ART. I, $ V. — SYMPTÔMES
mouraient par asphyxie ou par un arrêt des battements du cœur (1).
On me pardonnera d’avoir oublié de signaler, dans mon premier travail, un accident qui est la conséquence des troubles considérables occasionnés, dans la déglutition, par la paralysie musculaire de la langue el surtout des muscles qui, en portant la langue en arrière, appliquent l’épiglotte sur la glotte : je veux parler du passage, au moment de la déglutition, de la salive ou d’une portion des aliments ou des boissons dans la trachée. Tous mes malades se sont plaints de cette introduction des boissons dans les voies aériennes, à une époque avancée de leur affection.
(1) L'occasion d’observer ces crises ultimes qui se terminent rapidement par la mort n’a pas tardé cependant à se présenter, dans ma pratique civile ; j'ai alors constaté que les sujets tantôt snccombaient à l’asphyxie,et tantôt mouraient dans nne syncope. Ces faits m'ont bientôt mis sur la voie d’une série de phénomènes morbides respiratoires ou cardiaques, légers en apparence à leur début, mais extrèmement graves, parce qu’arrivés à un certain degré d'intensité, ils sont fatalement une cause de mort, (J’essaierai bientôt d'expliquer ces phénomènes morbides par l’anatomie pathologique et par la physiologie.)
1° Les troubles respiratoires s’annoncent par une diminution dans la puissance de l’expiration. Les malades commencent par accuser de la fatigue et bientôt un épuisement rapide, lorsqu'ils parlent; on constate alors que la puissance de leur expiration est considérablement affaiblie; qu'ils ne peuvent, par exemple, éteindre uue bougie placée devant leur bouche. Cependant rien ne paraît anormal, dans l'étendue on le rhythme des mouvements respiratoires. À l’auscultation, on ne constate l’existence d’aucun râle; maissi alors on fait respirer largement le malade, on entend l’air entrer avec force dansles bronches, pendant l'inspiration qui est longue, tandis que l’on distingue le bruit de l'expiration qui est très-courte. Bien qu’à chaque inspiration une grande quantité d’air soit entrée, sans obstacle, dans les bronches, le malade éprouve incessamment un besoin d'air; ill’exprime en disant que sa poitrine est toujours pleine, et souvent il fait vainement des efforts d'expiration, en contractant les muscles de l’abdomen pour la débarrasser. Le malaise qu’il ressent ressemble à celui que l'on éprouve, lorsqu’après une grande inspiration on ne laisse échapper qu’une petite portion de l'air qui a pénétré dans la poitrine. En un mot, c’est le séjour prolongé, dans les vésicules pulmonaires, d’un air non respirable (privé de sa quantité normale d'oxygène et chargé d’acide carbonique) qui occasionne ce malaise. J'ai démontré ailleurs (*) que ces troubles fonctionnels de la respiration devaient être le résultat de la parésie des muscles bronchiques de Reissessen. On conçoit qu’alors les malades ne puissent ni se moucher, ni cracher, ni expectorer facilement et que la moindre bronchite puisse mettre leur vie en danger, en produisant l’asphyxie. Cet état est permanent, à des degrés divers ; c’est dans ces conditions qu’arrivent des crises d’étouffement avec cyanose (sans doute par une paralysie plus complète des muscles bronchiques), crises qui peuvent se terminer par l’asphyxie, ce que j’ai constaté plusieurs fois de visu. (Je rappellerai ici que j'ai observé cette espèce d’asphyxie consécutive à la paralysie des muscles expirateurs de Reissessen, dans l’intoxication diphthérique) (Voy. p. 131, obs. VII).
2° Les troubles cardiaques se montrent par crises et sont caractérisés par un sentiment de défaillance, par une sorte d’oppression cardiaque, avec anxiété extrème et crainte d’une mort prochaine, par une grande vitesse (140 pulsations), avec irrégu-
‘larité, intermittences et petitesse du pouls. A l’auscultation cardiaque, on n’entend aucun souffle; mais les claquements valvulaires sont très-confus ; le cœur semble s’agiter dans un liquide; la face est très-pâle et les yeux sont ternes. Alors souvent peut survenir une syncope plus ou moins longue. C’est par l’une d’elles que se termine babituellement la paralysie glosso-labio-laryngée.
(*) Duchenne (de Boulogne), Physiologie des mouvements, etc., p. 688, 1866.
Onsenvarion C. — J'ai été témoin de cet accident, chez un sujet que je traitais dans mon cabinet. Souvent (me disail-il) il avalait de travers en buvant ; alors il étranglait tellement, qu’un jour il avait perdu connaissance, et que, pendant quelques moments,on l'avait cru mort. Quelquelois c’était sa salive qui, s’accumulant dans sa bouche, sans qu'il pût l’avaler, tombait dans le pharynx et s’introduisait dans sa trachée. C’est ce qui lui est arrivé une fois en ma présence. Longtemps alors il fit des efforts les plus violents, sans pouvoir s’en débarrasser : sa face était injectée, ses lèvres violettes; ses mouvement convulsifs indiquaient qu'il étouffait. Un instant, il m’inspira les plus vives inquiétudes.
N’est-il pas possible que les sujets atteints par celte maladie aient péri quelquefois de cette manière, surtout lorsque, pendant leur sommeil, la salive accumulée dans leur bouche s’est introduite ainsi dans leurs voies aériennes ?
8 VE. — Wroubles dans la phonation.
On observe aussi, à une période avancée de la paralysie glosso-labio-laryngée, alors que l'articulation des mots n’est plus possible, des troubles dans la phonation, que je vais essayer d'analyser ou d’expliquer. J'ai déjà ditque les muscles qui président au mécanisme de la respiration ne sont pas paralysés; je m’en suis assuré en engageant les malades à inspirer et à expirer lentement et largement.
Cependant, lorsqu'ils ne peuvent plus articuler les mots, la parole les fatigue, au point qu'après avoir fait entendre quelques sons assez forts, ils se sentent souvent épuisés et que leur voix s’affaiblit. On pourrait expliquer ce fait par les efforts qu'ils doivent faire pour être compris : car, chose singulière ! ils ont en général la manie de vouloir parler, quand bien même ils ne peuvent plus émettre que des sons inarticulés. L’un des malades dont il a été question ci-dessus (obs. XCIX) répondait toujours avec une voix forte aux questions qu’on lui adressait, quoiqu'il ne püût faire entendre que la voyelle a. Il savait cependant qu’on ne le comprenait pas. Après de longs efforts qui l’épuisaient, sa voix s’éteignait, et alors il se décidait à se faire comprendre par signes ou en écrivant.
J'ai observé les troubles de la phonation, chez les sujets qui étaient arrivés à la même période de la maladie. Cet affaiblissement de la voix dépend-il, dans ces cas, d’un état nerveux parliculier, de même que l’on remarque que la phonation est également affaiblie et fatigante, chez les sujets qui sont affectés d’une paralysie du voile du palais ? Ou bien existe-t-il en même temps un certain degré de paralysie des nerfs qui président à la phonation, par exemple du nerf laryngé inférieur? Je crois que ces deux causes agissent à des degrés divers. Ainsi j'ai même vu une dame qui, arrivée