j’ai écrit mon premier mémoire et à l’époque ou je l’ai signalé dans la précédente édition de ce livre; mais, depuis lors, je l'ai observé dans tous les cas que j’ai recueillis. Voici comment j'ai été conduit à le découvrir. À un certain moment, les malades éprouvent de la difficulté à broyer les aliments solides, bien qu'ils puissent les diviser avec force. J’ai constaté alors qu’ils élevaient et abaissaient puissamment Ja mâchoire inférieure, mais qu'ils avaient perdu leurs mouvements de diduction, qui, on le sait, sont exécutés par les ptérygoidiens. — On verra, par la suite, dans l'étude anatomo-pathologique de cette maladie que l'examen histologique du bulbe rend compte de cette paralysie des ptérygoïdiens.
572 CILAP. VI. — PARALYSIE GLOSSO-LABIO-LARYNGÉE.
les mêmes caractères, c’est pourquoi je n’en relaterai pas l’observalion détaillée. Je noterai seulement que la langue, complétement immobile, était maintenue abaissée sur le plancher de la bouche, derrière l’arcade dentaire inférieure ; qu’elle était un peu plissée longitudinalement à sa surface et qu’elle était en apparence atrophiée ; que le malade ne pouvait en releverla pointe, nile dos, ni la base; mais que, si je la soulevais avec les doigts, il pouvait la tirer assez fortement en bas ; en conséquence, que les muscles abaisseurs de la langue n'étaient point paralysés, et que c'était sans doute leur action tonique prédominante sur celle de leurs antagonistes paralysés qui la maintenait fixée au plancher de la bouche. Le bol alimentaire et les liquides étaient repoussés fortement au dehors, à travers les narines et la bouche, lorsqu'il voulait les avaler. La faradisation localisée appliquée bien tard, ilest vrai (dans les derniers mois de la vie du malade), avait en quelques séances relevé la langue, qui avait repris son volume normal ; elle avait aussi donné un peu plus de force aux mouvements exécutés par les muscles de la langue, deslèvres et de la joue; l'articulation des mots s’en était aussi trouvée améliorée ; mais ce traitement n'avait exercé aucune action sur la déglulition, qui était devenue impossible, au point que l'alimentation ne pouvait plus se faire que par des bouillons injectés dans l'estomac à l’aide de la sonde œsophagienne. L'insuffisance de l'alimentation avait épuisé le malade, qui jusqu’au dernier jour a été tourmenté par la faim. Ii n’en est pas mort cependant, car il a succombé à une syncope survenue pendant un des accès d’étouffement qui, de même que dans le premier cas dont j'ai relaté l'observation, lui revenaient fréquemment, et qui s'étaient aggravés, depuis quelques mois.
La maladie, dans le cas précédent, était, il est vrai, arrivée à ses dernières limites; le sujet serait inévitablement mort d’inanition dans un temps rapproché, par impossibilité d’avaler; on pourrait dire que la syncope qui l’a enlevé était un accident uliime de la maladie, Mais à la suite de l’observation précédente, j'ai rapporté deux autres cas (1) recueillis peu de temps après, dans lesquels les sujets ont été enlevés par une syncope survenue pendant un accès d’étouffement, alors que la maladie n’élait pas enccre arrivée à une période aussi avancée que dans le cas ci-dessus. Je ne reproduirai pas ces observations, parce qu’elles n’ont été l’occasion d’aucune remarque nouvelle qui ajoute à ce que je viens de dire de la symptomatologie de cette affection.
J'ai eu loigtemps à regretter de n’avoir pas été une seule fois témoin des syncopes qui arrivent à la suite des accès de suffocation, accès qui sont un des symptômes de la maladie que je décris; je n’en parlais que d’après le rapport des malades ou de ceux qui les soignaient; je n'aurais su dire, en conséquence, si ces malades
(1) Duchenne (de Boulogne), Élect, loc.,obs. GXLII et obs. CXLIII, 1861.