ÏJ,. — TROUBLES DE LA COORDINATION DES MOUVEMENTS
A. — Le phénomène morbide qui signale, en général, l'apparition de cette perturbation de la locomotion dans les membres inférieurs, c'est la difficulté, ou de rester dans la station debout, sans osciller et sans prendre un point d’appui, ou d’exécuter certains mouvements en marchant, par exemple les mouvements en rond ou de latéralité. Le malade sentalors qu’il est menacé de perdre l'équilibre ; quelquefois il accuse comme un sentiment de faiblesse dans les membres inférieurs. Ordinairement, la sensibilité tactile de la plante des pieds ne tarde pas à être émoussée ou allérée d’une autre manière. Tantôt, en effet, lorsque les malades marchent sur un sol dur (le pavé ou un parquet), il leur semble que leurs pieds reposent sur un corps doux, ou sur de la paille, ou surun tapis ; d’autres fois, au moment où ils appliquent leurs pieds sur le sol, ils croient qu'ils ap-
(1) Je regrette d’avoir négligé de mentionner, dans mon premier travail, des crises gastro-entéralgiques dont le malade avait été atteint en avril 1857, qui lui revenaient, d’une manière rémittente, à des intervalles assez éloignés et duraient deux à trois jours. Le malade les avait cependant signalées dans l'observation rédi gée, qu’il m'a communiquée en 1856,et que j’ai reproduite plus haut, Je croyais alors que c'était une complication intercurrente. Je reyiendrai sur cet épiphénomène de l’ataxie locomotrice.
puient sur un corps élastique ou sur des ressorts qui les font comme bondir en marchant; alors, disent-ils, quelquefois ils se sentent, poussés en avant comme par une force invisible; aussi sont-ils moins solides dans la marche et craignent-ils de tomber, lorsqu'ils vont un peu vite ou en descendant un escalier. Dès ce moment, les mouvements instinctifs des membres inférieurs commencent à être plus ou moins désordonnés, surtout dans l’accomplissement des différents temps de la marche qui devient de plus en plus pénible et difficile.
ls ne peuvent plus, en effet, marcher sans projeter follement ces
membres en avant et sans frapper fortement le sol avec le talon.
Ces mouvements sont quelquefois tellement violents ou brusques,
que le corps en est ébranlé,à chaque pas, et qu'ils en perdent l’équilibre ; c’est pourquoi ils ne se hasardent pas à marcher, sans l’aide
d'un bras. Ces troubles fonctionnels vont encore en s’aggravant, au
point que la station et la marche leur deviennent à peu près imposcibles. Il faut alors les porter, pour ainsi dire, et, s'ils veulent faire
quelques pas, on les voit agiter violemment leurs membres de la ma-
nière la plus étrange, sans pouvoir les diriger; ils se sentent bien
vite épuisés par ces efforts, et demandent qu'on les reconduise dans
leur fauteuil. Dans cet état, les malades passent leur vie assis ou
couchés.
Les mouvements désordonnés qui viennent d’être décrits ne peuvent être régularisés par la vue, que le sujet soit ou non atteint de diplopie (1).
B.— L'extension des troubles de la coordination des mouvements aux membres supérieurs, s’annonce presque toujours par un engourdissement et des fourmillements dans les doigts auriculaire et annulaire ; une seule fois, j'ai vu l’engourdissement se faire sentir dans les doigts animés par le nerf médian. L’engourdissement des
(1) Le sujet ataxique, arrivé à la seconde période de sa maladie, est sans cesse inquiet de son équilibre, dès qu’ilest debout ou qu’il veut marcher. Alors il tient sa tête inclinée en avant et son regard fixé sur le sol et sur ses pieds en même temps pour se rassurer, il cherche à sentir un point d'appui avec sa main, quelque léger qu’il soit. Cette attitude, pour ainsi dire, inquiète de l’équilibration est l’un des meilleurs signes objectifs de l’ataxie locomotrice ; elle fait reconnaître cette maladie à distance.
Lorsque l’ataxie a atteint les muscles du tronc, les malades ne peuvent rester dans la station assise, sans être agités par des secousses quelquefois assez fortes qui les jettent sur le sol. Ces agitations disparaissent, si le tronc même un peu en arrière, trouve un point d'appui, qui permette aux muscles moteurs du rachis de rester au repos. Il arrive un moment où le malade s’affaisse, dès que l’on veut le mettre dans la station debout, et où il ne lui est même plus possible de rester assis; on peut constater encore l’incoordination des mouvements des membres inférieurs, en les lui faisant élever alternativement, pendant qu’il Se trouve couché sur le dos. On constate alors en effet qu’il ne peut les empècher d’osciller latéralement. C’est d’ailleurs un moyen que j’emploie habituellement, lorsque je veux constater, à tous les moments de la maladie, l’incoordination des mouvements des membres: inférieurs, sans faire lever les malades. |