ART. I, S III, — DOULEURS
est ordinairement hyperesthésiée, seulement pendant la durée de la douleur, dans l'étendue de 4 à 3 ou 4 centimètres ; le plus léger frottement y est extrêmement sensible, cependant le malade paraît soulagé lorsqu'on y excerce une forte pression. °
Ces douleurs reviennent, en général, par accès, qui durent de quelques minutes à douze, vingt-quatre, quarante-huit heures et plus. Chacune des sensations douloureuses est très-courte: tantôt rapide comme l'éclair (fulgurante), une décharge électrique ou un coup de marteau ; tantôt durant une, deux ou {rois secondes, revenant à des intervalles de quelques secondes à quelques minutes. Elles sont habituellement vagabondes (passant d’une région à une autre); mais, pendant une demi-heure à quelques heures ou quelquefois pendant chaque accès, elles se montrent dans un même point. Elles sont atroces, arrachent des cris au malade, ou lui font contracter d'autant plus douloureusement les traits, qu'étant suivies d'un court intervalle de repos, elles le surprennent pour ainsi dire toujours. À ces douleurs s’en ajoutent quelquefois d’autres qui, pendant toute la durée de l'accès, sont continues, dans les mollets, sous forme de crampes, ou siégent sur une grande surface, au tronc, à la tempe et à la nuque. Enfin les malades disent parfois qu’ils sentent une partie de leurs membres comme saisie dans un étau, ou fortement serrée dans un anneau, et la base de leur poitrine leur semble comprimée douloureusement, dans une sorte de cuirasse. On comprend que, surexcités par ces douleurs horribles et souvent rebelles, ils les expriment presque toujours d’une manière exagérée, et telles que je ne saurais les dépeindre avec les mêmes couleurs (voir l’obs. XC). Toutefois je crois avoir décrit assez exactement les douleurs principales, dont ils manquent rarement de se plaindre, à peu près dans les mêmes termes.
Les crises douloureuses subissent les influences de latmosphère ; elles sont provoquées par les mauvais temps, et annoncent, comme le baromètre, le passage d’un temps sec à la pluie, au vent, et vice versé. Très-souvent aussi elles surviennent sans cause connue, quelquefois enfin elles s’exaspèrent le soir ou la nuit.
Presque toujours ces douleurs apparaisssent, au début de la maladie, seules ou accompagnées ou précédées d’autres phénomènes initiaux importants, dont il sera bientôt question; faibles d’abord, elles s’aggravent progressivement et torturent les malades Qu:
(1) 19 Je n’ai jamais vu les crises douloureuses que je viens de décrire, manquer dans l’ataxie locomotrice. Cependant on a publié des observations dans lesquelles il est dit qu’elles avaient fait défaut. Il west permis de douter de l’exactitude de ces cas contradictoires, car on est souvent trompé par les dires des malades, J’en ai rapporté ailleurs un exemple remarquable que je vais rappeler en résumé.
Ogservarion CIV. — M. le professeur Gubler m'avait fait prévenir qu'il avait dans son service un cas d’ataxie parfaitement caractérisé par les troubles de la lo-
S EV.— Paralysie des nerfs moteurs de l’œil. — Amaurose.
La paralysie d’un des nerfs moteurs de l’œil est, en général, un des phénomènes initiaux de l’ataxie locomotrice progressive.
comotion, à une période très-avancée, mais dans lequel le malade disait n’avoir pas éprouvé de crises douloureuses ; il m’affirmait, en effet, n’avoir jamais senti la moindre douleur dans le cours de sa maladie qui, disait-il, avait débuté, deux ans auparavant, par des troubles dans l’équilibration. — L’incoordination des mouvements régnait au plus haut degré dans ses membres inférieurs et supérieurs; depuis lors il avait été atteint d’une paralysie de la troisième paire gauche et d’une atrophie de la papille du nerf optique du côté droit ; sa miction et sa défécation étaient tantôt difficiles, tantôt involontaires ; enfin, il était devenu impuissant, dès l’apparition des troubles de la locomotion. Les symptômes paraissaient donc au complet, sauf les crises douloureuses. Mais lorsque je demandai au malade s’il n’avait pas éprouvé autrefois des douleurs rhumatismales ou névralgiques, il me répondit que cependant il avait souffert horriblement dans ses membres et que ses douleurs, qu’il attribuait à des refroidissements, avaient disparu seulement quelques mois avant les désordres de ses mouvements. Les douleurs dont il nous fit alors la description étaient fulgurantes, térébrantes, revenaient irrégulièrement par crises, avec hypersthésie cutanée, située à leur niveau ; c’étaient, en un mot, les douleurs spéciales de l’ataxie locomotrice; mais, — ce qui arrive quelquefois, — elles avaient disparu, depuis plusieurs années. M. Gubler qui assistait à mon examen, gronda son malade de n’avoir pas parlé de ses douleurs. Il lui répondit qu'il était entré à l'hôpital pour sa paralysie et qu’il croyait inutile de l’entretenir de souffrances dont il était débarrassé depuis longtemps. — Ce malade fut enlevé, quelques semaines après, par la variole. Son autopsie fut faite avec soin.— Si donc M. Gubler ne m’avait pas signalé ce fait, en apparence contradictoire, on n’aurait pas manqué de noter dans son observation qui à été publiée, que la période douloureuse avait fait défaut.
20 Je n’ai pas assez insisté sur les formes variées des douleurs de l’ataxie locomotrice, quant à ieur persistance et à leur modalité. Plusieurs fois j’ai vu, comme dans le cas précédent, les douleurs après avoir été au début plus ou moins intenses, et durant longtemps, disparaître pour toujours, avant la manifestation des troubles de la locomotion ; mais leurs crises reviennent tôt ou tard plus fortes et plus rapprochées. J’en citerai un exemple.
OBSERVATION CV. — J'ai observé, dans le service de Trousseau, un cas d’ataxie locomotrice qui avait débuté par une seule crise douloureuse, horrible, caractéristique, suivie, quelques mois plus tard, d’une diplopie de courte durée; deux mois après, avait apparu l’incoordination des mouvements, qui était arrivée à son maximum et s’était généralisée à l’époque où le malade entra à l’Hôtel-Dieu ; des crises douloureuses, en tout semblables à la première, étaient revenues depuis peu, lorsque je l’examinai pour la première fois, et ne l’avaient plus quitté. IL fut très-surpris, lorsque je lui dis que cette première crise avait marqué le début de sa maladie; il n’en avait rien dit à ceux qui l’avaient interrogé, et il ne m'en aurait pas parlé, st en l'examinant je ne l'avais poursuivi de questions, sur les phénomènes morbides qui avaient précédé depuis longtemps ses troubles de la locomotion. Eh bien, ce fait clinique a sans doute été recueilli, et on a dû écrire que les crises douloureuses y ont fait défaut, ou qu’elles n’ont apparu qu’après les troubles de la locomotion. (Le malade dont il vient d’être question avait été cinq fois atteint dans l’espace de six ans de diplopie, qui durait, chaque fois, plusieurs semaines, et disparaissaient spontanément. Au moment où je l’ai vu pour la première fois, ses yeux étaient immobilisés par le fait de la paralysie de tous leurs muscles moteurs ; de plus, il avait une atrophie double des papilles des nerfs optiques, et cependant ses pupilles étaient très-resserrées.)
3° Je dirai encore que si eu général les crises douloureuses de l’ataxie locomotrice